Le marché du travail résiste à l’envolée du franc suisse

Emploi Le chômage est stable, les intentions d’embauches progressent. Pour l’instant

La vague de licenciements n’a pas eu lieu. A en croire les chiffres du chômage, publiés mardi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), les entreprises suisses attendent de mieux connaître les conséquences de l’abandon du taux plancher, le 15 janvier dernier, et de l’envol du franc qui s’en est suivi, pour prendre d’éventuelles décisions sur l’emploi.

Il y a bien eu quelques annonces de suppressions de postes, chez Manor, EgoKiefer ou encore chez Straumann. Mais en moyenne suisse, le chômage stagne, à 3,5% en février. Le nombre de chômeurs a même diminué, passant sous la barre des 150 000 personnes. Cette stabilité n’est pas surprenante, selon Yves Flückiger. «Les entreprises touchées par le renchérissement du franc ont vite réagi, en ayant recours au chômage partiel», analyse le professeur d’économie à l’Université de Genève, cité par l’ATS.

Par rapport à février 2014, par contre, les chômeurs sont plus nombreux, de 662 personnes exactement. Soit une progression de 0,4%. Cette hausse annuelle, qui exclut les variations saisonnières, «peut montrer que la situation se détériore», ajoute Yves Flückiger.

Le chômage partiel plébiscité

Credit Suisse note aussi des signes d’une pression à venir, à partir d’informations sur le chômage partiel. Le Seco indique en effet que les réductions d’heures de travail (RHT) approuvées, donc non encore effectives, s’élèvent à 878 000, en février. Elles concernent 11400 travailleurs. Ce sont quelque 150 000 heures de plus qu’en décembre qui pourraient ne pas être travaillées – et remboursées par l’assurance-chômage. Et le chômage partiel pourrait concerner 4000 personnes de plus qu’il y a deux mois, lorsque le taux plancher prévalait encore.

Le recours auxdits «RHT» suffira-t-il pour empêcher le chômage d’augmenter? Economiesuise ne s’attend en tout cas pas à une hausse massive du nombre de chercheurs d’emplois. Pour l’ensemble de 2015, l’organisation s’attend à un chômage de 3,7%.

Le baromètre Manpower, également publié mardi, indique quant à lui que les perspectives d’embauche sont à nouveau positives. Sur les 750 employeurs interrogés entre le 14 et le 27 janvier, 11% prévoient une hausse de leurs effectifs, 5% une baisse et 82% n’envisagent aucun changement. La prévision nette d’emploi, après correction des variations saisonnières, atteint +4%, soit une hausse de 6 points par rapport au trimestre précédent. «Sachant que l’enquête a été menée après l’abandon du taux plancher, il est particulièrement réjouissant de constater un tel optimisme», réagit Patrick Maier, le directeur général de Manpower Suisse, cité dans le communiqué. Mais il reste prudent. Et attend de voir les répercussions réelles du franc fort sur les affaires des entreprises.

Effets monétaires atténués

Mardi toujours, Bak Basel est lui aussi venu souffler un vent d’optimisme. L’institut conjoncturel bâlois a revu à la hausse ses prévisions pour l’économie suisse. En 2015, la croissance devrait atteindre 1%, alors qu’un recul de -0,2% avait été pronostiqué en début d’année. Grâce notamment à des effets monétaires favorables en zones euro et dollar, «le renforcement du franc aura un impact plus modéré que prévu.»