La recherche d'Ares Serono a produit une série impressionnante de médicaments révolutionnaires. Leader du marché de l'infertilité, la société a récemment ajouté à sa gamme traditionnelle le Serostim, destiné au traitement de la cachexie (état de maigreur extrême induit par le sida), et le Rebif (contre la sclérose en plaques), et les attentes sont ambitieuses. La croissance actuelle de la société genevoise ne pourra se poursuivre que si la qualité de l'innovation ne déçoit pas.

Il y a trois grands moteurs de croissance chez Ares Serono: l'infertilité ($520 millions en 1998), l'immunologie ($100 millions en 1998) et les maladies métaboliques ($160 millions en 1998). Dans l'infertilité, Ares Serono a su intelligemment conserver sa position de leader en remplaçant le Metrodin HP/Fertinex de stimulation de l'ovulation par une version biotech, le Gonal-F. Cette astucieuse gestion du cycle de produit permet à Ares Serono de bénéficier d'une croissance de cette division de l'ordre de 5 à 6% par an.

Dans sa division maladies métaboliques, la société commercialise l'hormone de croissance. Avec la nouvelle indication dans la cachexie du patient souffrant du sida, Ares Serono a réussi à trouver un nouveau marché pour cette hormone de croissance (Serostim). Mais c'est un marché vite saturé et les nouvelles thérapies combinées du sida ont réduit le nombre de cas de cachexie. Après une brève période de forte croissance de 1997 à 1999, cette division devrait connaître, pour le futur, une croissance moyenne de 3 à 6% par an.

C'est dans la division immunologie qu'il faut donc rechercher la croissance à moyen terme. Le produit phare du groupe, c'est l'interféron, appelé Rebif. Le Rebif est indiqué dans le traitement de la sclérose en plaques. La sclérose en plaques est une maladie chronique progressive du système nerveux central.

Ares Serono a fait beaucoup pour les patients souffrant de cette maladie. De larges études cliniques ont permis d'établir définitivement l'efficacité du Rebif et des autres interférons. Le Rebif a été lancé en Europe avec succès bien qu'il ait été introduit plusieurs années après l'interféron de Schering et deux ans après celui de Biogen (Avonex). L'Avonex est identique au Rebif, mais ce dernier a un mode d'administration différent (sous-cutané) que l'Avonex (intramusculaire). Le Rebif est aussi dosé plus fort.

Malheureusement, cela n'a pas suffi pour convaincre la FDA de retirer son statut de médicament unique à l'Avonex pour le marché américain. On estime par conséquent que le Rebif ne pourra pas être mis sur ce marché avant 2001. Comme la croissance du marché s'opère en ce moment mais ralentira rapidement dès 2001, le Rebif va manquer cette opportunité de croissance. Au total, on estime que la croissance des ventes du Rebif va plafonner à 15% par an.

Ainsi la société devrait-elle connaître une croissance à moyen terme de 10-15%, se traduisant par une croissance du BNPA de l'ordre de 15% par an dans les cinq prochaines années si l'on se base sur les produits existants.

Ares Serono dispose d'une usine ultramoderne et d'un centre de recherche en biotechnologie à la pointe du progrès. La société a démontré sa capacité à innover. La performance future du groupe ne pourra venir que de nouvelles molécules issues de la biotechnologie.

*Darier Hentsch & Cie.