Les principales places financières sont restées prudentes mardi dans l’attente de la réunion mensuelle du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), prévue jeudi. En réalité, elles souhaitent une clarification sur la suite de sa politique monétaire, plus particulièrement sur les taux d’intérêt et le programme d’assouplissement monétaire.

Après la crise financière qui a ravagé la zone euro à partir de 2009, la BCE a baissé son taux d’intérêt à un niveau zéro dans l’espoir d’encourager le crédit aux entreprises et aux ménages. Elle s’est également mise à racheter les actifs des Etats de la zone euro à hauteur de 60 milliards d’euros par mois, afin d’injecter de la liquidité dans l’économie. Il est prévu de maintenir cette politique accommodante jusqu’à la fin de l’année et «au-delà si nécessaire», comme aime le dire le président de la BCE, Mario Draghi. Sans oublier l’objectif principal de la zone euro: un taux d’inflation d’environ 2%.

Il n’y a pas de quoi s’enorgueillir

Pour Gero Jung, chef économiste à la banque Mirabaud à Genève, un changement de politique monétaire reste très improbable à ce stade. «Certes, Mario Draghi confirmera la bonne tenue de la zone euro, avec un taux de croissance attendu du produit intérieur brut (PIB) de 1,9% en 2017, dit-il. Cette performance n’est toutefois ni exceptionnelle ni extraordinaire; elle intervient dans un climat de croissance globale tirée notamment par les Etats-Unis, le Japon et la Chine.» Selon lui, il n’y a pas de quoi s’enorgueillir de la reprise alors que le taux de chômage s’élève à un niveau supérieur à 9%.

Lire aussi: La mission de la BCE n’est pas accomplie

«Mais c’est surtout par rapport à l’inflation que la BCE est loin du compte», dit-il. En juin, la zone euro a enregistré un taux de 1,3%, en légère baisse par rapport à mai. Et si l’on prend en compte l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire sans les prix pétroliers et alimentaires, elle n’atteint que 1,1%. «A ce stade, le chemin vers une inflation durable reste long, commente-t-il. Des pressions inflationnistes venant des salaires sont absentes, les cours du brut sont en baisse et l’euro, en hausse, ne facilite pas l’inflation importée.»

Le choix des mots

L’économiste de Mirabaud n’est pas le seul à estimer que la BCE maintiendra le statu quo jeudi. «Mario Draghi confirmera son intention de maintenir les conditions monétaires accommodantes pour une durée prolongée, dit Morgane Delledonne, stratège auprès d’ETF Securities. Il sera aussi prudent dans le choix de mots afin de ne pas surprendre les marchés avec une annonce inattendue.»

Cette mise en garde n’est pas fortuite. Lors d’un séminaire le mois dernier à Sintra, au Portugal, Mario Draghi avait évoqué un «ajustement nécessaire» de la politique monétaire. Sa déclaration avait provoqué une mini-panique chez les investisseurs. «Je suis sûr qu’il va calmer le jeu jeudi», pronostique Philippe Waechter, économiste chez Natixis Asset Management.