La double proximité du passage à l'euro et du changement de siècle semble avoir érigé un écran de fumée dans l'esprit des investisseurs qui amalgament une faiblesse conjoncturelle passagère et une évolution séculaire et inéluctable du besoin en ressources informatiques des entreprises. Les inévitables Cassandre de l'investissement, à l'image du célèbre économiste américain de la plus grande des banques allemandes, ont savamment semé la confusion et ont réussi à faire percevoir le clapotis qu'engendrera le passage à l'an 2000 comme un raz de marée proche de l'Apocalypse.

Si les innombrables déficiences dans la préparation de ce seuil critique provoqueront certes quelques couacs mémorables, les sociétés informatiques ne vont pas pour autant s'arrêter de fonctionner l'an prochain. Elles sont en effet de plus en plus considérées par les entreprises comme un outil vital pour optimiser la qualité du service, améliorer la flexibilité ou contrôler les coûts. Les moteurs de la croissance sont donc plus puissants que jamais, à l'image de l'émergence du commerce électronique, de la convergence entre téléphonie et transmissions de données ou encore des systèmes de gestion clientèles, de plus en plus élaborés et ouverts à Internet.

La nervosité ambiante, déjà clairement perceptible, peut fort bien se muer en panique à l'approche du prochain siècle. La relative inefficience de nombreux intervenants risque donc d'être un facteur pénalisant pour le secteur d'ici à la fin de cette année. Nous considérons clairement que toute exagération baissière est à exploiter car nous n'aurons probablement plus de si fructueuses occasions avant longtemps. Une sélectivité drastique s'impose évidemment dans ce contexte, Cap Gemini (voire Sema) sortant ici clairement du lot.

* Ferrier Lullin & Cie SA.