La crise de l’euro en direct

Mario Monti, le fair-play du vainqueur

Le sommet de l’Union européenne pour l’avenir de la monnaie unique s’est terminé vendredi après-midi à Bruxelles, accouchant d’un accord «surprise» sur la recapitalisation des banques en difficulté. Retrouvez ici les événements de la semaine, jour après jour, racontés par nos envoyés à Bruxelles

■ Vendredi 29 juin, 16h52: Rideau

Lever de barrières autour du Rond-Point Schuman. La circulation est rétablie. Les limousines ont toutes quitté les lieux. Les centaines de journalistes présents au sommet européen sont tous, ou presque, rivés devant leurs écrans. A commencer par l’équipe du Temps. Cette chronique de la semaine cruciale de l’euro touche à sa fin. Pour les dernières nouvelles de l’après sommet, direction Berlin où Angela Merkel doit s’exprimer ce vendredi devant le Bundestag vers 17heures. Et rendez-vous samedi dans les colonnes de votre quotidien favori. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Vendredi 29 juin, 16h36: Les marchés européens signent leur plus belle séance de l'anné

Les marchés financiers signaient leur plus belle séance de l’année vendredi, enthousiastes après l’accord arraché dans la nuit de jeudi à vendredi au sommet de Bruxelles, qui devrait permettre de relâcher la pression sur l’Espagne et l’Italie.

Les places boursières européennes accentuaient leurs gains après l’ouverture des marchés américains. A 16H17 (14H17 GMT), Paris s’adjugeait 4,0%, Francfort 3,88% et Londres 2,06%. Madrid (+4,17%) et Milan (+5,14%) réagissaient encore plus positivement. A Wall Street, le Dow Jones prenait 1,52% et le Nasdaq 1,74%. Zurich affichait une hausse de 1,33%.

Sur le marché de la dette, l’apaisement était aussi de mise. Les taux d’emprunt de l’Espagne repassaient nettement sous les 6,5% et les rendements italiens sous les 6%. (AFP)

■ Vendredi 29 juin, 16h15: Mario Monti, le fair-play du vainqueur

On a retrouvé Mario Monti au sous-sol du bâtiment du Conseil européen. Calme, posé, un brin fatigué. Le président du Conseil italien n’a pas attendu la fin du briefing des dirigeants européens, Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, pour faire part de sa satisfaction. Toute la presse transalpine est là pour le «professore»; on se faufile tant bien que mal entre les cameramen et les photographes: «l’Italie a proposé et s’est battu pour obtenir des mesures de stabilité. Ce ne fut pas simple, mais nous les avons obtenus». Mario Monti, cela se ressent, prend plaisir à décrire en détail les réactions de «ses collègues», lorsqu’il annonce vouloir geler l’accord sur le pacte de croissance en cas d’échec concernant un assouplissement de l’utilisation des fonds de soutiens FESF/MES: «Les pays non-membres de l’eurozone n’ont pas vu d’un bon œil que l’Italie et l’Espagne bloquent le pacte.» On sait qu’à ce moment précis, le placide président du Conseil, Herman Van Rompuy, s’est fâché tout rouge et a dû bousculer l’ordre du jour pour permettre aux membres de l’eurozone de se réunir et débattre du coup de force de l’ancien commissaire. Un réflexe que Mario Monti a qualifié, espiègle, «de bonne décision». Il a précisé qu’au final pacte de croissance et mesures de stabilité constituaient «un paquet global, important tant pour les membres de la zone euro que pour les 27». Important: l’Italie n’a selon ses propos pas besoin «actuellement» de l’aide des fonds FESF/MES. Il a encore rendu hommage à Angela Merkel, travaillant une intonation qui laissait transparaître son amusement: «Madame Merkel a été une interlocutrice constructive et… sportive, elle a compris les difficultés de l’Italie.» (Gauthier Corbat, Bruxelles) ■ Vendredi 29 juin, 15h10: L’euro se renforce face au franc Conséquence des décisions prises durant le sommet européen de Bruxelles, le franc s’est nettement affaibli face à l’euro. Vers 15h15, 1 euro s’échangeait 1,2031 franc, un plus haut depuis le 5 avril. Jeudi soir, 1 euro valait encore 1,2013 franc. «Les amateurs d’actifs à risque (comme l’euro, ndlr) ont adoré» l’annonce «surprise» de ces modifications apportées aux fonds de secours européens visant à «protéger l’Espagne et l’Italie des assauts» des investisseurs sur le marché obligataire, expliquait Kathleen Brooks, analyste chez Forex.com, à l’AFP. (Valère Gogniat) ■ Vendredi 29 juin, 14h15: «Personne ne doit dire: j’ai gagné ou j’ai perdu» Mais ou est passé Mario Monti? Les conférences de presse nationales s’achèvent et le président du Conseil italien est introuvable. Les journalistes transalpins, au sous-sol, désespèrent de retrouver l’autre Mario: celui a marqué des buts politiques dans le camp allemand. Herman Van Rompuy et José-Manuel Barroso ou François Hollande? On reste en salle française. Première phrase, alors qu’Angela Merkel n’a pas encore finit de s’exprimer: «Nous avons conclu un bon sommet qui aura des conséquences rapides». Ok. Mais que s’est-il passé? Qui a gagné? «Personne ne doit dire: j’ai gagné ou j’ai perdu» répond le nouveau président français toujours plus à l’aide avec les formules floues qu’avec les explications catégoriques. Habile, François Hollande explique que «ce sommet européen a permis d’aboutir à la renégociation du pacte budgétaire» qu’il refusait jusque-là de soumettre à ratification en France. Alors? Le nouveau locataire de l’Elysée ne s’engage pas pour autant, aujourd’hui, à le faire ratifier tandis que la Chancelière allemande doit, elle, convaincre les députés au Bundestag dès cet après midi à Berlin. Les propos Français ne contredisent pas toutefois ceux d’Angela Merkel. Il s’agit bien de faire fonctionner «tous les instruments existants» pour secourir les pays en difficulté et redonner de l’oxygène aux économies de la zone euro. Tous les instruments et rien que ceux-ci? La seconde partie de la formule manque. Il va falloir une loupe et un bon dictionnaire pour traduire en langage clair, sans les tronquer, les conclusions écrites du sommet que tout le monde attend. (Richard Werly, Bruxelles)

Vendredi 29 juin, 13h50: La nuit de l’euro, version française et allemande L’agitation des briefings nationaux bat son plein. Première «satisfaction» pour Chypre, désormais sur la liste des pays à sauver financièrement: une salle de presse lui a été allouée au deuxième étage du Juste Lipse, l’étage des «grands pays». Drôle de récompense. Il est 13h15 lorsque les conseillers de François Hollande prennent place, précédant le nouveau locataire de l’Elysée.

