Dans l’esprit des experts et des marchés, cela ne fait plus un pli: la Réserve fédérale américaine (Fed) va relever son taux directeur à l’issue de sa réunion mercredi. Pour la troisième fois depuis la crise financière, l’institution devrait augmenter le loyer de l’argent de 25 points de base, à 0,75%-1%.

Si un doute subsistait dans leur esprit, il a probablement été écarté vendredi, lors de la publication des statistiques du marché de l’emploi aux Etats-Unis. Avec 235 000 nouveaux postes créés en février, la vigueur de l’économie américaine se confirme. Le taux de chômage a aussi reculé d’un point, à 4,7%.

Marchés et experts convaincus

Ainsi, la société Investing.com, qui produit un baromètre des taux de la Fed basé sur les contrats à terme (futures) sur les taux de la Fed, estime qu’il y a 93% de chance que la banque centrale opte pour un tour de vis.

La Fed a donné des signaux d’une action à venir ces dernières semaines, par la voix de plusieurs des membres de son Comité de politique monétaire (FOMC). Janet Yellen, sa présidente, a prévenu début mars que «la réduction du soutien monétaire risque de ne pas être aussi lente que ce qu’elle a été en 2015 et 2016».

Non seulement, l’économie continue de se redresser mais l’inflation est repartie. A 1,9% en janvier, elle n’a jamais été aussi proche de l’objectif implicite de stabilité des prix de la Fed depuis 2012. Sans compter que les bourses sont euphoriques depuis l’élection de Donald Trump.

Baisses d’impôt

Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management, s’attend aussi à une hausse de 25 points de base ce mercredi, puis à deux autres hausses cette année, en septembre et en décembre pour autant que l’économie continue sur cette voie. Selon un sondage de Bloomberg, il y devrait y avoir encore un tour de vis en juin puis en décembre.

Pour l’instant, «la Fed ne tient pas compte de la politique économique que pourrait lancer Donald Trump», explique Christophe Donay. Ce dernier anticipe à la fois un plan d’investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars et des baisses d’impôt pour les entreprises et les ménages. Mais leur effet, si ces mesures sont prises, n’interviendra pas avant 2018, précise l’expert.


BNS: pas de changement attendu

Ce jeudi, la Banque nationale suisse publiera son analyse trimestrielle. «Nous n’attendons pas de changement de la politique monétaire», prévoient des analystes de Mirabaud Asset Management, dans une note. Même prévision de Christophe Donay, pour qui la BNS pourrait garder ses taux inchangés jusqu’en 2018.

«Malgré l’importance des achats de devises durant les cinq dernières semaines – près de 20 milliards de francs –, la BNS n’a que peu d’alternatives pour réduire la pression sur le franc, ce d’autant qu’elle le considère toujours surévalué», expliquent les analystes de Mirabaud, rappelant qu’il n’y a pas de limite à l’accroissement du bilan de l’institution. Pour eux, il est peu probable qu’elle réduise encore le taux d’intérêt négatif. «Le franc devrait rester sous pression jusqu’aux élections françaises et la BNS pourrait le laisser s’apprécier autour de 1,06 franc pour un euro.» (M. F.)