Volatilité

Les marchés sont ultrasensibles à la guerre commerciale

Les bourses comme les prix des matières premières réagissent au quart de tour. Après un mercredi noir, les rumeurs de reprise des négociations sino-américaines ont calmé le jeu jeudi

Les Etats-Unis et la Chine vont-ils reprendre le dialogue, négocier un compromis, mettre fin à leur confrontation et surtout en finir avec les incertitudes? Possible. En tout cas, la perspective d’un retour à la table des négociations, relayée jeudi par la presse américaine, a aidé à donner des couleurs aux principales places financières mondiales.

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La veille, c’était le hara-kiri. Tant sur les bourses que sur les marchés des matières premières. «Par exemple, le plongeon du prix du pétrole à Londres a été particulièrement brutal, souligne Vincent Mivelaz, stratège en investissements à la banque Swissquote. L’annonce d’une deuxième liste de produits importés de Chine d’une valeur de 200 milliards de dollars, qui seraient frappés par une surtaxe de 10%, a confirmé l’escalade dans la guerre commerciale et a paniqué les investisseurs.»

Valeurs refuges

Vincent Mivelas évoque encore d’autres raisons de la dégringolade de mercredi. Notamment la demande mondiale de pétrole en baisse, selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), les stocks américains plus hauts que prévus et la reprise des exportations libyennes. Sur le marché à terme de Londres, le prix du baril avait ouvert à 78,86 dollars mercredi matin et terminé la journée à 73,51 dollars. «Après une telle chute, il ne pouvait que remonter le lendemain», fait noter le stratège de Swissquote.

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«Dans la foulée de la chute du prix du pétrole, les marchés des matières premières agricoles et minières étaient aussi très volatils mercredi», poursuit Vincent Mivelas. Paradoxalement, les valeurs refuges que constituent l’or, le yen ou le franc n’ont pas réalisé de gains.

Conséquences à court et à moyen terme

La guerre commerciale fait également craindre des conséquences à court et à moyen terme, dont certaines sont déjà visibles. Ainsi, la zone euro a revu mercredi ses prévisions de croissance pour 2018 à la baisse à 2,1%, contre 2,3% comme avancé au printemps. Pour cause, les échanges devraient en effet reculer du fait des tensions en hausse entre l’Europe et les Etats-Unis.

A ce propos, l’agence Bloomberg avance un indicateur qui ne trompe pas. L’action de la compagnie danoise A.P-Møller-Maersk, le numéro un mondial du fret et cotée à la bourse de Copenhague, a chuté de 30% cette année. Des analystes cités par l’agence assurent qu’elle devrait encore baisser au deuxième semestre. Parce que la société pourrait difficilement réaliser des bénéfices en 2018 en raison de la baisse du commerce international et de la hausse du prix de carburants. Du reste, elle a déjà prévu de réduire son service entre l’Asie et l’Europe du Nord.

L’incertitude créée par les tweets «trumpiens»

Autre conséquence déjà visible: le prix du soja américain dégringole et celui du concurrent brésilien augmente fortement. Il s’agit d’un des produits sur lequel la Chine a introduit une taxe à hauteur de 25% en guise de mesure de rétorsion contre la surtaxe américaine sur l’acier, ce qui renchérit le prix sur le marché chinois. Parallèlement, le prix du soja brésilien a plus que triplé depuis mars dernier en prévision d’une hausse attendue de la demande chinoise.

Mais Philippe Chalmin, professeur à l’Université Paris-Dauphine et directeur de Cyclope, l’annuaire annuel sur les matières premières, ne s’inquiète pas outre mesure de la volatilité ambiante des marchés. «D’autant plus que, explique-t-il, nous sommes dans une période ou les fondamentaux économiques sont solides. Les tweets «trumpiens» créent de l’incertitude, mais cela fait aussi partie du jeu.» Le professeur rassure: «Les grands marchés sont munis de leur propre système de pare-feu et seront en mesure de contenir tout excès.»

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