Quelques minutes plus tôt, le président autrichien du groupe socialiste au Parlement européen, Hannes Swoboda, a salué son «leadership décisif pour faire bouger Merkel». Vraiment? Les journalistes, pour se détendre, blaguent sur l’accord biscornu trouvé, in fine, sur le brevet européen dont l’agence sera divisée entre Londres, Paris et Munich. Soit l’opposé de la volonté communautaire inébranlable que les pays-membres de l’UE sont supposés afficher.

Angela Merkel fait son entrée en salle de presse allemande. Son credo: l’utilisation des mécanismes de secours sera conditionnelle. Chaque décaissement devra faire l’objet d’une évaluation pour vérifier que les pays aidés suivent les recommandations de la Commission. Première question posée sur sa rencontre bilatérale avec Mario Monti en pleine nuit: «Je l’ai rencontré au moins dix fois. Nous ne nous sommes pas retrouvés dans une pièce à part». Deuxième question: avez-vous subi des pressions durant cette nuit de négociations: «Bien sûr que dans ce type de meetings il y a des pressions. Mais les plus importantes viennent des marchés financiers. Nous avions un intérêt commun à trouver une solution. L’important pour moi et mes conseillers était d’utiliser les mécanismes existants, dans la mesure de leurs lignes directrices, sans changement. J’ai tenu à maintenir les procédures et j’ai tenu bon sur une instance européenne de supervision bancaire qui remplira les fonctions des instances nationales aujourd’hui». Suite: «Nous ne sommes qu’au début d’un processus». On attend maintenant la version française, dans la salle voisine. (Richard Werly, Bruxelles) ■ Vendredi 29 juin, 12h45: «Cette fois, le temps gagné ne doit pas être gaspillé» L’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt se souvient-il des discussions à l’arraché, lorsqu’il siégeait au Conseil européen parmi les chefs d’Etat ou de gouvernement des vingt-sept? Apparemment oui, car sa lecture des décisions de la nuit est pour le moins nuancée. Premier constat: «Des décisions importantes, mais à effet temporaire ont été prises explique celui qui préside aujourd’hui le groupe libéral au Parlement européen. Mais donner plus de manœuvre aux fonds de secours ne résoudra pas le problème à terme, une fois que leurs ressources auront été épuisées». Son avis? «Tout va dépendre de la capacité des pays membres de la zone euro à utiliser le temps qu’ils sont en train de gagner. Le pire serait de le gaspiller. La seule réponse viable est de donner des inflexions claires en vue une nouvelle architecture de l’Union économique et monétaire, sur la base du rapport d’Herman Van Rompuy». Verdict: «Ce n’est pas la fin de l’histoire». D’autant que la salle de presse du sommet bruit d’une nouvelle rumeur: Angela Merkel et Mario Monti, les deux adversaires de la nuit passée, divergeraient sur l’interprétation des décisions prises qu’une opacité entoure encore – notamment sur la supervision communautaire liée à l’intervention des fonds de secours – faute de documents de référence autres que la déclaration de la zone euro. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

Vendredi 29 juin, 11h40: «On a ouvert le jeu sur l’union budgétaire»

Briefing d’un conseiller du président de la Commission, José-Manuel Barroso. La nuit a été longue, on le sait. La clef? «On a ouvert le jeu sur le rapport Van Rompuy et l’Union budgétaire. Le principe fondamental pour les Allemands de la responsabilité, gage de la solidarité européenne, sera la base des discussions dans les prochains six mois». Les sommets d’octobre et de décembre reviendront donc sur les questions posées dans le rapport présenté par le président du Conseil européen.

Reste, comme toujours, à voir ce que cela veut dire. L’ambiance de la nuit: «Ferme, mais il n’y a eu ni invectives, ni prise à partie». Un diplomate nuance de son coté les avancées obtenues par Madrid. L’objectif reste bien de forcer l’Espagne a accepté, en contrepartie de l’aide européenne, une présence communautaire au sein du FROB, son Fonds de restructurations bancaire. A lire à ce propos ce matin l’interview dans Libération de l’analyste de Bruegel, Nicolas Véron, sur la nécessaire supervision bancaire européenne. (Richard Werly, Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Vendredi 29 juin, 11h13: L’heure des comptes a sonné… sous la pluie

«Quand David Cameron se félicite des décisions de la zone euro, il faut parfois se méfier…» Café matinal entre deux averses (la pluie est revenue, Bruxelles as usual) avec un collègue allemand, en route comme moi vers le sommet européen qui devrait se conclure à la mi-journée.

L’incompréhension plane: quelles garanties a obtenu Angela Merkel qui, twittent les journalistes restés en salle de presse, aurait quasiment évité Mario Monti lors de son arrivée au Juste Lipse, le bâtiment du Conseil européen? L’ordre du jour est simple sur le papier: un peu moins de deux heures de réunion ce vendredi pour permettre aux dix-sept de communiquer les résultats de leurs discussions nocturnes aux dix autres pays membres, dont le Royaume Uni directement concerné par la mise en place d’une supervision bancaire commune, vu le poids de sa place financière.

