Eurogroupe

Mario Centeno devra réformer la zone euro

Les ministres des Finances des Dix-Neuf ont élu leur homologue portugais à la tête de l’Eurogroupe. Le nouveau président devra se pencher sur les réformes de l’union bancaire, du Mécanisme européen de stabilité et sur un éventuel budget commun

Mario Centeno, 51 ans, ministre des Finances dans le gouvernement socialiste portugais, a été élu président de l’Eurogroupe lundi pour un mandat de deux ans et demi. Pour Gregory Claeys, économiste à l’Institut Bruegel, il s’agira d’une présidence de transition. «Mario Centeno devra réformer les institutions de la zone euro, déclare-t-il. Celle-ci devrait se doter d’un président à plein temps pour assurer une meilleure efficacité, une plus grande transparence et, surtout, pour éviter un potentiel conflit entre ses intérêts nationaux et ceux de la zone euro.»

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Le nouveau président de l’Eurogroupe remplacera le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, qui a officié depuis 2014 à la tête de ce cénacle informel qui réunit chaque mois les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro. Il cède sa place après deux mandats à cause de la débâcle de sa formation politique (Parti travailliste, centre) aux élections législatives de mars dernier. Il avait lui-même succédé à Jean-Claude Juncker en 2014 et était particulièrement actif dans la résolution de la crise de la dette grecque.

Trois autres candidats en lice

Outre Mario Centeno, trois autres ministres étaient en lice: le Luxembourgeois Pierre Gramegna (libéral), le Slovaque Peter Kazimir (social-démocrate) et la Lettonne Dana Reizniece-Ozola (centre droit).

Doctorat de Harvard, professeur d’économie avant d’accepter d’occuper un fauteuil ministériel et sans filiation politique partisane, Mario Centeno est devenu au fil de son mandat l’un des poids lourds de l’équipe du premier ministre portugais, Antonio Costa. Au pouvoir depuis 2015 dans une coalition gouvernementale avec la gauche radicale, celui-ci a réussi à tourner la page de la politique d’austérité mise en place par le précédent gouvernement.

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Le mérite de cette stratégie revient en grande partie à son ministre des Finances, qui a non seulement remis le pays sur les rails, mais aussi restitué, du moins partiellement, le pouvoir d’achat perdu durant les années de crise. Le ministre a en effet la réputation d’être discret mais efficace. Le Portugal était l’un des pays de la zone euro qui avait été sévèrement frappé par la crise financière de 2007-2008 et qui avait dû faire appel à une aide européenne contre un programme d’austérité.

Accusations

L’élection de Mario Centeno n’est toutefois pas passée sans controverse. Il a bénéficié ouvertement du soutien de l’Espagne, de l’Italie et de la France au nom de la solidarité latine. Mais il aurait aussi, selon les accusations avancées par son rival le luxembourgeois Pierre Gramegna, conclu un marché avec l’Allemagne: une éventuelle participation des sociaux-démocrates à un gouvernement de coalition avec Angela Merkel. Berlin a démenti. Mario Centeno devient le seul dirigeant européen issu de la famille de gauche; toutes les institutions (Commission, Conseil et Parlement) sont en effet dirigées par des personnalités affiliées aux partis de droite.

Gregory Claeys fait encore remarquer que la zone euro a aussi un besoin urgent de réformes. Notamment sur le plan de la cohérence. «Le président de l’Eurogroupe est aussi le président du Mécanisme européen de solidarité (MES), mais la prise de décision est longue, dit-il. Il faut simplifier les procédures afin que celui-ci puisse intervenir rapidement en cas de difficulté dans un Etat.» Il rappelle qu’en été 2015, plusieurs parlements avaient été rappelés d’urgence des vacances avant de mettre en œuvre une décision pour éviter à la Grèce de faire faillite.

L’idée de réformer le fonctionnement de la zone euro est en réalité acquise. Les 19 ministres des Finances ont lancé les discussions dès lundi soir. L’objectif est de faire le point sur l’avenir de l’union bancaire, du MES et d’un éventuel budget européen avant le prochain sommet européen le 15 décembre à Bruxelles.

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