En juin 1997, le marché a accueilli avec enthousiasme la nomination de Peter Brabeck à la tête du groupe Nestlé. L'homme est plus affable, sa communication est certainement meilleure que sous son prédécesseur et ses déclarations ne laissent aucun doute quant à sa volonté de changement. De plus, des objectifs sont clairement définis en termes de croissance interne et de rentabilité.

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés: le potentiel de rationalisation est énorme chez le numéro un mondial de l'alimentaire. Le cours du titre a connu une embellie sans précédent de fin 1997 à mi-1998. C'est à cette époque que sont apparus les premiers doutes. Le marché, encore sous le charme, espérait alors une réorientation rapide et radicale de Nestlé, à l'image des mesures prises par Danone ou Unilever. Or, même si Nestlé se dynamise, elle ne révolutionne pas pour autant!

Le processus de restructuration s'est mis en place, sûrement mais probablement trop lentement au goût des investisseurs. A cette première déception, s'est ajoutée, fin 1998, une détérioration de la situation économique dans les pays émergents. Ces régions, Asie et Amérique latine, représentent près de 30% du chiffre d'affaires. Jusqu'alors confiant de pouvoir réaliser une croissance de 4% en volume, le management dut s'avouer temporairement vaincu. En janvier 1999, Nestlé émit un profit warning: les ventes n'atteindraient pas leur objectif et les marges, en dépit des efforts de restructuration, allaient faiblir. Coup dur pour la relation de confiance entre le marché et Nestlé. Depuis, le titre, boudé par les investisseurs, évolue dans une fourchette de prix allant de CHF 2500 à 2700.

A défaut d'être exceptionnels, les résultats complets pour 1998, publiés le 26 mars dernier, ont le mérite de ne pas décevoir. La progression des ventes était déjà connue (+3,3% de croissance interne en volume, +2,5% en valeur). En revanche, le bénéfice net – que tout le monde attendait en recul de 2% à 3% – a positivement surpris, en progressant de 2,6% à CHF 4291 millions. Toutefois, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que cette hausse est le fruit d'éléments exceptionnels: vente d'actifs et libération partielle de provisions. D'un point de vue opérationnel, on remarque que les marges ont diminué dans pratiquement toutes les activités. Cette baisse est à attribuer principalement à une augmentation plus que proportionnelle des dépenses de vente et de marketing. Le management a délibérément choisi de renforcer la promotion et la communication, afin d'éviter un effondrement des volumes dans les régions les plus touchées par la crise.

Cependant, comme pour tout investissement, ce n'est pas le passé qui intéresse l'investisseur, mais bien l'avenir! L'année en cours restera difficile pour Nestlé. La base de comparaison avec 1998 est particulièrement défavorable, ce qui laisse peu de marge de manœuvre, tant au niveau des ventes que du bénéfice. On risque même d'assister à un recul du chiffre d'affaires au premier semestre. Ces perspectives sont évidemment négatives pour l'évolution du titre à court terme. Or, à plus long terme, Nestlé dispose de nombreux atouts: en premier lieu, un excellent positionnement géographique qui lui permettra de bénéficier de toute reprise dans des régions aujourd'hui encore sinistrées, surtout en Asie; puis, Nestlé a bien mis en marche un processus de restructuration qui, malgré une certaine lenteur, portera ses fruits, et enfin, le premier groupe alimentaire mondial est indéniablement le mieux placé au niveau de la diversité des produits. Sans hésitation, Nestlé demeure un investissement fondamental dans le secteur de l'alimentation pour tout investisseur sachant voir à long terme.

*Analystes responsables du secteur de la consommation, Darier Hentsch & Cie.