Alors qu’il avait créé lui-même de grandes attentes en affirmant, la semaine dernière à Londres, que «la Banque centrale européenne (BCE) était prête à tout pour sauver l’euro… et croyez-moi, ce sera suffisant», Mario Draghi, son pré­sident, n’a pas annoncé jeudi de mesure concrète et urgente. Par conséquent, après son discours à l’issue de la réunion mensuelle du directoire de la BCE, les bourses européennes ont plongé dans le rouge, –5,16% à Madrid, annulant les récents gains. Les taux de rendement des obligations publiques, plus particulièrement ceux d’Italie et d’Espagne, deux économies au bord de la faillite, sont repartis à la hausse et ont atteint des niveaux considérés insoutenables, –7,1% en Espagne. L’ironie du sort est que le président de la BCE a affirmé hier qu’il était inacceptable que les pays du sud de l’Europe paient des taux de rendement aussi élevés. Pour sa part, la BCE a laissé son taux directeur inchangé à 0,75%

Mario Draghi avait-il fait preuve d’excès de confiance sur la capacité de la BCE d’intervenir dans la crise? «Le directoire n’a pas renié un seul mot que j’ai prononcé à Londres, a-t-il répondu hier. Mes collègues n’étaient pas surpris par ma déclaration.» Il a toutefois reconnu qu’il ne s’était rien passé de particulier la semaine dernière pour justifier des propos spectaculaires. «Il y avait simplement un sentiment que la crise était en train d’empirer, avec des conséquences de plus en plus dures», a-t-il expliqué.

En l’absence de mesures urgentes, Mario Draghi a annoncé que la BCE pouvait toutefois reprendre l’achat des obligations publiques sur le marché secondaire. «Pour autant que des pays suivent un programme de redressement des finances publiques et que les gouvernements concernés en fassent la demande, a-t-il poursuivi. Pour l’instant, il n’y en a aucune.» Le président du conseil italien, Mario Monti, et son homologue espagnol, Mariano Rajoy, ont, lors d’une rencontre hier à Madrid, rejeté tout plan d’aide européen. «D’autres mesures non conventionnelles sont aussi possibles, a poursuivi Mario Draghi. Les détails seront présentés dans quelques semaines dès que les multiples comités auront fini d’y travailler.» A ce propos, le patron de la BCE a avoué que ces mesures ne faisaient pas l’unanimité au sein du directoire et que la Bundesbank, la banque centrale allemande, était réservée. Dans ce contexte, il a fait comprendre qu’il n’était pas question d’accorder une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité (MES). Dans un communiqué publié mercredi sur son site internet, la Bundesbank avait tracé les lignes rouges que la BCE ne devait pas traverser. Elle devrait plutôt se concentrer sur sa principale tâche qui est la maîtrise de l’inflation.

Enfin, Mario Draghi s’est dit inquiet du ralentissement et de la montée du chômage dans la zone euro. Dans une déclaration mercredi, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, est allée dans le même sens, appelant les dirigeants européens à finaliser le MES et à ratifier l’aide de 100 milliards d’euros promise fin juin aux banques espagnoles.

Mario Monti, et son homologue espagnol, Mariano Rajoy, ont rejeté tout plan d’aide