La chronique des changes

Des marchés quelque peu emportés par leur arrogance

Le grand moment est arrivé! C’est la première semaine du mois et tous les yeux sont rivés sur les statistiques économiques des Etats-Unis, au premier rang desquelles figure l’indice ISM non manufacturier de mai, publié demain, et le rapport de mai sur l’emploi, à paraître ce vendredi. Les marchés se demandent en effet si l’un de ces chiffres minera leurs convictions devenues quasi inébranlables sur l’avenir de la politique monétaire menée par la Fed, qu’il s’agisse du rythme immuable auquel elle continue de réduire ses achats d’actifs ou de la date prévue pour la première hausse de taux, actuellement fixée à l’été 2015. Rappelons que cette date n’a quasiment pas changé depuis six mois.

Bien que le taux de chômage ait rapidement chuté ces derniers mois, le marché aime à penser que la Fed maintiendra son cap actuel, le faible niveau de l’inflation n’incitant pas à renoncer aux mesures de relance. Et face à des bourses américaines ayant atteint de nouveaux records, il n’en faut pas plus pour nourrir la suffisance des marchés d’actifs. En outre, sur les marchés monétaires, le dollar américain s’apprécie depuis peu. Et bien que le Comité fédéral d’open market (FOMC) ne soit pas pressé de resserrer sa politique monétaire, il continue de réduire ses mesures d’assouplissement quantitatif. Enfin, pour sa part, la Banque centrale européenne (BCE) se prépare à une nouvelle campagne expansionniste.

Compte tenu de la vanité presque sans précédent qu’affichent les marchés d’actifs (y compris le marché monétaire), les investisseurs doivent être conscients des risques qui peuvent ébranler leur confiance et ramener la volatilité sur les marchés.

Quant aux statistiques elles-mêmes, une nouvelle forte poussée de l’indice ISM non manufacturier publié cette semaine et/ou une nouvelle baisse du taux de chômage pourraient amener les acteurs du marché à revoir leurs hypothèses quant à une éventuelle accélération de la politique monétaire de la Fed. Après tout, si le taux de chômage continue de baisser au même rythme que ces derniers mois, la Fed devra se résigner à relever ses taux avant la fin de l’année. Or, le marché n’est pas prêt à cette éventualité. Une matérialisation de ce risque provoquerait une hausse du dollar et une nouvelle fragilisation des marchés émergents encore fébriles.

D’autre part, si les données publiées sont mitigées, ce sera au FOMC de choisir s’il met à mal la suffisance des intervenants. Mais, depuis longtemps déjà, il n’est guère payant de miser sur une politique restrictive de la Fed. Malgré tout, la récente flambée grotesque du marché pourrait forcer la Fed à agir lors de la prochaine réunion du FOMC le 18 juin, l’une des quatre séances annuelles pendant lesquelles les membres du comité révisent leurs prévisions pour les indicateurs économiques clés et le taux directeur.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank