Le gouvernement japonais, qui avait cherché à sauver le groupe Sogo de la faillite, a dû faire machine arrière. La décision de renflouer Sogo avait causé une telle tempête médiatique contre le Parti libéral démocrate que ce dernier, qui venait de perdre des sièges aux élections de la Chambre basse, n'a pu maintenir le plan initial, laissant la société demander la protection de ses créanciers. C'est ainsi un des symboles des années 1980 qui disparaît, laissant des dettes qui dépassent 5 milliards de dollars. Cette faillite, qui touche directement ou indirectement 10 000 fournisseurs, marque probablement un tournant dans le cycle des mauvais débiteurs au Japon.

Les autorités financières ont systématiquement cherché à éviter les faillites importantes en argumentant que ces dernières auraient eu un impact trop important sur le secteur financier et sur l'économie. Un certain nombre d'entreprises qui, de notoriété publique, se trouvent en situation financière désespérée ont jusqu'ici bénéficié d'aides diverses leur permettant d'éviter d'être déclarées en faillite. La reprise économique, les bénéfices retrouvés des banques et l'impact de l'opinion publique ne permettent plus à la règle «too big to fail» de s'appliquer. D'autres entreprises de taille suivront probablement Sogo.

Les titres des sociétés de construction et les banques ont fortement chuté en juillet, les faillites probables des unes faisant craindre une hausse des amortissements chez les autres. Parallèlement à ce mouvement, les valeurs technologiques étaient négativement influencées par les baisses successives de l'indice Nasdaq et par le retrait progressif des investisseurs étrangers. Il est peu probable que le marché se reprenne à court terme en raison d'une situation de demande et d'offre peu propice à une remontée des cours. La chute de Sogo et les titres qu'elle a générés dans les journaux japonais laisseront probablement des traces dans les esprits des investisseurs privés, qui vont différer encore plus des achats d'actions alors que le marché cherche désespérément des acheteurs.

* Pictet & Cie.