L’élection d’Emmanuel Macron dimanche à la présidence française ne met pas fin à l’incertitude politique en France ou en Europe. Les marchés ont pris note du score historique de la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen – le double des suffrages qu’avait recueillis son père en 2002 face à Jacques Chirac –, mais aussi de l’ampleur du vote blanc et de l’abstentionnisme. Désormais, les investisseurs ont les yeux rivés sur l’issue des législatives prévues le 11 et le 18 juin prochains. L’enjeu: Emmanuel Macron réussira-t-il à réunir une majorité présidentielle pour mettre en œuvre son programme de réformes économiques?

Telle est en substance la réaction d’Arthur Jurus, économiste et stratège à Mirabaud Asset Management à Genève, lundi. «Cette incertitude ne devrait toutefois pas bouleverser les marchés des actions ou des devises, prédit-il. L’élection du candidat d’En marche! a été déjà été prise en compte depuis plusieurs jours.» Lundi, les bourses européennes ont même évolué dans le rouge. Aux Etats-Unis, elles ont aussi reculé à l’ouverture.

Dollar et franc en baisse

La monnaie européenne s’est appréciée dans le sillage de la proclamation des résultats dimanche soir, avant de revenir à un niveau proche de la clôture vendredi à 1,1023 dollar, contre 1,09998 lundi en fin de journée. Le franc s’est aussi affaibli dans la foulée. La monnaie unique s’est approchée de 1,09 franc avant de retomber quelque peu. Avant l’élection présidentielle, l’euro se situait sous la barre de 1,07 franc. Lundi à 16h00, il valait 1,0862 franc, contre 1,0884 franc peu avant minuit la veille, soit son plus haut niveau depuis fin octobre dernier.

Renforcement de l’euro

Pour Adrien Pichoud, chef économiste de la banque Syz, les marchés actions européens devraient bénéficier à terme de l’élection d’Emmanuel Macron, qui fait reculer le risque politique. Selon lui, les financières et les valeurs orientées vers le marché intérieur européen seront les principales bénéficiaires de la dynamique économique en place. A l’inverse, il craint que les entreprises ayant une exposition importante en dehors de la zone euro ne soient pénalisées par le renforcement de la monnaie unique.

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Fernando Martins da Silva, chef stratège et directeur de la politique d’investissement de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) recommande d’attendre «un mouvement de prise de bénéfices qui pourrait par exemple, être causée par les résultats des législatives françaises de juin, avant de renforcer ses positions dans les actions européennes, qui restent attractives».

Contrairement aux bourses européennes, celles d’Asie ont salué l’élection du nouveau président français. Tokyo a même clôturé en hausse de 3,31%. Seules les bourses chinoises évoluaient dans le rouge. «Maintenant que cet événement clé qu’était l’élection française est passé, la place tokyoïte, qui a été à la traîne pour diverses raisons, dont des inquiétudes géopolitiques autour de la Corée du Nord, va probablement se redresser», a souligné Hiroaki Hiwata, de Toyo Securities, cité par l’AFP.

Inquiétude liée au Frexit dissipée

«Il ne faut pas s’attendre à un feu d’artifice, la probabilité d’une victoire d’Emmanuel Macron était de plus de 90%», a renchéri Manuel Oliveri, analyste chez Crédit Agricole, cité par l’agence Bloomberg. Le résultat dissipe les inquiétudes liées à un éventuel Frexit, c’est-à-dire la sortie de la France à l’Union européenne. Dans son programme électoral, Marine Le Pen avait fait de la sortie de la zone euro l’un de ses thèmes phares. A ce propos, Salman Ahmed, directeur de la stratégie d’investissement chez Lombard Odier, souligne pour sa part que la vague populiste se retire pour l’instant, «mais il se peut très bien que le régime «mondialiste» n’en ait que pour cinq ans à vivre».

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L’attention devrait désormais se porter moins sur la scène politique française, et davantage sur la Banque centrale européenne (BCE), explique Julien Lafargue, stratège pour l’Europe à JP Morgan Private Bank, dans une note publiée lundi. La BCE doit décider le 8 juin prochain de la suite de son programme d’assouplissement monétaire, qui doit en principe se terminer à la fin de l’année.