Le patron de Nestlé, Peter Brabeck, passe les deux-tiers de son temps en déplacement à travers le monde et habite un appartement en location à La Tour-de-Peilz quand il est en Suisse. Il estime que le français est toujours la langue officielle du groupe, même si depuis quelques mois, des documents sont traduits en anglais. Entretien.

Le Temps: Nestlé est un groupe encore très diversifié – boissons, produits laitiers, plats préparés, chocolat et produits pharmaceutiques. Avez-vous l'intention de vous concentrer plus particulièrement sur l'un ou l'autre des secteurs?

Peter Brabeck:La structure du groupe est certes plus complexe que nos concurrents, peut-être plus difficile à gérer, mais ce n'est pas impossible. Les entreprises qui ont choisi de se centrer sur leur métier de base ont toutes été rachetées. Cette théorie était l'espoir des années 90. Nos décisions stratégiques sont prises pour la pérennité de l'entreprise et non pas en fonction des perspectives des analystes financiers. Si nous arrivons à répondre à leurs attentes, tant mieux, mais ce ne sont pas les marchés financiers qui gèrent le groupe.

– Avec la cascade de vos différents rachats, vous avez encore plus de produits à gérer. Quelle est votre stratégie pour vous retrouver dans toutes ces marques ?

- Il y a dix ans, quand je suis entré à la direction générale et en tant que responsable du marketing, la première chose que j'ai faite a été une hiérarchie des marques. Les 80% de nos ventes reposent sur six produits, dont 40% uniquement sur la marque Nestlé. Ensuite viennent Nescafé, Nestea, Maggi, Friskies et Buitoni.

- Vous avez plus particulièrement parlé du secteur nutritionnel dans votre présentation, notamment de la nutrition clinique et de performance (substances aditionnées au produit de base, n.d.l.r.). Avez-vous une ambition de croissance interne ou externe dans ce domaine?

- Les deux. Nous sommes toujours à l'affût d'une bonne acquisition. Il n'existe pas beaucoup de concurrents, exceptés Novartis et Abbott, mais ils ne sont pas vendeurs...

- Envisageriez-vous alors de conclure une co-entreprise sur le même modèle que celui que vous avez passé avec Coca-Cola, ou de faire un échange avec votre division pharma ?

- Dans ce cas-là, je ne vois pas la logique qui nous y amènerait.

- Quelle est la position de Nestlé face aux OGM (organismes génétiquement modifiés, n.d.l.r.)?

-Il existe au niveau mondial plusieurs problèmes que nous pourrions résoudre grâce à cette nouvelle technologie. Son lancement a été mal organisé. Les Etats-Unis ont pensé qu'elle serait acceptée par tout le monde. En Europe, les consommateurs n'en ont pas vu les avantages. Nous avons déjà une production excédentaire, alors que cette technologie propose une augmentation du rendement agricole. Elle serait très utile dans les régions de sécheresse avec des plantes qui résisteraient mieux au manque d'eau. Nestlé ne produit pas de semences. En revanche, nous utilisons de la matière première susceptible d'être modifiée génétiquement. Pour nous, au niveau de la fabrication de nos produits, cela ne change rien, qu'elle le soit ou non. Mais nous respectons les privilèges des consommateurs européens qui n'en veulent pas.

Propos recueillis par My P.