Personne ne parle plus de l’autre chantage qui semblait hier avoir eu lieu: celui de Londres qui, avant de signer quoi que ce soit, exigeait d’obtenir le siège de la future Agence européenne des brevets. D’ultimes marchandages ne sont donc pas à exclure. Angela Merkel n’aura a priori pas la tâche facile cet après midi au Bundestag. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Vendredi 29 juin, 11h: Les marchés européens enthousiastes

Les marchés européens continuaient sur leur lancée, vendredi matin, suites aux premières déclarations faites par Herman Van Rompuy dans la nuit. Alors que les débats a Bruxelles avait déjà repris, vers 10h45, la bourse de Madrid s’affichait en hausse de 2,78%. A Francfort, l’optimisme était également de mise avec une hausse de 2,2%. A Paris, le CAC40 grimpait de 2,28% et l’EuroStoxx, indice des grandes valeurs de la zone euro, caracolait à +2,37%. Les Suisses restaient plus prudents, avec une bourse de Zurich en hausse de 0,83%.

En Asie, les bourses de Shangai et de Tokyo terminaient la semaine en hausse, respectivement de 1,35% et 2,19%.

Enfin les taux d’emprunt à 10 ans de l’Espagne et de l’Italie se détendaient également. Vers 10h00, le rendement de l’emprunt espagnol de référence, qui évolue en sens inverse de la demande, reculait fortement à 6,461%, contre 6,896% jeudi soir. Dans la foulée, le taux à 10 ans italien baissait à 5,888% à 6,182%. (Valère Gogniat)

■ Vendredi 29 juin, 08h10: Il est cinq heures, Bruxelles s’éveille

Mon téléphone a commencé à biper vers 5h12. Puis le réveil obligé a suivi: deux appels de collègues pressés de savoir «si Le Temps se trouvait encore en salle de presse». Réponse négative. Le Temps, ou plutôt son correspondant, dormait depuis 3h00 et ne rêvait ni de Mario Monti, ni de François Hollande… Le réveil difficile se fait donc en mode «vérification des informations et précautions». L’accord à nouveau donné comme «historique au sein de la zone euro» devra être décortiqué et sa clarté sera essentielle.

Premier signe en tout cas qu’un pas a été franchi: toute l’équipe du Financial Times, soit cinq journalistes, a été rappelée au milieu de la nuit pour être à pied d’œuvre dès l’aube. L’on s’attend à une reprise des débats entre Chefs d’Etats ou de gouvernements vers 9h30. L’atrium du Conseil européen est pour le moment vide ou presque de journalistes. Seuls les bancs italiens et espagnols sont remplis, et leurs journalistes affairés à débusquer toutes les anecdotes possibles pour raconter cette «nuit de l’euro». La métaphore footballistique va filer sec après la qualification de l’Italie et de l’Espagne pour la finale de l’Euro. Gauthier Corbat, brillant stagiaire du Temps, m’envoie un peu avant 8h00 un e-mail avec ce titre certain d’être repris dans la journée de vendredi: Monti-Merkel: 2-0. Vraiment? La fin de partie, n’oublions pas, n’est pas encore sifflée.

«Madame Nein», comme elle est désormais surnommée à Bruxelles, a encore quelques prolongations avant de se présenter à son tour devant la presse. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Vendredi 29 juin, 06h: L’euro rebondit sur les marchés

L’euro a rebondi vendredi sur le marché des changes immédiatement après les premières annonces en provenance de Bruxelles (voir ci-dessous). Ces différentes décisions, notamment au sujet de la croissance ont immédiatement fait passer l’euro jusqu’à 1,2626 dollar contre 1,2439 quelques heures plus tôt et à 100,20 yens à 12H02 (03H02 GMT) contre 98,50 yens deux heures auparavant. Vers 08h, l’euro s’échangeait à 1,20156 franc suisse, un plus haut depuis un mois. (Valère Gogniat)

Vendredi 29 juin, 03h00: Finale risquée pour Mario et Mariano

Francois Hollande est le seul à s’être prêté au jeu. Vers une heure du matin, le président Français est descendu dans l’arène de la presse, au deuxième étage du Juste Lipse, le siège du Conseil européen. Pas facile: son succès sur le pacte de croissance est en train d’être kidnappé par Mario Monti et Mariano Rajoy, résolus à obtenir des concessions d’Angela Merkel. Le nouveau locataire de l’Elysée affirme qu’il s’attendait à l’offensive italienne, compte tenu de la situation politique intenable du gouvernement de technocrates dirigé par M. Monti. Sa position vis-à-vis de l’Espagne laisse transparaître plus de distance. N’empêche: les dés sont jetés. Dans la nuit de Bruxelles, l’affrontement au sein des dix-sept va durer. L’Allemagne n’est ni seule, ni battue. «Au cinquième étage, nous ne sommes pas sur un terrain de foot», sourit un diplomate allemand, après la défaite de son pays face à l’Italie, qui retrouvera dimanche l’Espagne en finale de l’Euro. La «Mannschaft» d’Angela Merkel résistera-t-elle mieux que celle du sélectionneur allemand Joachim Löw? (Richard Werly, Bruxelles)

Jeudi 28 juin, 23h15: Premiers résultats du match Merkel-Monti-Hollande

Paquet croissance adopté, paquet croissance bloqué. Déjà déterminé avant le sommet à opposer son veto s’il n’obtenait pas gain de cause sur des mesures à court terme pour calmer les marchés et faire baisser les taux d’intérêt obligataires italiens et espagnols, Mario Monti s’est engouffré dans la brèche ouverte par la victoire de l’équipe d’Italie de football sur l’Allemagne 2 buts à 1.

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, venu devant la presse pour communiquer les premiers résultats du sommet vers 22h45 l’a confirmé: deux pays (NDLR: l’Italie et l’Espagne) n’apposeront pas leur signature sur le pacte de croissance, adopté sur le principe, tant qu’Angela Merkel n’aura pas bougé sur l’utilisation des fonds de secours européens pour intervenir à leur secours.

Plus anecdotique: le Royaume uni bataillerait lui pour arracher contre son soutien le QG de la future agence des brevets communautaires sur lesquels la présidence tournante danoise est en passe d’obtenir un accord.

