La déconnexion est proche. Mario El-Khoury s’apprête à quitter son poste. Le directeur général du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) l’a annoncé à ses collaborateurs mardi dernier, a appris Le Temps.

Une information confirmée ce lundi par l’intéressé et le CSEM, par le biais d’un bref communiqué. Au téléphone, Mario El-Khoury tient tout de suite à nuancer: «Je n’ai pas annoncé mon départ mais mon intention de partir.» La différence? «Je resterai le temps qui leur sera nécessaire pour trouver un successeur. J’en ai parlé, l’an dernier déjà, au conseil d’administration. C’était le moment d’en informer les employés.»

Si le coronavirus puis les vacances d’été n’avaient pas agrandi les distances sociales dans l’institut basé à Neuchâtel, les collaborateurs auraient été mis au courant ce printemps déjà, ajoute-t-il. Mais à l’heure d’évoquer les raisons de sa décision, Mario El-Khoury se fait plus vague. «Nous sommes une entreprise technologique dans laquelle il faut apporter du sang neuf, du renouvellement. Mieux vaut s’en aller quand tout va bien que lorsque tout le monde attend que vous partiez, non?» interroge-t-il avec dérision.

«Il faudra savoir parler à Berne»

A en croire Claude Nicollier, ce n’est pas le cas: «Un homme brillant, un directeur extraordinaire. Nous allons le regretter», réagit le président du conseil d’administration. Qui cite, parmi les réussites du CSEM sous le règne de Mario El-Khoury, le développement du système opérationnel de la T-Touch connectée de Tissot.

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La quête d’un successeur bat son plein, indique également l’astrophysicien et astronaute. Des entretiens ont déjà eu lieu, il y en aura encore quelques-uns et un nom devrait être confirmé d’ici à la fin de l’année. «Il devra à la fois être un entrepreneur et un scientifique, un spécialiste de l’électronique. Ou pourquoi pas des matériaux, poursuit-il. En tout cas quelqu’un d’assez ouvert, car les domaines couverts par le CSEM sont larges.» Et parce que l’institut est notamment financé par la Confédération, «il faudra aussi savoir parler à Berne».

Enfin, conclut Claude Nicollier, «il faudra pouvoir parler le langage du CSEM». Bien qu’il soit une société anonyme, le CSEM a ceci de particulier qu’il est une organisation à but non lucratif. Il se présente comme «le trait d’union entre la recherche et l’industrie». Environ un quart de son actionnariat se répartit entre les écoles polytechniques et les autorités fédérales, cantonales et communales. Les trois autres quarts appartiennent à des entreprises privées.

Ainsi Claude Nicollier préside un conseil dont font notamment partie Martin Vetterli, le président de l’EPFL, et Nick Hayek, le patron de Swatch Group, mais aussi deux conseillers d’Etat neuchâtelois, des représentants de Rolex, de Patek Philippe, de Richemont, de Viteos, de BKW ou de l’ETHZ.

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Entré au CSEM en 1994, Mario El-Khoury en est devenu le directeur général en 2009. «Il a beaucoup travaillé à vulgariser les compétences du centre. Surtout pour faire comprendre aux PME locales et suisses que celles-ci s’adressaient aussi à elles, et pas seulement aux grands groupes ou aux start-up», se rappelle Anne-Marie Van Rampaey, ancienne directrice des ressources humaines (2000-2015) d’un organe qui compte aujourd’hui environ 500 employés.

Son avenir, l’ingénieur libano-suisse de 57 ans le consacrera à «des projets personnels non lucratifs».