Présidentielle

Marine Le Pen dénonce la mondialisation alors même que la France en tire profit

Deux analystes critiquent la rhétorique de la candidate du Front national et affirment que la France est gagnante de son intégration à l’économie mondiale. Le pays se classe en effet au neuvième rang de l’Indice de la mondialisation du KOF

Entre les deux tours de l’élection présidentielle française, le thème de la mondialisation s’est imposé plus que jamais dans la campagne. L’annonce la semaine passée de la délocalisation de l’usine de Whirlpool, fabricant d’électroménagers, d’Amiens dans le nord de la France, en Pologne et le licenciement de 290 employés et 250 intérimaires, a apporté de l’eau au moulin de la candidate du Front national qui dénonce l’impuissance de l’État face aux multinationales.

Dans son manifeste électoral, Marine Le Pen fait du patriotisme économique, du protectionnisme et de la souveraineté nationale en termes économique et monétaire ses thèmes forts. Pour sa part, Emmanuel Macron, l’autre finaliste dans la course à l’Elysée, s’est fait le chantre de l’ouverture et promet de renforcer la place de la France dans le monde.

«Ce débat n’est pas une exception française, déclare François-Xavier Chauchat, stratège chez Dorval Asset Management (Groupe Natixis) et professeur d’économie et de finance à l’université Paris-Dauphine. Il a dominé la campagne sur le Brexit au printemps dernier, puis celle la présidentielle américaine sous l’impulsion du candidat conservateur Donald Trump à la fin 2016. Le Front national qui a une philosophie économique variable et qui évolue selon l’air du temps, ne se prive pas pour s’en servir.»

L’économiste fait remarquer que Marine Le Pen oppose de manière caricaturale le protectionnisme et l’ouverture au monde. «Elle surfe sur l’idée selon laquelle la mondialisation est allée trop vite et trop loin et qu’il est temps de prendre la main, dit François-Xavier Chauchat. C’est un discours qui marche auprès d’un certain électorat tant à gauche qu’à droite.» Pour sa part Florian Haig – l’un des responsables de l’Indice de la mondialisation du KOF, l’institut des études conjoncturelles de l’EPFZ – qualifie les propos anti-mondialisation de Marine Le Pen de pure rhétorique à des fins électoralistes et affirme que si elle devait gagner les élections, elle n’aurait qu’une faible marge de manœuvre pour mettre en œuvre ses idées.

Multinationales françaises

Et pourtant. La France est bel et bien intégrée dans l’économie mondiale. Selon le dernier indice de la mondialisation du KOF, elle se classe au neuvième rang. Celui-ci tient compte sur trois sous-indices – économique, social et politique. A titre de comparaison, la Suisse occupe la cinquième place et les Pays-Bas, la première. En Suisse, le commerce extérieur compte pour 60% dans le produit intérieur brut (PIB), contre 30% pour la France et 45% pour l’Allemagne. «La France, ce sont aussi les nombreuses grandes multinationales – Carrefour, Total, LVMH, Airbus, BNP Paribas, qui sont bien présentes sur la scène internationale, fait remarquer François-Xavier Chauchat. Ce qui leur permet aussi de créer des milliers d’emplois en France.»

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L’économie française accueille de son côté des dizaines de grands groupes internationaux. Par Exemple, alors que la ville d’Amiens pleure la délocalisation de Whirlpool qui est un groupe américain, Amazon, autre entreprise américaine s’y est installé avec 1500 emplois à la clé. Selon l’économiste, les investissements étrangers en France sont responsables de 12% de l’emploi dans le pays.

Les petites et moyennes entreprises (PME) françaises sont aussi tournées vers l’étranger. Selon une étude de l’Insee publiée en 2014, 361000 PME, soit 11% de l’ensemble, sont exportatrices des biens et des services. Et 3715 d’entre elles ont également des filiales à l’étranger.

Mesures protectionnistes

En ce qui concerne les entreprises de taille moyenne (ETI), 73% d’entre elles, soit 3500 tirent profit du marché mondial et représentent 32% de l’ensemble des exportations. Les ETI ont par ailleurs 11 867 filiales à l’étranger. Au total, les PME, les ETI et les multinationales françaises en comptent 35 434.

Florian Haig rappelle que les mesures protectionnistes proposées par Marine Le Pen sont normalement évoquées en période de récession, mais à présent, l’économie mondiale est en croissance et la mondialisation progresse sur tous les plans. «Ses promesses d’arrêter le train de la mondialisation de façon radicale ne sont pas réalistes, analyse-t-il. Les pays riches peuvent introduire quelques mesures protectionnistes, mais ils ne peuvent pas changer le cours de l’histoire.»

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