Autant dire que les grandes manœuvres et le chantage battent leur plein. L’accord sur le paquet croissance et les 120 milliards d’euros d’investissement n’a été bouclé que vers 22h00. Les Chefs d’Etat ou de gouvernement ont alors entamé leur dîner consacré à l’examen de l’Union bancaire et des propositions Van Rompuy sur la consolidation de l’Union économique et monétaire.

On calcule: au moins une heure pour se restaurer. Les inévitables apartés bilatéraux ensuite… Bref, la nuit sera longue et l’entourage de François Hollande confirme déjà que le président français pourrait attendre la toute fin des discussions pour donner une conférence de presse finale.

Rappel de l’essentiel après une première journée de sommet: les mesures de l’UE pour la croissance sont en boite. La Banque européenne d’investissement sera recapitalisée à hauteur de 10 milliards d’euros.

Une cinquantaine de milliards de fonds structurels européens seront réorientés. Le lancement d’euro-obligations pour financer des projets, à hauteur de 4,5 milliards d’euros, est acté. Mais rien n’est joué tant que tout n’est pas bouclé.

Les discussions entrent maintenant, vers minuit, dans le vif du sujet le plus compliqué: celui de la surveillance budgétaire commune et d’une supervision bancaire européenne. Mieux: Herman Van Rompuy veut réserver pour le déjeuner de vendredi des dirigeants de la zone euro les décisions sur les mécanismes d’intervention à court terme.

Les footballeurs italiens peuvent aller faire la fête et déboucher le champagne. Leur président du Conseil, lui, bétonne en défense. Rendez-vous aux premières heures de la matinée. «La lumière apparaît dans le tunnel» a gentiment expliqué la premier ministre Danoise Helle Thorning Schmidt. Sauf que le tunnel s’annonce long. Bonne nuit! (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 21h45: 2-0. On s’arrête là Mme Merkel?

Pedro da Costa, du Financial Time résume d’une phrase l’ambiance à la mi-temps, au bar de la presse transformé en tribune de stade: «Des euro-obligations ou on continue de marquer». Espérons juste qu’Angela, déja passablement irritée, ne va pas carrément s’énerver… (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 21h15: Balotelli plus fort que Monti!

Où sont passés les centaines de journalistes qui cherchaient désespérément toute la soirée des infos sur le «plan Monti» pour éteindre l’incendie des dettes souveraines?

Ils sont là, plantés devant les écrans face au bar de la presse. Balotelli vient de marquer pour l’Italie. En haut, dans le secret du sommet, Herman Van Rompuy a paraît-il interdit les écrans. Vrai?

En tout cas, plus personne n’est pressé de l’entendre parler de la croissance et des euro-obligations. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 21h15: Samouraïs japonais, Kamikaze européens?

Un Conseil européen, c’est d’abord beaucoup de rumeurs et de spéculations sur les décisions en cours à l’étage des Chefs d’Etats et de Gouvernements. Miki Hashimoto travaille pour la télévision japonaise.

Sa maîtrise du français lui permet de suivre les conférences de presse et les discussions plus informelles. Des échanges qu’elle traduit ensuite à ses collègues, qui eux ne s’expriment qu’en japonais. Que pensent ces journalistes samouraï nippons des Européens tentés de se transformer en kamikaze de la monnaie unique?

«Il y a deux ans 1 Euro s’échangeait contre 180 Yen. Désormais il faut débourser 100 Yen pour 1 Euro» explique Miki-san, sérieuse et énigmatique. «Ce changement dans les taux pénalisent nos exportations alors que notre économie est déjà passablement faible en ce moment».

Décalage horaire oblige, les journalistes japonais ne font pas de direct depuis Bruxelles, mais tenteront vendredi soir, quand la rencontre aura pris fin, de rendre compte «du climat général et des décisions finales prises par les dirigeants». Bon courage! (Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 19h55: «Ce sommet sera décisionnel»

Briefing improvisé des conseillers de François Hollande. Le menu ordinaire des sommets européens est respecté: tout a pris du retard et les discussions sur le pacte de croissance viennent tout juste de commencer.

Point clef: la volonté de sortir de cette réunion avec des «décisions» est affichée. «L’objectif, c’est de ne plus se réunir sans cesse pour des sommets de crise» explique un diplomate. Autre point important: l’adoption du volet de mesures sur la croissance, doté d’un budget d’environ 120 milliards d’euros, ne sera pas séparée du reste.

«Ce pacte va passer comme une lettre à la poste, mais il faut des décisions qui engagent vraiment l’Union européenne». La réunion bilatérale d’avant sommet entre François Hollande et Mario Monti est confirmée.

Pas de confirmation en revanche de l’ultime rumeur bruxelloise: celle d’une nouvelle réunion de la zone euro le 15 juillet, soit une semaine après celle de l’eurogroupe prévue le 9 juillet. Information à ne pas négliger toutefois: c’est à cette date que l’Espagne a promis de présenter les détails d’application du plan d’aide à son secteur bancaire.

Des annonces importantes, alors que l’été promet de calmer les marchés, pourraient alors être habiles. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 19h00: François Hollande est donc venu en train

On cherchait un témoin. On l’a trouvé. Un journaliste français confirme que François Hollande a de nouveau emprunté le Thalys Paris-Bruxelles pour retrouver ses pairs. Départ 12h30 de la gare du nord.

Pour quelle heure a-t-il réservé ses billets retour demain vendredi? Le dîner informel du 23 mai, qui s’était achevé vers deux heures du matin, l’avait contraint à rentrer en voiture… (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 18h50: Percée finlandaise?

Le premier ministre conservateur finlandais Jyrki Katainen marquera-t-il le but décisif? C’est la rumeur qui court depuis une heure au rez-de-chaussée du Juste Lipse, le bâtiment du Conseil européen où les chefs d’Etat ou de gouvernement discutent depuis 15 heures, au cinquième étage sous la présidence d’Herman Van Rompuy.

La Finlande, pays classé parmi les plus hostiles à une mutualisation des dettes souveraines aurait mis sur la table un compromis acceptable pour l’Allemagne. L’idée, rapportée par des diplomates, consisterait à permettre aux Etats sous pression des marchés d’émettre un certain volume d’obligations «garanties» par les Fonds européens de secours. Rien de concret sur les modalités, ni sur le fameux «plan Monti» que tout le monde évoquait en début de réunion.

