Bourses

Pourquoi les marchés tanguent à nouveau

Les bourses européennes et asiatiques poursuivent leur glissade, mais les fondamentaux de l’économie mondiale restent inchangés

Après les décrochages de Wall Street jeudi et des bourses asiatiques vendredi, les principaux marchés européens ont terminé la séance de vendredi avec des replis marqués: -1,41% à Paris, -1,09% à Londres, -1,25% à Francfort, alors que le SMI de la Bourse suisse a terminé en baisse de 0,93%.

La veille, le marché japonais avait perdu 2,32%, après avoir perdu plus de 7% entre lundi et mardi. A Shanghai, l’indice composite clôturait en baisse de 4,05%, portant son recul à près de 10% sur la semaine.

Pour François Savary, responsable des investissements de Prime Partners, l’agitation boursière actuelle reflète la fin du consensus observé en fin d’année, selon lequel «on allait vivre dans un monde parfait, avec une croissance soutenue et aucune inflation». Ce scénario appelé «Goldilocks» par les économistes a volé en éclats avec la publication d’une hausse des salaires supérieure aux attentes aux Etats-Unis. Ce qui milite pour un relèvement plus rapide que prévu des taux d’intérêt de la Réserve fédérale, qui pourrait mettre un coup de frein subit à la croissance.

C’est un retour à la réalité bienvenu

François Savary, responsable des investissements de Prime Partners

Trois facteurs décisifs

«Trois facteurs ont pesé en janvier, poursuit le responsable des investissements de Prime Partners. La faiblesse du dollar, les tensions sur les rendements des obligations, qui étaient négligées tant que les marchés montaient, et une vision moins positive de la réforme fiscale américaine.» Cette dernière est maintenant perçue comme risquant de pénaliser la position financière des Etats-Unis, en ajoutant quelque 1500 milliards de dollars de dette dans les cinq à dix prochaines années, précise encore François Savary. En outre, cette réforme n’est pas financée et son timing est très mauvais, puisque l’économie américaine n’avait «pas besoin d’être stimulée», selon lui.

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Les investisseurs ont manifestement des doutes sur le cycle économique, «qui va probablement prendre un biais plus stagflationniste (faible croissance avec inflation, ndlr). Ce n’est pas dramatique, les valorisations élevées laissaient la place à une correction et la volatilité va rester durablement plus élevée qu’auparavant. C’est un retour à la réalité bienvenu», conclut François Savary. Et pour quand voit-il le retour du calme sur les marchés? «Certainement pas dans les trois jours, mais d’ici à trois mois, absolument.»

Les petits investisseurs ont peur

Toujours à propos des valorisations, elles sont revenues à leur niveau de début 2016, après la forte baisse des actions et les révisions à la hausse des bénéfices futurs, enchaîne Jean-Frédéric Nussbaumer, spécialiste des marchés chez Vontobel à Genève: «L’indice américain S&P 500 se traite désormais à 16,6 fois les bénéfices, ce n’est pas cher.» Il voit même un signal positif dans ce contexte chahuté: «La confiance des petits investisseurs, ceux qui suivent les tendances, a chuté de 77% fin janvier à 34% vendredi. C’est en général lorsque cette population d’investisseurs jette l’éponge que le moment est venu d’acheter.»

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