Le sentiment des investisseurs vis-à-vis de l'Argentine a considérablement changé au cours du mois dernier. Deux facteurs sont à l'origine des ventes sur les emprunts et les marchés des actions. D'une part, le fait que le candidat à la présidence, M. Duhalde, ait déclaré que l'Argentine devrait chercher à obtenir l'annulation de ses dettes. D'autre part, le fait que les résultats relatifs à la production industrielle, à la situation budgétaire et au PIB soient insuffisants. Selon les investisseurs, l'Argentine devrait, pour relancer sa croissance, abandonner son taux de change fixe par rapport au dollar US (1:1) et changer de politique face au problème du service de la dette.

La première proposition n'est pas valable. Avec le temps, l'Argentine peut en effet s'adapter en imposant des réductions fiscales et une politique des revenus. De plus, le commerce ne représentant qu'une modeste partie du PIB (environ 15%), il ne constituera pas le principal moteur de la croissance. La deuxième idée, quant à elle, accorde trop de crédit à la propagande préélectorale. Les sondages montrent que la politique favorable au marché et surtout le système du taux de change sont très populaires. Un renversement de la politique dans ce domaine est donc fort peu probable.

Les investisseurs sont en outre préoccupés par le fait que l'Argentine a fréquemment recours au marché des capitaux international, où le loyer de l'argent est moins cher. La durée de vie moyenne de la dette publique de l'Argentine est d'un peu plus de 9 ans, ce qui soutient la comparaison avec le Brésil (2 ans). L'Argentine n'a pas accumulé une large dette intérieure à court terme, facteur qui avait causé le manque de liquidités et entraîné la dévaluation dans certains pays (Mexique ou Brésil). La stratégie de l'emprunt de l'Argentine est astucieuse. Elle lui permet, dans les moments difficiles, de réduire le délai de remboursement de sa dette et d'émettre une dette intérieure si besoin est, puis d'abaisser les besoins de financement une fois que la croissance réapparaît.

* Union Bancaire Privée.