La délégation allemande, interrogée, reste muette. Une seule information en provenance des conseillers d’Angela Merkel présents à ses côtés à Bruxelles: des grands écrans ont été installés pour regarder le match Italie-Allemagne au huitième étage, dans les salons confortables réservés aux VIP, juste au-dessus des bureaux des délégations. (Richard Werly, Bruxelles)

Jeudi 28 juin, 19h48: Helsinki propose des obligations sécurisées pour les pays fragiles

Le Premier ministre finlandais Jyrki Katainen a proposé jeudi que les pays de la zone euro qui subissent la pression des marchés émettent des obligations sécurisées, généralement réservées aux établissements financiers, pour bénéficier de taux moins élevés.

Une piste serait que «les Etats fragiles de la zone euro émettent des obligations sécurisées afin d’accéder aux marchés et de bénéficier de taux plus bas», a indiqué M. Katainen, avant un sommet à Bruxelles où les dirigeants européens vont chercher des solutions à l’aggravation de la crise de la dette.

Ces obligations seraient garanties par des actifs gouvernementaux ou par des recettes fiscales destinées au service de la dette, a indiqué le Premier ministre finlandais, rappelant que son pays avait eu recours à cette solution dans les années 1990.

Objectif: faire en sorte que l’Italie et l’Espagne se financent à des taux moins pénalisants sur les marchés, grâce à ces titres de dette présentant un niveau de garantie plus important que les obligations souveraines classiques.

Une obligation collatéralisée ou sécurisée est un titre dont le remboursement et le paiement des intérêts est assuré par les revenus d’un actif qui sert de garantie, souvent un portefeuille de prêts hypothécaires. Ce produit est en général réservé aux établissements financiers.

«Le Fonds de secours de la zone euro (FESF) ou le Mécanisme de stabilité (MES qui doit entrer en vigueur début juillet) pourraient se tenir prêts à intervenir sur le marché primaire pour faciliter l’émission de ces obligations sécurisées», a suggéré le Premier ministre finlandais.

«La solution serait nationale, mais le soutien serait européen», avec une intervention limitée, en dernier recours, «en cas de problèmes», du FESF ou du MES, a résumé le ministre finlandais des Affaires étrangères Alexander Stubb.

Selon lui, «ce pourrait être une solution qui permettrait d’abaisser les taux de l’Espagne ou de l’Italie».

L’idée est discutée au sommet, parmi d’autres soumises notamment par les Néerlandais, ou encore celles «d’euro-obligations des pays triple A qui seraient une incitation à une bonne gestion financière», ainsi que «des obligations rouges ou bleues», a-t-il ajouté.

«A la fin de la soirée on verra ce qui tiendra la route», a-t-il conclu, tout en précisant que son pays n’était pas favorable à des euro-obligations et qu’il était «bien trop tôt» pour en parler. «Mais toutes les questions doivent être sur la table».

Actuellement, le FESF peut racheter de la dette sur le marché secondaire, où s’échangent les titres de dette déjà en circulation. Un rachat de dette sur le marché primaire est possible mais uniquement pour les pays bénéficiant d’un programme d’aide, et assorti d’une stricte conditionnalité. (AFP)

Ces deux options n’ont jamais été utilisées.

■ Jeudi 28 juin, 17h45: «On a besoin de solutions aujourd’hui»

Fin de la conférence de presse du président du Parlement européen Martin Schulz. Deux choses à retenir.

1) «On a besoin de solutions aujourd’hui» a-t-il redit, évoquant, pour contrer la hausse des taux d’intérêts italiens et espagnols, l’activation du futur Mécanisme européen de Stabilité, doté ou non d’une licence bancaire. L’exigence de Mario Monti pour un «bouclier» est donc bien sur la table.

2) Le paquet Croissance ne peut pas être qu’une compilation de promesses. Le Parlement européen, explique Martin Schulz, est favorable à un accord entre les trois institutions communautaires (Parlement, Conseil, Commission) pour accélérer le travail législatif sur ces sujets et permettre la mise en œuvre rapide des 120 milliards d’euros promis pour l’investissement. L’idée n’est donc plus de renégocier le pacte budgétaire comme le promettait François Hollande, mais de sortir du sommet avec une dynamique communautaire en faveur de l’emploi.

Deux autres informations importantes au passage: Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, resterait pour l’heure en fonction à la tête de l’eurogroupe tandis que Klaus Regling, le patron (allemand) du Fonds européen de stabilité financière (FESF), prendrait la direction du futur mécanisme européen de stabilité (MES). A confirmer bien sûr. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 17h: «Angela Merkel ne fait pas de blagues sur François Hollande…»

Premier tour de chauffe accompli pour ce sommet. Le président du parlement européen Martin Schulz descend s’exprimer en salle de presse après avoir échangé avec les Chefs d’Etat ou de gouvernement qui, eux, prennent la pose pour la «photo de famille» avant de reprendre leurs débats.

Dans le grand atrium du Conseil transformé en salle de presse, les uns et les autres y vont de leurs commentaires. Elmar Brok, eurodéputé conservateur allemand, hésite entre l’inquiétude et les bons mots. Inquiet? «Oui, car l’idée que l’on peut encore une fois se contenter d’une solution à court terme est bien ancrée explique-t-il. Angela Merkel, à force de vouloir faire le saut fédéral à long terme, a mis la barre trop haut.

Idem pour Mario Monti qui réclame d’urgence une mutualisation partielle de la dette italienne». Les bons mots? Elmar Brok, longtemps président de la Commission des Affaires étrangères de l’europarlement, en a quelques-uns en réserve. Mais il préfère cette fois-ci puiser dans ceux de la Chancelière qui, explique-t-il «ne fait pas de blagues sur François Hollande, preuve qu’elle le prend au sérieux». Ah bon?

