Les rendements américains à 10 ans «flirtent» avec les 4%, niveau qui a déjà été franchi à la baisse en Europe. Pourtant, comme nous le rappelions dans notre article précédent (Le Temps 20.09.04), les prévisions de début d'année des économistes et stratèges les plus réputés tablaient généralement sur une forte remontée des taux en 2004.

La flambée du cours du pétrole explique en partie les doutes actuels quant à la reprise économique mondiale. Mais il convient de rappeler que la stimulation monétaire et budgétaire sans précédent décidée par les Etats-Unis en 2000 n'a fait que reporter le nettoyage des excès commis durant la bulle technologique, notamment en termes d'endettement, et qui pèseront encore un certain temps sur la conjoncture. Pour ce qui est de l'évolution des prix, le contexte reste favorable dans les pays développés et les tensions inflationnistes présentes en début de chaîne ne s'infiltrent que faiblement dans le système. A plus long terme, il faudra toutefois suivre l'éventuelle émergence d'un phénomène d'inflation importée depuis les marchés émergents, notamment aux USA dans un scénario de réajustement du dollar contre les monnaies asiatiques.

Les économistes et les investisseurs continuent donc d'assister incrédules à cette baisse des rendements obligataires. Rarement le rally séculaire d'un marché n'aura fait l'objet d'autant de scepticisme. Les institutions américaines n'ont jamais eu aussi peu d'obligations et la durée de leurs portefeuilles est très courte. Et alors que les investisseurs privés reviennent timidement sur les fonds mutuels obligataires, les gérants de ces fonds restent peu investis, puisqu'en moyenne les liquidités atteignent 10% de la fortune. Dans des proportions différentes, on observe ces mêmes tendances au niveau mondial.

Il ne fait pas de doute que les rendements sont à des niveaux bas. Néanmoins, les conditions semblent réunies pour que les obligations continuent à surprendre positivement sur le court-moyen terme, notamment en Europe où la fermeté renouvelée de l'euro vient encore assombrir des perspectives économiques déjà moroses.