On en parle beaucoup, ils seront les champions de la croissance ces prochaines années. Mais les marchés émergents pèsent à peine 1% des placements des caisses de pension suisses, relève une étude récente de JPMorgan Asset Management sur les investissements des institutionnels européens.

Souvent titillés sur ce point, des responsables de caisses de pension suisses relèvent que de nombreuses sociétés helvétiques sont très actives dans les pays en développement, à l’image de Nestlé ou Holcim, et offrent une bonne exposition à leur croissance. En comparaison européenne, les caisses suisses ne sont guère plus conservatrices dans ce domaine que les autres. Au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas, l’allocation va de 2% à 4%. Seule la Suède se distingue, avec une part de 6%.

Sous cet angle, les hedge funds sont un peu comme les marchés émergents. Selon l’enquête de JPMorgan, leur part en portefeuille se monte à 3% en Suisse, un chiffre confirmé par d’autres études. C’est peu, estime Markus Anliker, responsable de la clientèle institutionnelle suisse chez JPMorgan Asset Management. Celui-ci pense qu’un minimum de 5% est nécessaire pour justifier le travail que ­nécessite cet engagement et pour avoir un effet perceptible sur la performance. C’est peu, aussi, en comparaison avec la Suède (10%) ou le Royaume-Uni (4%). Mais c’est plus qu’en Espagne (2%), en Allemagne (2%) et aux Pays-Bas (1%).

Changement d’attitude

Markus Anliker observe en outre un changement d’attitude des caisses de pension vis-à-vis des gérants alternatifs. Elles se détournent des fonds de fonds tous terrains, mélangeant plusieurs stratégies et plusieurs gérants et s’intéressent maintenant plus à des solutions centrées sur une seule stratégie, exécutée par un seul gérant, éventuellement plusieurs.

Le fonds de fonds multistratégies n’a de manière générale pas tenu ses promesses. Le redressement de la performance en 2009 (+11% pour l’indice global HFRX) n’a pas fait oublier la chute de 2008 (–23%). La liquidité a été trop souvent entravée par les actifs rendus illiquides par la crise financière qui se trouvaient dans trop de portefeuilles.

Et l’affaire Madoff n’a pas été bénéfique pour le capital de confiance. Cependant, les caisses de pension, en tout cas les grandes, ne disent pas non à un gérant qui apporte de la diversification au sein d’une classe d’actifs, en premier lieu les actions ou les obligations. Un gérant alternatif peut investir plus activement qu’un gérant classique, avec des ventes à découvert pour profiter des baisses ou l’utilisation d’un levier financier, pour amplifier les performances.

Des fonds moins recherchés

Quant aux fonds 130/30, souvent appelés hedge funds light parce qu’ils contiennent une poche de ventes à découvert, ils semblent moins recherchés, selon l’enquête. Au plan européen, plus de 40% des institutionnels les jugent moins attrayants que par le passé. Les stratégies quantitatives, qui appliquent des modèles systématiques utilisant des données chiffrées, sont aussi moins recherchées. «En revanche, plus de 60% des institutionnels jugent que la capacité d’analyse fondamentale est devenue plus importante», constate Markus Anliker.

Cela pourrait freiner la montée en puissance de la gestion passive. Avec 89% des institutionnels interrogés par JPMorgan qui l’utilisent, la Suisse est un peu en avance sur le reste du continent (66%). Le véhicule le plus souvent utilisé est le fonds indiciel traditionnel (74% en Europe), devant sa version négociable en bourse (ETF, 36%). L’étude relève que l’utilisation de la gestion indicielle s’étend maintenant aux marchés émergents. Selon Markus Anliker, les ETF sur ces pays ont cependant le désavantage d’un suivi des indices très imparfait.