La Banque centrale européenne (BCE) devrait laisser ses taux inchangés jeudi, à l'issue de son dernier conseil avant sa pause estivale, mais de nombreux analystes tablent sur un resserrement monétaire d'ici à fin septembre pour freiner l'inflation dans la zone euro. Selon la quasi-totalité des 29 économistes du panel AFP/AFX, la BCE va maintenir son taux d'intérêt minimum pour ses principales opérations de refinancement, actuellement à 4,25%. Seuls deux d'entre eux prévoient une hausse lors de la réunion de jeudi, qui aura lieu exceptionnellement par téléconférence. La réunion suivante se déroulera seulement le 31 août. «La BCE ne bougera pas jeudi», affirme Elga Bartsch, de la banque Morgan Stanley DW, en mettant en avant les déclarations du président de la BCE, Wim Duisenberg, en juillet. Celui-ci avait réaffirmé que l'horizon restait «dégagé» malgré le regain d'inflation dû à la flambée des produits pétroliers, qui renchérit les biens importés.

La hausse des prix s'est fortement accélérée dans la zone euro en glissement annuel en juin, à 2,4% contre 1,9% en mai, passant ainsi au-dessus du seuil de tolérance de 2%, que les gardiens de l'euro se sont fixé pour le moyen terme. En outre, les statistiques sur l'évolution des prix industriels ou à la production publiées lundi en France et en Italie ont confirmé les tensions inflationnistes.

Mais les analystes estiment que l'effet inflationniste de la flambée des prix du pétrole dans le reste de l'économie reste encore en deçà de ce qui était escompté. «La hausse des produits énergétiques ne pèse pas autant que nous avions pu le craindre», estime Elga Bartsch.

Il y a une semaine, le président de la Bundesbank, Ernst Welteke, qui en tant que tel siège au conseil des gouverneurs de la BCE, avait paru reprendre cette interprétation à son compte. «En dépit d'une forte croissance économique et d'une très nette hausse des prix pétroliers, les pressions sur les prix sont assez limitées», avait-il dit lors d'une réunion publique.

De l'avis des analystes, la BCE devrait agir après la pause d'été. «Les récentes données sur l'inflation et l'activité économique suffiront à la banque pour relever ses taux après la pause estivale», soulignent les économistes de UBS Warburg dans une note. «Nous nous attendons d'ici à fin septembre à une hausse de 25 points de base» du taux minimum fixé par la BCE pour ses opérations de refinancement, qui passerait ainsi à 4,50%, estime Elga Bartsch. «Ensuite ce taux devrait rester inchangé jusqu'à la fin de l'année et peut-être même tout au long de 2001», ajoute-t-elle.

En anticipation de ce tour de vis, les marchés pourraient néanmoins se charger, dès le mois d'août, de faire grimper le loyer de l'argent dans la zone euro lors des opérations hebdomadaires de refinancement à taux variables de la BCE. Ce système, en place depuis le 28 juin, leur confère en effet une influence bien plus grande que par le passé sur la définition du niveau du crédit, car celui-ci est établi sur la base de propositions de taux faites par les banques.

Au cours des quatre premières semaines de fonctionnement de ce nouveau système, le taux marginal, à savoir le taux le plus bas servi par la BCE, est resté stable à 4,29%. Mais il a légèrement progressé à 4,30% la semaine dernière, puis à 4,31% cette semaine, au même niveau que le taux moyen. Quinze des 29 économistes du panel AFP/AFX pensent ainsi que le taux moyen remontera en août dans la perspective d'un relèvement du taux plancher de la BCE.