«Et maintenant?», se demandent les investisseurs, après la forte reprise des marchés actions depuis leur plus bas de fin mars. L’indice S&P500, par exemple, a bondi d’environ 27% depuis le 23 mars, ce qui limite à -12% sa baisse depuis le début de l’année. Sur les marchés, de nombreux acteurs craignent de se trouver à un carrefour avec, d’un côté, la crainte de rater un autre mouvement haussier et, de l’autre, la peur de subir une deuxième vague de baisse des marchés, provoquée par exemple par une reprise de l’épidémie ou une dégradation des données macroéconomique. Comment se positionner? Quels indicateurs observer?

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Une séquence en trois phases sert de base au scénario de François Savary, responsable des investissements chez Prime Partners: contrôle de la pandémie entre fin avril et début mai, déconfinement en mai-juin et reprise de l’activité au second semestre. «Nous sommes entrés dans la deuxième étape, qui comporte de nombreuses incertitudes. Il faut observer la capacité des pays à relâcher le confinement sans provoquer une forte reprise de l’épidémie. Un indicateur clé est le fameux «R0», qui mesure le nombre de personnes contaminées par un porteur du virus. Ce nombre doit rester inférieur à 1», décrit l’économiste, qui précise que Prime Partners n’a pas vendu les positions actions en mars-avril (la société de gestion était sous-pondérée actions).

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Protection partielle des portefeuilles

La montée de l’incertitude a poussé François Savary à protéger partiellement les portefeuilles contre la baisse depuis la semaine passée, «car une période de consolidation des gains récents reste possible». Prime Partners a également «investi dans du crédit d’entreprises de qualité, il y a trois semaines».

Pour l’avenir, notre interlocuteur ne voit pas de grand potentiel de hausse sur les actions. Néanmoins, «une éventuelle consolidation des gains peut permettre d’engranger des actions si on a un horizon d’investissement de 12 à 18 mois, car les banques centrales sont toujours actives, leurs politiques monétaires restent expansives et les taux d’intérêt ne vont pas remonter de sitôt». Verra-t-on prochainement Wall Street à ses niveaux pré-Covid-19, aux alentours de 3200 points pour le S&P500? François Savary n’y croit pas et voit plutôt l’indice à 2850 pour fin 2020, avec un retour vers 3200 au plus tôt vers fin 2021.

Crise de 2008 plus facile à régler

Cette semaine, plusieurs pays vont publier leurs premières estimations de croissance pour le premier trimestre (Etats-Unis, France, Italie, Espagne). «Ces chiffres seront probablement les pires enregistrés depuis la crise financière de 2008 et ceux du deuxième trimestre se révéleront de toute évidence pires encore», relève Fabrizio Quirighetti, de Decalia AM. Le risque d’une spirale négative est très présent, détaille l’économiste genevois: «Il est peu probable que la réouverture progressive de l’économie provoque une explosion de la consommation, qui n’a pas pu être satisfaite pendant le confinement, car le consommateur reste déprimé et la confiance des entreprises est basse.»

Un des éléments clés selon lui sera l’efficacité du soutien apporté aux PME, qui forment collectivement un employeur considérable. «La solution était plus facile lors de la crise financière de 2008, lorsqu’il suffisait d’injecter des liquidités dans les banques. La question aujourd’hui est de savoir comment apporter des capitaux aux PME, qui en ont désespérément besoin, ou aux petites villes. On a constaté des défauts sur le marché des obligations municipales aux Etats-Unis, certes limités en taille, mais révélateurs des difficultés à venir.» En conséquence, Decalia est sous-pondéré sur les actions et le crédit en général; l’or constitue la seule surpondération.