Au cœur des marchés

Les marchés financiers, créateurs d’artifices

En état de lévitation à cause des vagues de liquidités, les marchés sont devenus schizophrènes. Ils redoutent les bonnes nouvelles économiques, qui encourageraient les banques centrales à diminuer les injections de liquidités

Joyeux anniversaire! L’économie américaine vient en effet de fêter ses 10 ans d’expansion ininterrompue. Et malgré l’interdiction des feux d’artifice qui menace de plus en plus les festivités du 1er Août, changement climatique oblige, ces derniers restent encore bel et bien d’actualité sur les marchés financiers. L’indice phare des actions américaines, le S&P500, a même passé au-dessus de la barre symbolique des 3000 (pour rappel, il avait touché un plus bas de 666 en mars 2009).

Mais il n’y a pas que les actions qui sont à nouveau à la fête, avec des progressions qui s’inscrivent entre 15 et 20% depuis le début de l’année. Les marchés obligataires aussi. Par exemple, le récent emprunt grec à dix ans, émis en mars au prix de 99,8 pour un coupon de 3,375, s’échange actuellement à… 114,1 (pour un rendement à maturité qui a fondu maintenant à 2,2%). Idem pour les matières premières, les fonds immobiliers ou tout autre actif coté: à l’instar des bateaux lors de la marée montante, leur valorisation est portée par les anticipations de la prochaine grosse vague de liquidités à venir.

Stéroïdes anabolisants

Malheureusement, la situation n’est ni saine ni confortable, car c’est finalement les déceptions économiques qui alimentent l’espoir de ce nouvel afflux de liquidités. Celles-ci iront sans doute une fois encore se déverser dans les marchés financiers, voire l’immobilier, plutôt que dans l’économie réelle. Mais si les grands banquiers centraux ont été incapables au cours de la décennie écoulée d’atteindre leur objectif d’inflation des prix des biens et services (notez qu’auparavant leur défi était plutôt de la faire redescendre vers l’objectif), leurs politiques monétaires exceptionnellement non conventionnelles – et ce n’est peut-être pas fini! – ont quand même conduit les marchés à un état de lévitation.

Preuve en est l’hésitation de ces derniers suite à la publication, meilleure qu’attendu, des chiffres de l’emploi aux Etats-Unis. Au lieu de se réjouir d’une éventuelle embellie sur le front de la croissance, les investisseurs ont plutôt craint que la distribution de stéroïdes anabolisants soit reportée, voire, pire, annulée.

Bref, on en devient schizophrène: il ne faut surtout pas de trop mauvaises nouvelles, mais pas non plus de trop bonnes dorénavant. Dans ce contexte, l’avertissement sur les résultats du groupe BASF, dont le slogan est «nous créons de la chimie» (indispensable à une foule d’autres secteurs et industries), laisse peu de doute quant à l’asthénie actuelle de la croissance.

Tout va juste assez mal

Pour l’instant, tout va bien donc. Ou plutôt juste assez mal, ou pas assez bien, si vous m’avez compris. C’est en gros le message également délivré mercredi dernier par l’artificier en chef, à savoir Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, dans son discours auprès du Congrès américain. Contrairement à la fin de l’année dernière, il a évité cette fois le côté rabat-joie de la déclaration surprise, à savoir celle qui ferait remonter le loyer de l’argent et s’affaisser les marchés.

Ouf! Ça va suffisamment mal pour que le taux directeur soit abaissé lors de leur prochaine réunion le 31 juillet. Bonne nouvelle aussi pour les enfants, petits et grands: le climat n’est pas encore assez déréglé pour que les feux d’artifice du 1er Août soient définitivement interdits.

Publicité