Les marchés financiers accueillaient favorablement mais sans trop d’effusion vendredi les annonces issues du sommet européen de Bruxelles, satisfaits du renforcement de la discipline budgétaire mais dubitatifs sur le manque de pare-feu immédiat à la crise.

Après un début de séance poussif, les indices boursiers ont accéléré le rythme et évoluaient en hausse à la mi-journée, à l’image du Dax de Francfort (+1,58%) ou du CAC 40 à Paris (+1,71%).

Le marché obligataire adoptait une attitude plus prudente, avec une légère tension des taux d’emprunt de l’Espagne et l’Italie.

L’enthousiasme des investisseurs n’était pas débordant, comme en témoignait la faiblesse des volumes d’échange en bourse.

Les marchés avaient anticipé des solutions politiques fortes à la crise de la dette qui menace de déstabiliser la zone euro, ce qui avait permis aux indices boursiers de rebondir fortement ces derniers temps.

Pour Franklin Pichard, directeur de Barclays Bourse, c’est «presque surprenant que les marchés résistent», même s’il «est encore trop tôt pour crier victoire».

«Il n’y a absolument rien de surprenant par rapport aux discussions franco-allemandes du début de semaine», renchérit René Defossez, stratège obligataire chez Natixis.

La principale avancée de la rencontre de Bruxelles réside dans le renforcement de la discipline budgétaire qui ne sera adopté que par les 17 membres de l’Union monétaire et six autres pays volontaires. Le Royaume-Uni a boudé cet accord.

«Même si le diable européen est toujours dans le détail, c’est une étape importante vers une union budgétaire» et le sauvetage de l’euro, salue Carsten Brzeski, économiste chez le bancassureur ING.

Ce mécanisme pourrait toutefois s’avérer contre-productif pour plusieurs analystes parce qu’il prévoit des sanctions contre les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements budgétaires au moment même où la croissance est anémique en zone euro.

«Toutes les solutions qui auraient pu être plus stabilisantes ont été systématiquement écartées par les Allemands, comme celle de donner une licence bancaire au MES (Mécanisme européen de stabilité) ou bien sûr les euro-obligations», prévient René Defossez.

C’est là une des principales déceptions des marchés, puisque les dirigeants européens ont peiné à renforcer les mécanismes de pare-feu destinés à soulager rapidement les pays les plus en difficulté.

La Banque centrale européenne (BCE) avait déjà calmé les ardeurs des investisseurs la veille, en indiquant ne pas avoir le souhait d’intervenir plus sur le marché obligataire.

Pour l’heure, la mise en place du MES sera avancée d’un an, à juillet 2012, et l’existence du Fonds européen de stabilité financière (FESF) sera prolongée jusqu’à mi-2013.

En outre, environ 200 milliards d’euros devraient être débloqués par les responsables européens à destination du Fonds monétaire international (FMI), cet argent devant servir à soutenir des pays fragiles de l’Union monétaire.

Au total, «je pense qu’on va gérer cette crise encore pour longtemps», résume René Defossez.

Reste un point délicat, celui de savoir si ces annonces suffiront à convaincre les agences de notation que la zone euro est sortie de l’ornière.

«Les mesures qui semblent se dessiner ne devraient pas satisfaire les agences de notation», prévient Franklin Pichard, qui rappelle que Standard & Poor’s «attendait des résultats immédiats après le sommet».

Cette agence a lancé en début de semaine un avertissement sur la zone euro en menaçant de retirer rapidement leur triple A à l’Allemagne et la France.

«La révision des traités ne serait soumise aux parlements qu’en mars. Est-ce que la patience des agences de notation pourrait durer jusque-là? C’est peu probable», prévient Franklin Pichard.