Explication: «Angela Merkel adorait se moquer gentiment de Sarkozy» poursuit-il. Avec, comme plaisanterie favorite, la suivante: «Berlusconi, Obama et Sarkozy sont au bord d’un lac et regardent, au loin, un îlot. Berlusconi s’élance et franchit à pied l’étendue d’eau. Obama le suit sans difficultés. Sarkozy tente le coup, puis s’enfonce et se noie. «Il n’a pas vu les pierres» commente en riant Berlusconi. Quelles pierres? interroge, très docte, Barack Obama…» (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 16h: Les propositions de Mario Monti au cœur des débats

C’était prévisible: les propositions de Mario Monti pour un mécanisme de rachat partiel des dettes souveraines des pays en difficulté se sont imposées comme le sujet prioritaire. Avant de rejoindre les Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne (UE), le président du parlement européen Martin Schulz a estimé lui aussi indispensable l’instauration d’un «bouclier anti-spread», destiné à lutter contre les écarts trop importants de taux d’intérêts obligataires.

Coté Allemand, l’on veut en revanche s’en tenir à l’ordre du jour. D’abord l’examen du «paquet croissance» et un premier tour de table sur les perspectives financières de l’Union européenne (le budget communautaire) pour 2013-2020. Puis, en soirée, la discussion prévue sur l’Union bancaire et les répondes financières à apporter aux marchés. Un diplomate tout juste arrivé de Berlin avec la Chancelière confirme que celle-ci «ne veut plus entendre parler de nouveaux mécanismes».

Selon notre interlocuteur, le discours allemand est simple: la zone euro doit faire pour l’heure avec ce qu’elle a, à savoir le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Inutile de parler d’accorder déjà une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité, qui n’existe encore que sur le papier (il doit être voté demain vendredi par le Bundestag). Fait intéressant: cette rigidité de la Chancelière est contredite par l’entretien de son ministre des finances Wolfgang Schäuble publiée ce matin par le Wall Street Journal dans laquelle ce dernier se montre compréhensif envers les demandes de recourir aux différents Fonds. «Cela prouve une fois encore qu’Angela Merkel est passée reine dans l’art de tenir deux discours: l’un pour son audience nationale, et l’autre à la fin des débats communautaires» juge un familier des discussions.

Preuve de l’ébullition ambiante, les directeurs du trésor des pays membres de la zone euro ont, selon le Financial Times, été appelés d’urgence à la rescousse à Bruxelles où ils doivent se retrouver vers 18h00, en parallèle aux débats des Chefs d’Etat ou de gouvernement. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 14h45: «Des solutions très rapides»

Le président français François Hollande a appelé de ses voeux, à son arrivée jeudi à Bruxelles pour un sommet européen, «des solutions très rapides» pour les pays «en difficulté» financière.

«Je viens pour qu’il y ait des solutions très rapides pour soutenir les pays en difficulté sur les marchés alors même qu’ils ont fait des efforts considérables», a-t-il déclaré à la presse, dans une allusion à l’Italie et à l’Espagne. (AFP)

■ Jeudi 28 juin, 14h: «Siffler clairement la fin de la partie»

On regarde nos notes écrites à la va-vite et on retranscrit. Voici quelques minutes, en marge de la conférence de presse du groupe fédéraliste européen Spinelli, Daniel Cohn-Bendit a filé, comme beaucoup d’autres ce jeudi, la métaphore footballistique. «Monti, Hollande et les autres doivent siffler la fin de partie. Angela Merkel ne doit pas pouvoir jouer à nouveau les prolongations.»

L’eurodéputé vert centre le tir sur le président du Conseil Italien: «Mario Monti a fait toutes les réformes qui lui étaient demandées. Et s’il ne revient pas à Rome à l’issue du sommet européen avec un instrument de rachat partiel des dettes souveraines pour faire baisser les taux, cela deviendra politiquement intenable avec un Berlusconi prêt à faire campagne sur l’abandon de la monnaie unique…»

Quel rôle pour François Hollande? «La meilleure nouvelle est peut-être que le duo franco-allemand ne prétend plus être d’accord sur tout. Il y a un désaccord. Cela rebat les cartes. Cela crée une brèche», poursuit l’élu écologiste, valise à roulettes aux pieds, en route pour Francfort. L’octroi d’une licence bancaire au futur Mécanisme européen de stabilité, sur lequel le Bundestag doit voter vendredi après-midi pour sa dernière session avant l’été, est, selon lui, l’une des solutions intermédiaires envisageables. «La question clé, c’est que la zone euro fasse comprendre aux opérateurs qu’elle ne tolérera pas la flambée des taux italiens est espagnols.» (Richard Werly, Bruxelles)

Jeudi 28 juin, 12h04: Sur les marchés, une mauvaise journée

A la mi-journée, la plupart des places financières européennes évoluaient dans le rouge. L’indice Euro Stoxx cédait 1,4% à 12h. Zurich faisait un peu mieux, -0,6%. L’euro reculait face au dollar (1,2431 billet vert pour 1 euro).

Le sommet européen n’est pas le seul élément à rendre fébriles les investisseurs. Le chômage en Allemagne inquiète: le nombre de sans-emploi a progressé de 7000 personnes, plus du double de ce qu’attendaient les 30 économistes interrogés par Bloomberg. Cette statistique publiée ce matin documente le ralentissement de la conjoncture allemande et la crainte d’un fléchissement généralisé dans la zone euro.

Sur le front de la dette des Etats, les nouvelles du matin ne sont pas meilleures. L’Italie vient d’emprunter 5,42 milliards d’euros à cinq et dix ans. Rome visait 5,5 milliards, mais sans doute pas un taux d’intérêt si élevé: 5,84% à cinq ans contre 5,66% le 30 mai, et 6,19% à dix ans contre 6,03% il y a un mois. (Frédéric Lelièvre)

Jeudi 28 juin, 12h00: Deux matches en un

L’alliance anti-Merkel va-t-elle se constituer et tenir bon face à la Chancelière «de fer»? C’est le thème dominant des réunions préparatoires qui s’enchaînent dans différentes parties de Bruxelles depuis ce jeudi matin avant l’ouverture du sommet, qui s’achèvera vendredi après un déjeuner des dirigeants de la zone euro. Aux dirigeants conservateurs du Parti populaire européen (PPE), la bibliothèque de l’Académie royale de Belgique. Aux dirigeants libéraux, la salle Concert Noble proche des institutions européennes…

Côté ordre du jour du sommet lui-même, le top départ devrait être donné vers 15h00, après l’arrivée des vingt-sept cortèges escortés de motards de la police bruxelloise. François Hollande viendra-t-il en train, comme pour le dîner informel du 13 mai, ou choisira-t-il l’avion? La question est assurée de faire le buzz de l’après-midi sur les médias français.

