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«Les marchés obligataires n’ont jamais cru aux promesses de Donald Trump»

Le bras droit du «king of bond» était à Zurich. La grande inconnue pour les investisseurs, explique Jeffrey Sherman, c’est la politique à venir de la Fed

Il a le même prénom, mais c’est le bras droit du «king of bond» (roi des obligations), Jeffrey Gundlach. Jeffrey Sherman, vice-responsable des investissements de DoubleLine, l’un des géants de la gestion obligataire aux Etats-Unis, qui était de passage à Zurich mercredi.

«Nous sommes clairement dans une nouvelle ère», a-t-il expliqué, en référence à l’administration Trump. «Mais différent ne signifie pas nécessairement moins bien. Ça peut être mieux.» Sauf que jusqu’ici, «les marchés obligataires n’ont jamais cru aux promesses» du nouveau président américain, a poursuivi l’investisseur. Contrairement aux marchés actions, qui ont bondi dans le sillage de l’élection en novembre et ont poursuivi leur hausse au cours des mois suivants. Avant de déchanter, voyant les promesses se heurter à la réalité de la politique américaine. La dernière en date étant le nouvel échec de la révision de la politique de santé.

Craintes d’inflation

Si le marché de la dette avait été convaincu, par exemple, de la probabilité que la réforme de l’imposition se matérialise, on aurait pu l’observer facilement, d'après Jeffrey Sherman. Les emprunts municipaux, dont les intérêts ne sont pas taxés, auraient dû voir leurs rendements augmenter. De même, les engagements à lancer des programmes d’infrastructure de grande ampleur n’ont pas ému les investisseurs spécialisés dans l’obligataire.

Certes, les rendements ont augmenté à la suite de l’élection du milliardaire républicain. Mais l’expert y voit moins l’effet des craintes d’une hausse de l’endettement public que l’augmentation des attentes d’inflation en lien avec une économie dynamique.

Divergence avec les actions

Pourquoi une telle divergence entre les obligations et les actions? «Certains disent que les marchés obligataires sont plus réalistes. Je ne m’aventurerais pas à dire cela. Mais ils sont concentrés sur le moment présent et sur l’importance d’avoir leurs emprunts remboursés», a justifié Jeffrey Sherman. Là où les marchés actions auraient tendance à se laisser guider par l’espoir et à accorder du temps aux nouveaux venus à Washington, l’obligataire «ne laisse jamais autant de temps».

Des divergences se sont toujours produites entre ces deux classes d’actifs, mais rarement pendant de longues périodes, a encore ajouté le spécialiste de DoubleLine, créée il y a une dizaine d’années, DoubleLine est basée à Los Angeles et gère un peu plus de 100 milliards de dollars. Jeffrey Sherman était invité par la banque neuchâteloise Bonhôte pour parler de ses fonds nouvellement enregistrés en Suisse.

L’économie croît toujours

De fait, que les promesses se matérialisent ou non, l’économie croît à un rythme de 2%, voire un peu plus, a-t-il repris, et aucun signe tangible qu’une récession guette n’est observable. «Il n’y a donc aucune raison d’être inquiet pour l’économie.»

Selon Jeffrey Sherman, le grand défi reste l’évolution de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui en est consciente. La banque centrale a déjà relevé les taux d’intérêt trois fois en sept mois et il est «encore trop tôt pour mesurer les effets des deux derniers tours de vis sur l’économie». En parallèle, elle a évoqué la possibilité de réduire son bilan en vendant une partie des titres qu’elle détient. «Dix milliards de dollars par trimestre, c’est peu, en comparaison avec la taille de son bilan et du marché. Mais on ne sait pas comment ces derniers réagiront et si les taux vont augmenter», a encore prévenu le spécialiste. A l’annonce, en tout cas, ils sont restés stoïques.

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