Les cours boursiers ont progressé de 20% en 1999, grâce aux abondantes liquidités injectées présentes dans le marché. Une grande partie de ces dernières provient des achats massifs des investisseurs non japonais qui ont investi l'équivalent de 20 milliards de dollars en 1999, dont 13 milliards pendant le mois de mars. Ces achats ont favorisé une hausse rapide des valeurs en raison d'une relative étroitesse du marché liée à la fin de l'exercice comptable.

L'autre grande source de liquidité provient des mesures de support à l'économie et au secteur bancaire mises en place par les autorités. Il y a fort à parier qu'une partie des fonds ayant servi à recapitaliser le secteur bancaire ont été rapidement investis dans le marché obligataire, permettant aux taux longs de baisser rapidement. La décision de la Banque du Japon d'abaisser à 0,25% le taux de l'argent à vingt-quatre heures a créé un exode de plus de 80 milliards de dollars de fonds précisément investis dans ce compartiment du marché monétaire, probablement en direction du secteur bancaire ou d'autres investissements plus rémunérateurs. Ce mouvement, qui s'est étendu entre les mois de février et mars, a certainement favorisé une hausse déjà amorcée par les annonces de restructuration.

La difficulté à partir de maintenant consiste à distinguer quelle part de la hausse doit être attribuée au facteur liquidité et quelle est celle provenant d'une amélioration des fondamentaux économiques et bénéficiaires. La période de publication des résultats de 1998 débutant cette semaine, nous serons rapidement fixés quant à la croissance bénéficiaire prévue par les entreprises. Etant donné la situation économique, les anticipations seront probablement modestes, ce qui ne simplifie pas la tâche des analystes, les flux de liquidité étant le paramètre le plus difficile à anticiper.

Après de multiples faux départs en début d'année, le marché mondial des matières premières n'a toujours pas trouvé de tendance jusqu'à ce jour. Le marché australien, traditionnellement connu pour ses richesses naturelles, a pour sa part très bien performé. Il est vrai que la structure du marché a durant cette dernière décennie beaucoup évolué. En fait, le secteur des ressources naturelles représente aujourd'hui moins de 20% de la capitalisation boursière totale du marché, alors qu'il se situait autour des 35% dans les années 80. Deux raisons essentielles expliquent ce phénomène: la première est le fait d'un cycle baissier qui a démarré en 1996 et qui a entraîné dans sa chute les titres des entreprises actives dans ce secteur; la deuxième est qu'il faut bien se rendre compte que l'Australie a évolué naturellement vers un élargissement rapide du secteur des services avec, comme exemple récent, l'introduction en Bourse de sociétés dans le secteur des télécommunications (Telstra, Cable & Wireless Optus) et des assurances (AMP Ltd).

La grande question qui se pose maintenant est de savoir si nous sommes aux prémices d'un redémarrage du cycle des matières premières. Nous observons depuis le mois de mars un intérêt clair et croissant pour les gros conglomérats australiens comme Broken Hill Property, WMC ou Rio Tinto Ltd. Délaissés ces dernières années (surtout les deux premières), ils retrouvent preneur, spécialement chez les investisseurs étrangers. Une sous-pondération du secteur peut se révéler dangereuse pour des fonds de placement. Du coup, ces fonds ne peuvent se permettre de manquer cet hypothétique redémarrage du cycle. Plusieurs signes nous poussent à croire que l'optimisme qui règne est justifié: une croissance soutenue aux Etats-Unis, la fin du recul de l'inflation ou une reprise de l'industrie japonaise pourraient relancer ce secteur. Néanmoins, le côté émotionnel semble jouer un rôle prépondérant dans ces mouvements.

* Pictet & Cie, Genève.