De 15 à 16 heures, les chefs d’Etat ou de gouvernement recevront le président (allemand) du Parlement européen, Martin Schulz, qui, pour l’heure, n’a pas réussi à faire accepter sa présence tout au long des débats. Puis s’engageront, vers 17 heures, les discussions sur le volet «croissance» résumé dans le projet de conclusions actuellement en circulation. Conférences de presse attendues vers 19h30 pour distiller quelques bonnes nouvelles devant les caméras avant de repartir pour un dîner qui sera… largement footballistique.

Angela Merkel a insisté pour regarder la rencontre Italie-Allemagne. Ce qui tombe bien, car au sein du Conseil européen aussi, ce match-là, entre elle et Mario Monti, sera crucial. Une chose est sûre toutefois: les résultats sur le stade seront connus avant ceux des discussions au sommet. Annonces prévues vers minuit ou bien plus tard, affirment déjà les diplomates. (Richard Werly, Bruxelles)

Jeudi 28 juin, 11h15: A chacun «son» sommet C’est parti. Ou presque. La valse des chefs d’Etat ou de gouvernement a commencé en fait depuis mercredi soir à Bruxelles, avec l’arrivée du président grec Carolos Papoulias, 83 ans, remplaçant in extremis à la table du Conseil européen du premier ministre tout juste élu Antonis Samaras, récemment opéré des yeux. Le chef de l’Etat hellénique a de suite été reçu par Herman Van Rompuy, qui, comme président du Conseil, accueillera les dirigeants des Vingt-Sept à partir de 14h00 (début des travaux à 15h00) dans la salle 50.1 du Juste Lipse, le bâtiment où se tient le sommet.

utre preuve que les choses ont vraiment démarré, la rituelle conférence du groupe Spinelli, collectif de fédéralistes emmenés par l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt, aujourd’hui président du groupe libéral au Parlement européen, s’ouvre à l’instant au Résidence Palace, le centre de presse où Le Temps a son bureau. Leur habitude? Prévenir, pour espérer guérir: «Les marchés ne s’attendent pas à une solution miracle du jour au lendemain, mais ils espèrent un plan crédible sur le fond, qui remporte un large consensus et qui rétablisse la confiance et la stabilité», a-t-il expliqué mercredi lors d’un séminaire de son groupe politique.

Globalement, le rapport Van Rompuy sur la consolidation de l’Union économique et monétaire lui paraît aller dans la bonne direction: «La combinaison d’une autorité budgétaire européenne centralisée afin de superviser les opérations bancaires et qui oblige les gouvernements à fixer des limites communément approuvées sur les niveaux de la dette, liée à une feuille de route pour la mutualisation partielle de la dette, devrait dans une large mesure mettre fin à ce cercle vicieux d’endettement sans cesse croissant.» Un jugement positif aussitôt tempéré par l’observatoire britannique Open Europe, déjà cité ici: «Etant donné la nature embryonnaire de beaucoup d’idées, Open Europe conclut qu’aucune d’entre elles ne constitue sur le court et moyen terme une solution réaliste à la crise. En particulier, la condition préalable allemande à tout partage de charge fiscale est d’obtenir un droit de veto effectif sur les dépenses excessives des autres Etats membres. Ceci est en soi un énorme obstacle politique qui ne peut pas être surmontée de sitôt.» Chacun dessine les lignes de «son» sommet. (Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Jeudi 28 juin, 10h00: Le sommet du grand chantier

Pas convaincus par les annonces apocalyptiques des commentateurs sur la nécessité de reconstruire l’Europe? Un petit tour matinal sur le rond-point Schuman à Bruxelles, en cette matinée de sommet européen, pourra convaincre les plus réticents.

En face du Berlaymont, le QG de la Commission européenne? Des pelleteuses et des bulldozers. En face du Juste Lipse, le bâtiment du Conseil européen où se retrouveront à partir de 15 heures les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept? D’autres bulldozers et une forêt de bardages d’acier dans l’attente d’être coulés dans le béton. Entre les deux, en lieu et place du tunnel de la rue de la Loi? Un amas de gravats et des panneaux interdisant le passage aux voitures.

Le chantier de la rénovation de la gare Schuman, dans le quartier européen de Bruxelles, n’en finit pas. Le tunnel routier est bouché. Les barrières de la police sont presque juchées en travers des échafaudages. Les télévisions n’ont pas pu, cette fois, avoir leur tribune extérieure sur laquelle s’installent leurs envoyés spéciaux face aux drapeaux étoilés sur fond bleu.

Bienvenue au sommet du grand chantier! Et mettez votre casque avant d’entrer! (Richard Werly, Bruxelles)

Mercredi 27 juin, 21h00: L’Union européenne à l’heure de l’Eurofoot

François Hollande et Angela Merkel sont-ils assis en ce moment côte à côte, à l’Elysée, en train de regarder la demi-finale Espagne-Portugal de l’Eurofoot?

La plaisanterie court dans les couloirs du centre de presse à Bruxelles, où les journalistes communautaires se partagent écrans de télévision et bonnes adresses pour passer cette ultime soirée d’avant-sommet.

Deux places réservées pour Le Temps au Press-Club Europe, où un barbecue est annoncé, offert par l’ambassade d’Ukraine. Mais je n’y suis pas encore…

Un collègue de El Pais passe la porte du bureau que je partage avec mon éminent collègue portugais Daniel Rosario, de l’Expresso. «Déjà 2-0!» lâche l’Ibère, ravi, alors qu’un tir espagnol d’Iniesta passe juste au-dessus de la cage lusitanienne. Coup de bluff raté cette fois. Le Portugal tient bon. L’Espagne cogne.

