Wall Street se meut au rythme de la valse des hésitations. Tous les experts s'accordent à dire que le marché américain cherche une direction et oscille entre les flux et reflux des rotations sectorielles. Il est clair que la toile de fond est inspirée par le mouvement des taux d'intérêt. La première alerte est venue de la Banque du Japon qui annonçait, en début de semaine, qu'elle n'augmenterait pas le montant d'obligations qu'elle achète. Le rendement des bons du Trésor américain atteignait alors 5,42%, une hausse de 12 points de base. Avec la publication de l'indice des prix à la production plus fort que prévu, le marché obligataire confirmait son hésitation. Clairement, les opérateurs hésitent entre le fait que l'économie se porte bien, ce qui est positif pour les résultats bénéficiaires des compagnies, et la tendance au raffermissement du rendement du marché obligataire qui rend le marché des actions vulnérable au point de vue de son évaluation élevée.

Quid de la rotation sectorielle? Le secteur pétrolier souffre des prix de l'or noir toujours bas et aucun signe particulier n'indique que cette situation devrait changer à court terme. Le secteur financier se comporte plutôt bien grâce aussi à une acquisition dans le secteur des assurances. En effet, Aegon achète Transamerica pour la somme de 9,7 milliards de dollars. Ce nouveau géant aura plus de 205 milliards de dollars d'actifs. Par contre, le secteur de la technologie souffre d'une vague de prises de profits. Dans le domaine des fabricants de PC, l'annonce des résultats de Hewlett-Packard, et surtout de Dell Computer, a fait l'effet d'une douche froide. Plutôt que de prendre le temps d'analyser tranquillement ces résultats, les opérateurs boursiers ont tendance à vendre sans discrimination l'ensemble des valeurs du secteur, ce qui offre naturellement des opportunités d'achats sélectives. Même les compagnies de software se font prendre dans la tourmente comme Compuware, Oracle et Microsoft. Cette dernière souffre du fait que IBM gagne du terrain dans certains domaines, que Windows 2000 recèle trop d'erreurs et enfin que si les ventes de PCs devaient ralentir, celles de Microsoft baisseraient aussi. Le point d'orgue de ce secteur a été bien sûr la forte volatilité, voire la baisse des titres liés à l'Internet. L'évaluation boursière de ces valeurs est quelquefois mystérieuse et ce mouvement baissier permettra de discerner quelles sont les sociétés qui méritent des multiples élevés. Même des leaders d'opinion comme Mr Pfeiffer, CEO de Compaq, et Bill Gates n'arrivent pas à trouver un point de vue consensuel sur l'évaluation de ce secteur.

Au niveau politique, les attaques des républicains contre Bill Clinton ont pris fin, du moins en ce qui concerne l'affaire Lewinsky. Les Américains pourront dorénavant vaquer à des occupations plus productrices. Finalement, d'un point de vue plus général, nous voyons que le mouvement de consolidation, voire de correction, entamé depuis la fin du mois de janvier devrait se poursuivre. Les indicateurs internes du marché comme les titres atteignant de nouveaux sommets par rapport à ceux faisant des plus bas restent négatifs. De plus, la rotation sectorielle qui pénalise les secteurs qui s'étaient jusqu'ici bien comportés devrait continuer. Sur le plan fondamental, les pressions à la hausse qui s'opèrent sur les taux longs renforcent le sentiment de prudence. Si les prix du pétrole ne devraient pas changer, les indicateurs économiques, comme l'indice de la Réserve fédérale de Philadelphie montrent une économie encore en très bonne forme. L'évolution de l'indice SP500 illustre clairement que les opérateurs sont dans une position d'attente et donc que tous souhaitent une tendance plus nette à la hausse comme à la baisse.

*Analyste financier, Pictet & Cie, Genève.