Le groupe helvético-suédois ABB (Asea Brown Boveri) a annoncé mardi une progression de 6% de son bénéfice net pour l'exercice 2000, qui est passé de 1,36 milliard de dollars (environ 2,2 milliards de francs) à 1,443 milliard de dollars, et une baisse de son chiffre d'affaires de 6% à 22,9 milliards de dollars. L'annonce d'une croissance du carnet de commandes de 3%, à 25,44 milliards de dollars, et d'un bond de 23% du résultat avant frais financiers et impôts (EBIT), qui s'est élevé l'an dernier à 1,385 milliard de dollars, n'a pas suffi à calmer les marchés.

En Bourse, le titre ABB a dévissé dès l'ouverture de 7% pour se situer à 145 francs contre 156 francs la veille, avant de clôturer à 143,25 francs. La faible progression du bénéfice a déçu le marché, de nombreux analystes tablant sur une croissance d'environ 11% (lire Le Temps du 12 février). L'action ABB retrouve son niveau de juillet 1999 alors qu'elle a un potentiel de 220 francs (lire notre infographie).

Dans un communiqué, ABB explique que la baisse du chiffre d'affaires est due «à la faible demande de certains marchés-clés». Ce sont avant tout ses clients européens qui ont fait défaut, le chiffre d'affaires réalisé dans cette région qui pèse plus de la moitié du total ayant passé de 13,8 à 12,5 milliards de dollars. Ce chiffre est particulièrement inquiétant car l'Europe a connu l'an dernier une année de forte croissance.

De toutes ses divisions, c'est celle de l'automation qui a eu en 2000 le vent en poupe: sa rentabilité a fortement progressé (de 31% en monnaies locales) et ses coûts ont été contenus, à l'exemple du nombre de collaborateurs, qui est passé de 49 000 en 1999 à 45 000 en 2000. Cette amélioration des marges a profité au responsable de la division, Jörgen Centerman, 48 ans, nommé patron du groupe immédiatement après l'annonce, en octobre, du départ de Göran Lindahl. La division de l'automation a cependant enregistré une forte baisse du chiffre d'affaires et du carnet de commandes: ceux-ci sont passés, respectivement, de 8,2 à 7,4 milliards de dollars, et de 8,1 à 7,8 milliards de dollars. La division du transport d'énergie affiche de meilleures perspectives avec des entrées de commandes progressant de 1% (9% en monnaies locales), mais sa rentabilité s'effiloche, la marge EBIT ayant passé de 309 à 262 millions de dollars. Le secteur de la distribution d'énergie est légèrement mieux loti: le chiffre d'affaires s'est tassé de 2%, à 2,83 milliards de dollars mais le carnet est mieux garni (3,1 milliards de dollars contre 2,7 milliards l'exercice précédent).

La division qui regroupe les activités énergétiques (pétrole, gaz et pétrochimie) a été très décevante en matière de chiffre d'affaires, qui s'est réduit de 200 millions, passant de 3 milliards à 2,8 milliards de dollars, mais ce secteur est prometteur pour l'exercice en cours puisque les commandes ont bondi de 29% (40% en monnaies locales) pour s'établir à 3,9 milliards de dollars.

En termes de résultats, la division des technologies du bâtiment, dont 80% des revenus proviennent de ses activités en Europe, a été handicapée par les effets de change: son chiffre d'affaires exprimé en dollars a baissé de 7%, à 5,8 milliards de dollars, mais progressé de 4% exprimé en monnaies locales. Enfin, la division des services financiers se porte mieux, avec un chiffre d'affaires qui a augmenté de 17% pour se situer à 1,9 milliard de dollars.

Pour tenter de redresser le paquebot ABB, Jörgen Centerman met en avant la notion de «client» alors que celle de produit passe au second plan. Il a précisé hier que «30% des ventes annuelles d'ABB proviennent de nos 200 premiers clients». Pressé, le nouveau CEO souligne déjà que «le changement culturel permettant d'obtenir une organisation orientée client est considérable». Le géant de l'électrotechnique entend également mieux intégrer les technologies de l'information dans ses activités, et mettre en place des systèmes d'évaluation des performances, en descendant le plus bas possible au sein de ses unités et en améliorant le système de reporting. Voilà pour les paroles et les objectifs. Mais le nouveau patron d'ABB doit encore convaincre les marchés en traduisant ces bonnes intentions en chiffres.