La Banque centrale européenne (BCE) a laissé sans surprise jeudi son principal taux directeur inchangé à 0,75%, son plus bas niveau historique, tandis que tous les regards étaient braqués sur elle dans l’espoir que son président concrétise sa promesse d’agir fermement contre la crise.

Mario Draghi s’est exprimé à 14h30, pour sa traditionnelle conférence de presse mensuelle qui suit la décision sur les taux. «L’euro est irréversible», a déclaré jeudi le président de la Banque centrale européenne (BCE), jugeant «inacceptables» les envolées des taux d’emprunt de l’Espagne et de l’Italie, malgré les efforts déployés par la zone euro pour sortir de la crise.

La Banque centrale européenne (BCE) est prête à se porter au secours de la zone euro, y compris en intervenant sur le marché obligataire, à la condition toutefois que les gouvernements fassent leur devoir, a déclaré Mario Draghi, suscitant immédiatement une déception à la hauteur des attentes.

«Les gouvernements doivent continuer les efforts de consolidation budgétaire, de réformes structurelles pour améliorer la compétitivité et de réformes institutionnelles au niveau européen», a-t-il ajouté.

Des déclarations qui ont douché les attentes des marchés. A la clôture, Madrid perdait 5,16% tandis que Paris chutait dans le rouge (-2,68%). La bourse de Londres accusait des pertes de 0,88% tandis que Zurich clôturait en hausse de +0,16%.

Mario Draghi s’était dit la semaine dernière «prêt à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro», dans un contexte de nouvelle aggravation de la crise pour la région, confrontée à une hausse vertigineuse des taux d’emprunt espagnols et italiens et à la reprise des rumeurs de sortie de la Grèce.

La prudence après l’euphorie

Cette promesse a été relayée par la chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande, puis le chef du gouvernement italien Mario Monti, laissant entrevoir la possibilité d’une action concertée.

Ce qui a eu pour effet immédiat d’apaiser le marché obligataire tandis que sur les places boursières, c’était l’euphorie. Mais depuis le début de semaine la prudence a repris ses droits, comme la crainte d’une certaine désillusion.

Car alors que les propos de Mario Draghi ont laissé croire à une reprise d’une intervention de la BCE sur le marché obligataire secondaire (où s’échangent les titres déjà émis), pour racheter de la dette espagnole et italienne, la banque centrale allemande a réaffirmé publiquement son opposition à cette mesure, qui selon elle revient à financer les déficits publics des Etats, ce qui est interdit par les statuts de la BCE.

Certes la Bundesbank ne dispose que d’un seul vote sur 23 au sein du conseil des gouverneurs de l’institution monétaire de Francfort, mais elle représente 19% de son capital et sa voix porte davantage que celle des autres.

Une autre éventualité est que la BCE intervienne en parallèle du fonds provisoire de secours européen, le FESF, qui lui peut acheter de la dette sur le marché primaire, c’est-à-dire lors de son émission.

La Bundesbank a affirmé son soutien à une intervention du FESF seul mais refuse en revanche d’entendre parler de l’octroi d’une licence bancaire pour lui ou son futur successeur, le MES.

Une licence bancaire permettrait à ces fonds de se financer auprès de la BCE et donc d’augmenter leurs moyens, que les analystes jugent trop limités.

La Fed a déjà déçu

Déjà outre-Atlantique mercredi, la Réserve fédérale américaine, la Fed, a déçu en s’abstenant d’engager une troisième phase d’«assouplissement monétaire», pourtant attendue par une partie du marché.

«Si la BCE ne délivre aucun message et aucune indication sur un quelconque soutien, les marchés vont réagir en vendant massivement», prévoit le courtier ETX Capital.

Holger Schmieding, économiste chez Berenberg, s’attend lui à ce que M. Draghi renouvelle de manière ferme son engagement lors de la conférence de presse qui suit la réunion, à 12h30 GMT, et laisse entendre une intervention conjointe avec le FESF et MES.

Il devra en tout cas «répondre aux attentes d’une façon ou d’une autre», estime Carsten Brzeski, de la banque ING, qui envisage un peu de rachat d’obligations, de nouvelles mesures pour tenter de stimuler le crédit ou encore un nouveau prêt à trois ans aux banques, après ceux de décembre et février.