Finance

Les marchés absorbent sans frémir les taux à 3% des bons du Trésor américain

A l’image d’Amazon, les bénéfices trimestriels dépassent les attentes, ce qui permet d’absorber la hausse des rendements obligataires à 3% pour la première fois depuis quatre ans. La hausse de l’inflation et le ralentissement de la croissance américaine ne font guère peur

Les investisseurs changent de sentiment très vite d’une semaine à l’autre, déclare Olivier Rigot, associé chez EMC Gestion de fortune à Genève. Il en résulte une évolution en dents de scie qui peut durer longtemps.

En effet, après un fort vent contraire en début de semaine, lorsque le rendement des obligations du Trésor américain avait franchi la barre des 3% pour la première fois en quatre ans, les taux sont redescendus à 2,98% vendredi. Pourtant, le ralentissement de la croissance américaine à 2,3% est inférieur aux attentes (2%) et la hausse du coût de l’emploi (+2,9% sur base annuelle et + 0,8% sur un trimestre) laisse craindre une reprise de l’inflation.

L’abondance de résultats trimestriels favorables qui ont été publiés ces jours a permis d’absorber la hausse des taux. Selon Credit Suisse, 80% des bénéfices ont dépassé les attentes des analystes. Le pourcentage est impressionnant dans la mesure où 45% des entreprises américaines ont déjà annoncé leurs résultats.

Jeff Bezos gagne 12 milliards

Les sociétés technologiques, dont Facebook et Amazon, ont surpris positivement. Selon Bloomberg, la hausse boursière qui a accompagné le résultat d’Amazon a permis à Jeff Bezos, son fondateur, d’accroître sa fortune de 12 milliards de dollars en un jour pour la porter à 134 milliards. Mais le secteur technologique n’est pas le seul à se distinguer. Visa, Pepsi et les valeurs bancaires ont également satisfait les investisseurs. Au chapitre des rares déceptions, on citera United Technologies et Caterpillar. Les groupes européens ont également présenté dans leur majorité des résultats favorables.

«La situation actuelle ressemble un peu à celle de 1994, laquelle avait été mauvaise pour les obligations. Le risque est en effet nettement plus présent au sein des obligations que des actions», déclare Olivier Rigot. Le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a en effet franchi la barre des 3% ces derniers jours. Les obligations à haut rendement et émergentes sont, selon lui, les plus vulnérables dans le contexte actuel.

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Période de transition pour les marchés actions

Les marchés d’actions sont entrés dans une période de transition caractéristique de la phase au cours de laquelle la banque centrale américaine normalise sa politique monétaire, poursuit Olivier Rigot. Après avoir été extrêmement expansive, cette dernière devient progressivement neutre et le bilan de la Fed cesse de croître. Il en résulte une volatilité plus élevée des marchés, en réponse à la prise de conscience de cet ajustement et dans un contexte de valorisation déjà élevée.

«L’expansion économique demeure pourtant solide et synchrone. L’environnement est favorable aux actions, mais il faut être plus prudent et sélectif que l’an dernier», indique Olivier Rigot. Les signes d’affaiblissement conjoncturel récents en Europe, notamment en France, en Espagne et au Royaume-Uni, modèrent toutefois, à son avis, le risque de hausse des taux d’intérêt et de baisse des actions. De plus, il n’y a pas d’excès spéculatif sur les actions, conclut-il. Une étude de Morningstar indique qu’après la récente correction boursière, sept des dix plus grandes valeurs de l’indice Nasdaq-100 sont sous-évaluées (au 24 avril), à savoir Comcast, Facebook, Alphabet, Microsoft, Amazon, Intel et Apple.

Olivier Rigot privilégie les valeurs cycliques et les sociétés solides capables de présenter une hausse des bénéfices significative.

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