La forte baisse du prix du baril observée en 1998 n'a pas engendré que des éléments négatifs pour l'industrie pétrolière mondiale; en effet, elle a entraîné un mouvement de consolidation massif, avec plus d'une dizaine d'opérations de fusions et d'acquisitions. Les cartes ont ainsi été redistribuées selon l'ampleur et les mérites des divers rapprochements. BP, à la stupeur générale, avait ouvert le bal, en s'emparant d'Amoco, avant de jeter son dévolu sur Arco en début d'année. La plus grosse opération est sans nul doute la fusion entre les deux géants américains Exxon et Mobil. L'annonce de l'OPA de TotalFina sur Elf Aquitaine en début de semaine semblait par conséquent établir une suite logique aux mariages précédents. Pourtant, cette nouvelle a causé un véritable tremblement de terre dans le paysage financier français. Comment le «petit» Total pourrait-il s'attaquer à l'honorable maison Elf? Tout a commencé avec l'acquisition, à l'automne dernier, de la société belge Petrofina, permettant à Total de presque doubler sa capitalisation boursière en quelques semaines. Il devenait ainsi le premier pétrolier français, détrônant son rival de toujours. Fort de cet avantage, le groupe TotalFina fraîchement constitué, osa s'attaquer, avec un projet sensé, réfléchi et répondant aux aspirations des actionnaires, à une des plus vénérables institutions de l'Hexagone. L'Etat français, en la personne du ministre de l'Economie et des Finances, réagissait positivement à ce rapprochement, poussé par des considérations d'ordre national. Cette opération de premier ordre, menée par un management de grande qualité, devrait probablement aboutir… à moins que les dirigeants d'Elf Aquitaine trouvent les moyens de s'y opposer.

* Darier Hentsch & Cie.