Questions à

Le marché obligataire européen a encore du potentiel. C’est du moins l’avis de Mario Fraefel, cogérant du fonds JB Euro Bond. Un fonds investi par Swiss & Global Asset Management et qui constitue une combinaison d’emprunts d’Etat et privés libellés en euros. Près de 17% des investissements sont situés en dehors de l’Europe (15% en Amérique et 2% en Asie).

Le Temps: Pourquoi le marché obligataire européen reste-t-il attractif dans le contexte actuel?

Mario Fraefel: Il est vrai que les rendements vont rester bas au vu de l’environnement composé d’une croissance faible, de peu d’inflation, et d’un niveau très bas des taux d’intérêt. En principe, ils devraient être inférieurs à ceux de 2012 et se situer ente 2,5 et 4%. La Banque centrale européenne pourrait même encore réduire son taux directeur de 0,25%. En revanche, les rendements des obligations restent à de bons niveaux si on les compare aux marchés monétaires, qui offrent un rendement nul. Ensuite, l’obligataire permet d’obtenir un rendement intéressant compte tenu du risque encouru. Quand on investit dans des obligations européennes, il faut une bonne répartition entre les emprunts d’entreprises et les emprunts souverains. Notre portefeuille est investi à hauteur de 60% dans le crédit et le reste dans le souverain.

– Qu’est-ce qui rend les emprunts d’entreprises plus attractifs?

Les sociétés ont des fondamentaux en bonne santé et une évaluation intéressante avec des perspectives élevées de bénéfices. Ces éléments justifient notre surpondération sur ce segment de 20% par rapport aux emprunts gouvernementaux. Par contre, la prime de risque des obligations d’entreprises peut atteindre des niveaux qui incitent à une forte prudence lors de la sélection des titres.

– Concernant les emprunts souverains en Europe, quelle est votre approche par pays?

– Nous sommes sous-pondérés sur la France. Nous ne voyons pas comme positifs les résultats des élections, car la politique économique du nouveau gouvernement en place n’est pas encore favorable à l’Hexagone. En outre, la BCE continue d’apporter son soutien aux contrées périphériques. C’est une bonne nouvelle. La Grèce est à nouveau sur les rails depuis l’octroi d’une nouvelle tranche de financement. Cependant, le pays restera sous les coups des difficultés pour les prochaines années. L’Espagne nous inquiète passablement, car il s’agit du pays qui a le plus grand défi à relever en 2013. Elle n’a pas encore accompli ses réformes, et tout reste à faire.

– La dette italienne a franchi un nouveau cap en octobre 2012 en dépassant les 2000 milliards d’euros. Avec en plus la démission de Mario Monti et le possible retour de Silvio Berlusconi, quel est l’avenir de l’Italie?

– L’Italie possède une économie saine et bien diversifiée, avec un secteur privé très fort. Sa faiblesse réside dans le haut niveau d’endettement public et les faibles perspectives de croissance. Le pays doit trouver des solutions pour diminuer ses dettes, soit par des ajustements fiscaux, des réformes économiques pour relancer la croissance, des hausses d’impôts… La réélection de Silvio Berlusconi entraînerait un effet négatif compte tenu des résultats de sa politique économique durant ses anciens mandats. Dans ce contexte, nous privilégions des titres avec des maturités de 4 à 5 ans et des rendements avoisinant les 3%.

– Quels sont vos choix d’investissement?

– Nous sélectionnons des emprunts en euros de premier ordre avec des ratings BBB ou BB où il est encore possible de trouver des opportunités d’investissement avec des rendements de 3 à 5%. En général, il s’agit de grandes sociétés qui participent à la globalisation. Par secteur, nous sélectionnons plus fortement l’industrie, qui représente 32% du portefeuille. Nos choix varient des producteurs de charbon à des producteurs de biens non cycliques, télécommunications et entreprises de matériaux. Nous apprécions le secteur de l’industrie, car ses fondamentaux sont solides et les titres de crédit sont de bonne qualité avec des perspectives de rendement attractives. La finance est représentée à hauteur de 20% à travers des titres émis par des banques de qualité que l’on trouve plutôt au Canada, en Australie, en Scandinavie et en Suisse.

– Pouvez-vous nous citer quelques entreprises qui se démarquent?

– Barry Callebaut est un exemple. L’entreprise est active dans le monde entier, elle est bien représentée sur différents marchés et présente une croissance des bénéfices. Une autre piste intéressante est celle des entreprises brésiliennes ou mexicaines qui émettent des emprunts libellés en euros ou en dollars américains, comme Brasil Foods SA, spécialisée dans la production et la vente de viande de poulet. La société bénéficie d’une rapide croissance aussi bien sur son marché domestique qu’à l’étranger, avec une grande part d’exportations tournées vers la Chine.

* Cogérant du fonds JB Euro Bond