Effet immédiat. Le real, la monnaie brésilienne, qui se trouvait en chute libre, est remonté sérieusement sitôt que l'on a appris la nouvelle dans la nuit de mercredi à jeudi: le Fonds monétaire international (FMI) accorde au Brésil le plus gros prêt de toute son histoire. Peu après l'ouverture du marché des changes, le dollar se négociait à 2,866 reais, soit une hausse de près de 5% par rapport à la veille. Un ballon d'oxygène de 30 milliards de dollars alors que l'on attendait un crédit de 10 à 20 milliards de dollars au maximum. De quoi rassurer largement les marchés, ainsi qu'une population encore traumatisée par de longues années d'insécurité financière et d'hyperinflation auxquelles le gouvernement du président Fernando Henrique Cardoso, aux commandes depuis 1994, avait su mettre fin.

Sauf que la conjoncture internationale est des plus maussades. Sauf que le Brésil, qui avait accusé le coup mais résisté lors des précédentes tempêtes financières – crise russe, crise mexicaine –, a été fortement ébranlé par la débâcle de l'Argentine. D'autant qu'il se trouve à la veille d'élections présidentielles décisives. Le candidat gouvernemental socio-démocrate, José Serra, occupe une défavorable troisième position dans les sondages, largement devancé par le syndicaliste Luiz Inácio da Silva (Lula) du Parti des travailleurs (PT), dont les déclarations avaient la propriété d'affoler les marchés. Moins, désormais, que celles de Ciro Gomes, candidat populiste au discours hasardeux et variable, qui serre Lula de près dans la préférence des électeurs.

Or les principaux candidats, officiellement consultés, ont promis d'honorer les engagements pris par leur pays à l'égard du FMI. Même Ciro Gomes, quoique un peu moins nettement que les autres. Même le PT qui, pourtant, se doit de proclamer qu'il n'accordera pas «un chèque en blanc au FMI». Tous admettent tacitement la nécessité vitale du ballon d'oxygène que constitue ce prêt.

Conscient du poids de son pays, première économie d'Amérique du Sud, le président Cardoso avait affirmé dans un discours adressé aux cadets de l'armée: «Notre économie ne se laissera pas étrangler, nous pouvons encore tenir.» C'est à partir de cette position ferme que le Brésil a négocié avec le nouvel accord stand by sur 15 mois avec le FMI. 80% des 30 milliards de dollars seront déboursés en 2003. La direction exécutive du fonds devra ratifier cette décision en septembre.

L'accord – ainsi que le montant du prêt, d'un volume inattendu – aura sans doute un effet immédiatement positif sur l'évaluation du fameux «risque Brésil» qui agitait tant les marchés ces derniers jours. Et contribuera au raffermissement des crédits accordés aux exportations brésiliennes. Il signifie surtout une reconnaissance de la politique économique poursuivie par le gouvernement actuel qu'il s'agit d'appuyer. Ce qui représente un coup de pouce au candidat du gouvernement actuel. Il indique aussi que l'on ne traite pas le Brésil comme l'Argentine, dont on contemple l'effondrement sans trop bouger. Personne n'aurait intérêt à voir le géant brésilien se noyer. De ce fait, peut-être qu'entre ce pays et la communauté économique mondiale, quelque chose est en train de changer.