Mario Draghi appelleà agir sur tous les fronts

Crise La BCE craint le spectre de la déflation

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a réaffirmé lundi devant le Parlement européen sa volonté de faire recours, si besoin, aux mesures non conventionnelles pour remettre l’économie de la zone euro sur les rails. La hausse du produit intérieur brut (PIB) de 0,2% au troisième trimestre – mieux que prévu – ainsi qu’un regain de l’inflation de 0,4% en septembre, annoncés la semaine passée, sont de bonnes nouvelles. Mais selon lui, elles n’éloignent pas le spectre de la déflation, une baisse générale des prix. Le directeur de la BCE s’est dit particulièrement inquiet pour l’inflation qui évolue bien au-dessous de l’objectif de 2% fixé par le Pacte de stabilité. Selon lui, une baisse généralisée des prix serait un désastre pour la zone euro. «Les mesures non conventionnelles viseront en priorité à contrer les risques déflationnistes», a-t-il déclaré.

Lors de l’audition devant les députés européens, Mario Draghi a appelé à une action concertée sur les fronts pour sortir du marasme. Il a affirmé que des mesures non conventionnelles sont déjà à l’étude.

Aux Etats-Unis, la Fed, la banque centrale, a procédé à quatre opérations d’assouplissement monétaire pour donner une impulsion à l’activité économique. A ce jour, la BCE a résisté à la tentation de suivre l’exemple américain. Mario Draghi a tout de même reconnu que sa propre politique de rachats des actifs bancaires n’a pas eu les résultats escomptés. «Les petites et moyennes entreprises qui sont responsables de 60 à 80% des emplois, n’ont toujours pas accès aux crédits. Il a aussi déploré la fragmentation monétaire au sein de la zone euro. «Les taux d’intérêt et les conditions de prêts qui ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, constituent un obstacle majeur pour mener une politique commune et souple», a-t-il dit.

Les mesures prises depuis 2008, (achat des actifs des banques, taux directeur proche de 0%, union bancaire, test de résistance des banques) ne sont pas restées sans conséquences. Mais, selon Mario Draghi, elles n’ont pas été suffisantes. «Le taux de croissance pour 2014 sera plus faible que prévu et pour 2015 et 2016, il ne s’améliorera que faiblement», a-t-il déclaré.

300 milliards d’euros

Face aux députés européens inquiets du chômage, Mario Draghi a repris un discours qu’il ne tient que depuis peu de temps: une politique monétaire dynamique est nécessaire, mais il en faut plus. Alors que de son côté, il entend poursuivre une stratégie qui augmente la liquidité dans l’économie, il demande aux Etats de ne pas relâcher leurs efforts en matière de réformes structurelles. Tout aussi important, il a souhaité qu’ils mènent une politique d’investissement pour donner une impulsion à la croissance. A ce propos, il a salué le projet mis en avant par la nouvelle Commission européenne de consacrer 300 milliards d’euros, notamment dans les infrastructures au sein de l’Union durant les cinq prochaines années.