Après une hausse de plus de 300% depuis octobre dernier, sans de vrais répits, le marché coréen semble enfin vouloir prendre une pause. Toutes les excuses sont bonnes pour justifier des prises de profits. La crise à propos des dettes du groupe Daewoo refait surface. La faillite a été évitée in extremis par un sursis de six mois accordé par les créanciers.

Les conséquences d'une telle faillite seraient incommensurables pour les banques et la Bourse. Durant trente-deux ans, le groupe a accumulé USD50 milliards de dettes, soit presque 20% du PIB du pays. Sa liquidation aurait également causé la faillite en chaîne de ses 6400 fournisseurs et la banqueroute du système financier coréen. C'est exactement la raison pour laquelle la restructuration du groupe peine à avancer. En sachant qu'il est «too big to fail» (trop grand pour chuter), Daewoo a opposé une forte résistance aux nombreuses sommations de restructuration du gouvernement. L'an dernier, le ratio dettes/fonds propres a augmenté de 40% pour atteindre 350% quand les autres conglomérats s'efforçaient d'atteindre l'objectif de 200% fixé par le gouvernement pour la fin 1999. Les prochains mois seront cruciaux pour être fixé sur le sort du groupe Daewoo. Le marché pourrait entamer une période de consolidation et l'indice Kospi fluctuer entre 800 et 1000. La Bourse pourrait repartir sur de nouvelles bases une fois que les plans de restructuration de Daewoo seront connus avec plus de détails.

La Corée n'est pas le seul marché où une consolidation est vraisemblable; la nouvelle tension entre la Chine et Taïwan ajoute une autre touche de grisaille dans le ciel bleu des marchés asiatiques. Même si la probabilité d'un conflit militaire est minime, un durcissement de ton d'une des deux parties suffirait pour que les Bourses de la région en soient les premières victimes. Mais danger rime avec opportunité; faible, l'Asie représente un cas d'investissement intéressant.

* Pictet & Cie.