Depuis son plus haut il y a presque un an, le marché chinois des actions a perdu 45% de valeur selon l’indice élargi Shanghai Composite Index. En janvier, les bourses de Chine ont encore dévissé, mais bénéficient depuis d’une relative accalmie. De nombreux acteurs des marchés s’attendaient donc à ce que le spécialiste des indices boursiers MSCI intègre les actions de classe A, négociées sur le territoire chinois, dans son Emerging Markets Index.

Le renvoi de l’inclusion des titres chinois

Des espoirs douchés, car MSCI a reporté l’inclusion des actions chinoises dans son indice, en invoquant l’accès insuffisant aux actions de classe A et des lacunes d’ordre réglementaire pour justifier sa décision du 14 juin. Cette décision reflète le scepticisme des investisseurs vis-à-vis du marché chinois des actions: pendant la phase de fortes turbulences de l’été dernier et du début de l’année, la China Securities Regulatory Commission (CSRC) a souvent réagi et communiqué avec maladresse, et les interventions massives ordonnées par le gouvernement et la banque centrale ont entamé la confiance dans les bourses chinoises. L’un des principaux problèmes également évoqués par MSCI est la suspension du négoce des actions.

Une critique justifiée

A l’été 2015, lorsque les cours chutaient, nombre d’entreprises chinoises ont fait usage de leur liberté en suspendant le négoce de leurs titres pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Au plus fort des suspensions, les entreprises à avoir fait ce choix étaient si nombreuses qu’environ 30% au total de l’ensemble de la capitalisation en actions A étaient concernés. Mais le régulateur des marchés chinois a réalisé le problème et, fin mai, les bourses de Shanghai et de Shenzen ont déclaré qu’elles réglementeraient désormais la suspension des actions, notamment en limitant sa durée.

D’autres critiques concernent le fait que les fonds de placement étrangers ne peuvent pas rapatrier plus de 20% de leurs actifs par mois et que le lancement de nouveaux produits financiers doit au préalable être approuvé par les bourses locales (concerne essentiellement les ETF en actions A). MSCI souhaite examiner de nouveau l’intégration des actions A l’année prochaine, sans exclure pour autant une intégration à tout moment si l’environnement réglementaire et de marché montre des améliorations significatives. Une inclusion partielle de 5%, par exemple, porterait la part chinoise dans le MSCI Emerging Markets à 27,3% contre 26% actuellement, et une inclusion totale l’élèverait à près de 40%. Même si l’intégration des actions A se fait encore attendre, le sujet montre l’importance croissante des marchés d’actions chinois.

Une ouverture de marché progressive

Les actions chinoises bénéficient également de deux ouvertures de marché. Fin mai s’est déroulée la deuxième phase d’intégration des ADR (American Depositary Receipts, certificats de dépôt de droit américain) dans le MSCI China, indice englobant les actions négociées en dehors de la Chine. Négociés aux Etats-Unis, les ADR représentent un certain nombre d’actions d’une entreprise chinoise.

Par ailleurs, le premier ministre, Li Keqiang, a récemment confirmé que le programme Hongkong-Shenzhen Stock Connect faisait partie des priorités du gouvernement. Censé débuter au deuxième semestre 2016, ce programme permettra aux investisseurs chinois d’acheter des titres sur le marché boursier de Hongkong et inversement. Les investisseurs étrangers accéderont donc plus facilement à la bourse de Shenzhen où sont cotées de nombreuses entreprises du secteur privé, notamment des secteurs des télécoms, des technologies, de la consommation et de la pharmaceutique. Les secteurs de la «new economy» représentent à Shenzhen environ 40% de la capitalisation boursière, alors qu’ils n’en représentent que 20% sur les autres marchés. Le programme Hongkong-Shenzhen Stock Connect a pour but de compléter le programme Hongkong-Shanghai Stock Connect.

Tous ces changements témoignent du mouvement d’ouverture aux marchés financiers internationaux des bourses chinoises. La Chine est restée longtemps largement ignorée. En partie à juste raison. Mais la pondération actuelle de la Chine dans les indices et la façon dont les investisseurs la perçoivent sont parfois en décalage avec la réalité. L’importance du dynamisme de l’économie chinoise ne manquera certainement pas de se refléter bientôt dans l’évolution des marchés financiers internationaux.