La Banque centrale européenne (BCE) va-elle se résigner à acheter les actions des entreprises privées et ainsi injecter encore plus de liquidités sur le marché dans l’espoir d’atteindre son objectif de faire remonter l’inflation à 2%? A la veille de sa réunion mensuelle de gouverneurs à Francfort, la question se pose avec insistance. «Selon les rumeurs, une annonce dans ce sens n’est pas exclue, déclare Andreas Ruhimann, analyste à la banque IG à Genève. Ce qui explique un marché boursier haussier depuis le début de la semaine.»

En effet, la réunion de jeudi est attendue avec une grande impatience. La zone euro connaît toujours une croissance rachitique (1,4% en 2016) et le taux d’inflation en août a été de 0,2% au rythme annuel, loin de l’objectif de 2% fixé par le Pacte de stabilité. Malgré le déclenchement du «bazooka», c’est-à-dire le programme d’assouplissement monétaire – rachat de 80 milliards d’obligations souveraines par mois jusqu’en mars 2017 afin de donner une impulsion aux dépenses publiques –, un taux d’intérêt nul afin d’encourager le crédit aux entreprises et aux ménages, le rachat d’obligations d’entreprises cotées dès mars dernier, des mesures incitatives aux banques afin qu’elles prêtent à l’économie réelle, l’inflation à 2% – c’est la principale tâche de la BCE – n’est toujours pas au rendez-vous. Face à cette perspective, Andreas Ruhimann estime que son président Mario Draghi, est condamné à agir.

Peut-on parler de l’échec de la politique monétaire de la BCE? «Oui, répond Christopher Dembik, économiste en chef de la banque Saxo à Paris. Non seulement, elle n’a pas atteint son objectif, elle n’a pas non plus réussi à donner une impulsion à l’activité économique dans la zone euro.» Le plus grave, selon lui, est que la BCE prend ses décisions sur des données conjoncturelles qui sont toujours erronées, voire dépassées. «Bref, les décisions sont prises à partir d’un faux diagnostic», dit-il. L’économiste explique aussi que la politique du taux d’intérêt négatif n’incite pas les banques à prêter.

Andreas Ruhiman met un bémol, disant que la BCE n’a pas de prise sur tous les événements qui influencent les prix. «Elle ne pouvait prévoir une chute aussi importante des prix du pétrole ces dernières années», dit-il. Il se veut tout de même optimiste et explique que la reprise économique qui se dessine en Chine conduirait à une remontée des prix des matières premières.

«Il n’y a aura tout de même pas d’action radicale annoncée jeudi, pronostique Christopher Dembik. La BCE n’a pas une marge de manœuvre illimitée.» Il n’empêche. Selon lui, Mario Draghi devrait annoncer des mesures pour montrer qu’il ne baisse pas les bras. D’autant plus que l’incertitude autour de la zone euro a monté d’un cran dans le sillage du Brexit approuvé le 23 juin dernier par les Britanniques.

Ainsi selon Christopher Dembik – c’est aussi le consensus d’analystes interrogés par Bloomberg – la BCE devrait étendre pour six ou neuf mois supplémentaires son programme d’assouplissement monétaire. «Augmenter le montant mensuel des rachats de dettes publiques – 60 milliards à présent – est une option, mais elle pourrait être opposée par la Bundesbank», poursuit-il. Autre mesure possible: augmenter la limite du rachat des créances, actuellement à 33%, à 50%. Cela permettrait à la BCE de racheter encore plus de dettes publiques. Par ailleurs, elle devrait, selon les analystes, maintenir son taux directeur à 0% et son taux de dépôt à -0,4%, ce qui oblige les banques à lui payer pour garder leur argent.