La Banque centrale européenne (BCE) n’est décidément pas sur la même trajectoire que la Réserve fédérale américaine (Fed). «Ce sont deux dynamiques et deux cycles différents, explique Valentin Bissat, économiste senior chez Mirabaud Asset Management à Genève. Alors que la Fed est engagée dans une stratégie de réduction de son bilan, la BCE va poursuivre ses achats d’actifs, en tout cas jusqu’à la fin de 2018.»

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En effet, les regards de la planète finance sont d’ores et déjà tournés vers la BCE qui, à l’issue de sa réunion de gouverneurs jeudi, devrait indiquer l’orientation de sa politique monétaire. Lors de la dernière réunion, en septembre, son président, Mario Draghi, avait laissé entendre qu’il allait ajuster sa stratégie en fonction des améliorations économiques et financières intervenues ces derniers mois.

Bilan globalement positif

A ce propos, la BCE a indiqué mardi que les conditions des prêts bancaires s’étaient améliorées pour les entreprises de la zone euro et que, désormais, les ménages bénéficieront aussi de facilités – assouplissement des critères pour évaluer la solvabilité des clients –, notamment pour des crédits immobiliers et de consommation. Elle note aussi que globalement le bilan de sa politique monétaire est positif: la zone euro est sortie de la récession et est entrée maintenant dans un cycle de forte croissance. Parallèlement, le taux de chômage est repassé sous la barre des 10%.

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Valentin Bissat fait remarquer que la BCE, par le biais de son programme de rachat d’actifs, a injecté 2280 milliards d’euros, soit 22% du produit intérieur brut de la zone euro, depuis mars 2015. Selon lui, cette somme devrait atteindre plus de 2500 milliards en 2018. «Dès lors, nous prévoyons une prolongation de six mois du programme d’achat d’actifs à hauteur de 40 milliards par mois», explique-t-il. Mais la BCE pourrait aussi opter, selon lui, pour une approche plus lente, c’est-à-dire une extension de neuf mois à 25-30 milliards par mois.

Terrain inconnu

«Un resserrement plus lent renforcerait le guidage sur la politique des taux d’intérêt, poursuit l’économiste de Mirabaud. Nous ne prévoyons pas de hausses avant le deuxième trimestre 2019 au plus tôt.» Selon lui, une telle stratégie serait justifiée à la lumière d’une inflation qui reste atone au-dessous de 1% en 2017 alors que l’objectif est de 2% par année.

Axel Botte, stratège obligataire chez Natixis Asset Management, pronostique lui aussi l’extension du programme de rachat d’actifs de neuf mois à hauteur de 30 milliards d’euros par an. L’une des raisons, selon lui, est aussi le fait que les obligations d’Etat sur les marchés se font de plus en plus rares. Mais il fait aussi remarquer que la transition vers un fonctionnement normal des marchés pose un défi pour la BCE. «Celle-ci navigue en terrain inconnu. Sa stratégie constitue une grande distorsion des marchés et les prix ne sont plus fixés par l’offre et la demande.» Pour d’autres spécialistes, la BCE veut surtout éviter une sortie brutale de sa politique monétaire et tablant sur une sortie prudente, lente et flexible de son programme d’assouplissement monétaire.