Contre toute attente, l’été a finalement été calme pour les marchés. Les principaux indices ont même été portés par l’espoir d’un nouveau programme de relance de la Réserve fédérale américaine, et même de la Banque centrale européenne. Le S&P 500 a ainsi grimpé de 11% depuis janvier.

Pourtant, l’économie reste chancelante et l’automne, jalonné d’échéances importantes, risque d’être plus agité. Surtout, les enjeux liés aux élections sont plus importants qu’en 2008: la fin du monde avait alors déjà eu lieu deux mois plus tôt.

Jackson Hole

Ben Bernanke n’aurait pas renouvelé son annonce de 2010 à Jackson Hole. Vendredi, dans son discours à la réunion annuelle des banquiers centraux, le gouverneur de la banque centrale américaine n’a pas annoncé formellement de nouveaux programmes de rachat d’actifs, mais il ne l’a pas non plus écarté.

La «Fed» joue l’arlésienne

Cette fois, pas de doute, ce sera la bonne, jurent les spécialistes lisant dans le marc de café de la tasse de Ben Bernanke: le responsable de la plus influente des banques centrales va procéder à de nouvelles injections d’argent frais dans l’économie. Pour la troisième fois en quatre ans. «QE3», tel est le nom de code. Les marchés attendent maintenant que la banque centrale américaine en donne le signal, lors de son conclave du 12 septembre. Comme ils l’attendaient de sa réunion du 1er août. Ou de celle du 21 septembre… 2011. Moins alarmistes que prévu, les signaux émis au mois d’août par la première économie mondiale ne semblent guère inviter à ressortir l’artillerie lourde. Sans compter que celle-ci apparaîtrait comme un soutien apporté au président sortant. Facteur décisif? Le point mensuel du front de l’emploi, le 7 septembre.

A fond de train vers le «gouffre de l’austérité»

Retenir le terme, il sera répété ad nauseam au cours des semaines devant mener aux élections du 6 novembre. «Fiscal cliff». Le «mur de l’austérité». Le grand marchandage sur les coupes dans les dépenses publiques entre républicains et démocrates n’aura jamais vraiment eu lieu. Résultat, le 30 septembre, Washington bouclera son quatrième exercice de suite avec un «trou» de plus de 1000 milliards de dollars, prévient le CBO, bureau non partisan chargé d’analyser le budget pour le Congrès. Ces besoins seront comblés par des emprunts venant s’ajouter aux dettes de 16 000 milliards de dollars affichés par les compteurs trônant au-dessus de la convention républicaine de Tampa. Un niveau qui approche du plafond – pourtant relevé il y a un an – à partir duquel l’Amérique est censée couper sans distinction dans ses budgets. Le hachoir automatique à dépenses menace d’étouffer l’activité dès le 1er janvier. Selon le CBO, cela pourrait provoquer une contraction de 2,9% de l’économie au cours des six premiers mois de 2013, «récession d’une magnitude similaire à celle du début des années 90».

Une dette très politique

Les ficelles du suspense autour du «gouffre de l’austérité» semblent cependant un peu usées, rappelant les postures adoptées durant le débat sur le plafond de la dette durant l’été 2011. Une non-décision – le relèvement de l’endettement maximal autorisé – avait arrangé tout le monde. Le scénario pourrait diverger cet automne, la proximité des deux candidats dans les sondages risquant d’enferrer les deux camps dans leur position. Et comme le relèvent les économistes de Sarasin, la simple crainte du «gouffre d’austérité» à venir affaiblit déjà l’activité. Les sociétés «rechignent à passer de nouvelles commandes» et la confiance est «dégradée». Avant toute non-décision.