Finance

Les marchés changent, mais la gestion des caisses de pension ne suit guère

L’an dernier, la couverture des risques était gratuite, ou presque. Avec des marchés plus volatils, la gestion asymétrique, qui promet de brider les pertes et de participer à la tendance, pourrait devenir à la mode. En 2017, la Banque Bonhôte a présenté une performance de 10,8% sur un fonds balancé en francs avec ce type de gestion des risques

La simplicité a payé l’an dernier. L’exposition aux marchés sans protection des portefeuilles n’a pas eu de conséquences fâcheuses. Tandis que les techniques complexes du plus grand hedge fund du monde, Bridgewater, n’ont conduit qu’à une performance nulle en 2017, les caisses de pension ont largement profité de l’évolution haussière des actions l’an dernier simplement en restant investies, observe Olivier Christe, coresponsable de la clientèle institutionnelle auprès de la Banque Bonhôte.

Leur performance s’élève à 8%, selon l’indice Credit Suisse (8,7% selon l’indice LPP 40-2000). L’année passée, la protection des portefeuilles était très bon marché, (par exemple les options put), mais cette situation a radicalement changé dès la fin janvier.

Diversifier les styles de gestion

Le grand retour de la volatilité et des craintes sur les marchés, en ce début 2018, pourrait inciter les institutions à sortir de leurs habitudes et à adopter des mesures de prévention des risques, selon le gérant. L’indice VIX de volatilité des actions américaines a bondi de 10 à 38 en quelques jours.

A lire aussi: Pourquoi les marchés tanguent à nouveau

La Banque Bonhôte propose donc aux institutions de sortir de leurs habitudes en matière de structure des placements en diversifiant les styles de gestion par l’ajout d’une solution orientée sur les risques. Elle propose une stratégie de prévention, ou en termes plus techniques une gestion asymétrique des risques. Cette dernière promet de brider les pertes tout en participant pleinement à la hausse des marchés.

Après trois ans de mise en œuvre, la banque gère 250 à 300 millions de francs selon cette approche. En 2017, ce type de prévention n’a pas pénalisé la performance puisque le rendement s’est élevé à 10,84% pour un risque de perte limité à 10%, explique le gérant. Les portefeuilles ont en effet pu conserver l’exposition maximale en actions (50%) puisque le niveau de risque était très bas.

A lire aussi: Les modèles, inutiles et nécessaires

Le gérant observe que ces deux dernières années, les caisses de pension ont accru les risques de gestion de deux manières, d’une part en augmentant le risque de crédit (bonité plus faible) et la part en actions et en immobilier. Deuxièmement, en prenant un risque de liquidité supérieur. Il s’agit ici d’investissements dans la dette privée, dans l’infrastructure ou les obligations catastrophes. Ces actifs illiquides permettent de brider la volatilité artificiellement, mais elle peut s’avérer douloureuse si l’institution doit réaliser les investissements ou rééquilibrer ses placements, indique Olivier Christe.

Une protection constante du portefeuille

Malgré les résultats de la gestion asymétrique des risques, les caisses de pension diversifient très lentement leur approche, préférant suivre un indice de référence statique. Pourtant en cas de changement brutal de tendance et de hausse de la volatilité, une gestion passive de l’allocation peut s’avérer très risquée et entamer largement tout ou partie des réserves de fluctuations.

«La gestion systématique orientée sur le risque intéresse de plus en plus les caisses de pension, car elle offre une protection constante du portefeuille, sans que cette dernière soit utilisée en tout temps», révèle Olivier Christe. Mais entre le signalement d’un intérêt et l’investissement, il y a un pas. Le gérant admet que l’adhésion à cette philosophie de placement se fait à un rythme très mesuré malgré l’augmentation du risque précitée. Avec la gestion asymétrique, l’allocation varie en fonction du risque de perte à court terme entre 0 et 50% pour les actions (max. OPP2) et 0 et 100% pour les obligations et le cash. Elle est mise en œuvre à l’aide de produits indiciels (ETF) plutôt que d’options, en raison du problème de timing de ces derniers instruments.

En janvier, la performance de la gestion asymétrique de Bonhôte a été positive de 2%, avec une part de 50% en actions. Elle a également profité d’une couverture systématique du risque de change. Cette protection se révèle judicieuse puisque le dollar a perdu près de 5%. Début février et face à la forte hausse du stress dans les marchés, on a assisté à un repli partiel dans le cash (+ 42%) au détriment des obligations (en baisse à 22%) et des actions réduites à 36%.

Publicité