Pour la PME zurichoise Blacksocks, tout allait bien jusqu’en 2010 sur le marché européen, son troisième débouché après la Suisse et les Etats-Unis. A partir de cette date, les colis de chaussettes ne passaient plus sans difficulté à la douane. L’Union européenne (UE) a augmenté les tracasseries bureaucratiques au fil des mois. Désormais trois fois par semaine, un camion transporte les marchandises de l’autre côté de la frontière en Allemagne d’où est organisée la distribution à chaque abonné européen. «Ce nouveau fonctionnement implique des frais supplémentaires et si cela continue, nous serons contraints d’ouvrir une filiale dans l’un des Etats européens pour stocker les produits et gérer les ventes, déclare Samy Liechti, le patron de la PME zurichoise. Cela impliquera clairement la suppression de trois ou quatre places de travail en Suisse.»

Rendre le droit suisse euro-compatible

«La Confédération a tout intérêt à s’inspirer de l’Union européenne en matière d’économie numérique; cela rendrait son droit eurocompatible et faciliterait les échanges entre l’Union européenne (UE) et la Suisse.» Tonnie de Koster, le numéro deux à la Direction générale du Marché unique numérique (DG-Connect), invite les acteurs suisses de l’e-commerce à participer au Marché unique numérique (MUN) de 508 millions de consommateurs et de 20 millions d’entreprises dans 28 Etats de l’UE. Il reconnaît toutefois que la Suisse est en avance sur l’UE dans divers domaines, dont l’accès au réseau téléphone et la protection des données.

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En effet, la Commission Juncker a posé les premiers jalons du MUN dans le but d’offrir aux consommateurs européens de meilleurs produits et services à des prix concurrentiels et d’aider les entreprises à augmenter leurs chiffres d’affaires. Sa mise en œuvre passe notamment par le développement des réseaux et services numériques et surtout par l’élimination des obstacles qui freinent les échanges. In fine, Bruxelles estime que la stratégie numérique B to C (business to consumer) pourrait représenter un apport d’au moins 415 milliards d’euros par année à l’économie européenne. En 2018, ce chiffre pourrait augmenter à 660 milliards d’euros.

Le géo-blocage, un obstacle majeur

En 2016, 296 millions d’Européens avaient acheté en ligne pour une moyenne de 1540 euros chacun, contre près de 2000 euros en Suisse. Seulement 16% d’entre eux avaient recouru à un fournisseur dans un autre Etat de l’UE. A peine 16% des PME étaient équipés pour vendre en ligne et la moitié d’entre elles pour vendre à l’étranger. Pour l’heure, seulement 59% de ressortissants européens ont accès à la téléphonie 4G. Le géo-blocage, c’est-à-dire l’impossibilité d’accéder à des plateformes de vente à l’étranger, reste un obstacle majeur.

«Lentement, mais sûrement, nous avançons vers notre objectif de compléter le MUN, fait comprendre Tonnie de Koster de la DG-Connect. Les frais d’itinérance de téléphonie mobile seront abolis dès le 15 juin 2017. Des progrès ont été réalisés en matière de la signature électronique, de la cyber sécurité et sur la protection du droit d’auteur.»