Et l’Allemagne? Réponse demain soir juste à côté, au cinquième étage du Juste Lipse, le bâtiment du Conseil européen où une pause football est déjà annoncée. (Richard Werly, Bruxelles).

Mercredi, 19h30: Angela Merkel pourra-t-elle continuer de dire «nein»?

Le directeur du Centre for European Reforms (CER), Charles Grant, est tout sauf un Britannique eurosceptique. Son analyse sur le couple franco-allemand publiée ce soir, à moins de vingt-quatre heures de l’ouverture du sommet européen, mérite donc examen.

Pour l’intéressé, la chancelière allemande joue double jeu: «Ce qu’elle ne dit pas en public, c’est qu’elle est prête à prendre des mesures, mais qu’elle se refuse à les divulguer aux autres gouvernements, de peur qu’ils relâchent leurs efforts de réduction de déficits budgétaires et de réformes structurelles.»

L’auteur dit tenir ses informations d’un fonctionnaire européen qui a travaillé de manière étroite avec Madame Merkel. Le think tank britannique s’inquiète aussi de la donne domestique allemande: «Beaucoup de parlementaires allemands sont opposés à plus de générosité à l’encontre de l’Europe du Sud.»

Un avis qui reflète également celui de l’opinion publique du pays, de plus en plus hostile aux plans de sauvetage. De plus, la Cour constitutionnelle allemande pourrait «bloquer de possibles transferts de souveraineté et la plupart des idées concernant les Eurobonds seraient incompatibles avec l’actuelle Constitution».

Déduction pessimiste de Charles Grant, habitué des colonnes du Financial Times: «Les leaders politiques européens doivent présenter un plan crédible pour convaincre les marchés financiers qu’ils sont sérieusement en train de sauver l’euro. Ils ne le feront probablement pas.» (Gauthier Corbat, Bruxelles).

■ Mercredi, 17h07: Ajustement pour Chypre, assistance financière pour l’Espagne

La conférence téléphonique des ministres des Finances de l’Eurogroupe vient de confirmer le «deux poids deux mesures» souvent dénoncé par les petits pays membres.

Au sujet de Chypre, l’Eurogroupe se place d’emblée dans le cadre d’un «plan d’ajustement» justifié par des «déséquilibres macroéconomiques». Un programme sera donc mis sur pied avec le Fonds monétaire international (FMI), sans doute conduit par une «troïka» d’experts (en provenance de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du FMI) similaire à celles dépêchées en Grèce, au Portugal et en Irlande. Les mesures seront «négociées», et l’objectif assigné à ce plan, comme pour les autres pays sous perfusion communautaire, est de remettre l’île sur «les rails de la croissance».

Le secteur bancaire n’est donc pas traité à part et le retour de la compétitivité est l’objectif principal de l’assistance financière dont le montant reste à fixer (sans doute aux environs de cinq milliards d’euros, soit la moitié du PIB insulaire). Les deux fonds de secours, le FESF et le futur mécanisme européen de stabilité (MES) pourront être sollicités, sans préciser encore lequel devra débourser ce montant, très éloigné de ceux débloqués pour la Grèce (230 milliards d’euros au total), le Portugal (78 milliards) et l’Irlande (85 milliards).

Un tout autre traitement sera réservé à l’Espagne. L’assistance financière, d’abord assurée par le FESF puis relayée par le MES, sera uniquement destinée à recapitaliser son secteur bancaire. La fourchette évoquée par les agences d’audit indépendantes, entre 51 et 62 milliards d’euros, est reprise dans le document qui évoque toutefois l’éventuelle nécessité d’y ajouter une «marge de sécurité supplémentaire». L’argent transitera par le Fonds espagnol de restructuration des banques (FROB), mais les termes de la conditionnalité applicable restent beaucoup plus vagues que dans le cas de Chypre. Les réformes structurelles évoquées ne concernent que le secteur financier. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mercredi, 11h30: Les fantômes de Chypre renforcent ceux de la zone euro

L’Europe divisée? Ces jours-ci, la remarque vaut surtout pour les divergences entre les dix-sept pays dotés de la monnaie unique, sur des questions telles que la mutualisation de dettes ou la future Union budgétaire. Cette fin de matinée à Bruxelles nous permet toutefois de rencontrer d’autres fantômes de l’Europe, sur le rond-point Schuman, épicentre des institutions communautaires à Bruxelles. «Ghosts of Europe» est le thème de la manifestation prévue par un groupe de Chypriotes turcs du nord, venus protester contre l’accession de la république de Chypre (grecque, seule reconnue internationalement depuis la division de l’île en 1974 suite à l’invasion de l’armée d’Ankara) à la présidence tournante de l’UE ce 1er juillet…

L’autre fantôme qui hante le sommet européen est sinon celui de l’Allemagne et d’Angela Merkel. La nouvelle «dame de fer» de Berlin deviendra-t-elle «madame non» face aux doléances de ses partenaires? On en saura plus après sa rencontre ce soir à Paris avec son nouveau partenaire du tango européen, François Hollande. Pour ou contre Merkel? C’est en tout cas le sujet du jour sur les réseaux sociaux devenus des outils incontournables d’information – et de propagation des rumeurs – sur les affaires communautaires. L’hebdomadaire allemand Der Spiegel revient sur la promesse de la Chancelière de ne pas accepter d’euro-obligations «tant qu’elle sera vivante».

Le correspondant de libération à Bruxelles Jean Quatremer se chamaille sur Twitter avec Le Figaro à propos des contraintes budgétaires qui pèseront sur la France et de la formulation exacte des propos d’Angela Merkel. Laquelle aurait fait référence à une «mutualisation totale» des dettes, et non à d’autres étapes intermédiaires. Le correspondant du Guardian Ian Traynor met, lui, en garde «contre les attentes déçues» à propos de la politique européenne du premier ministre britannique David Cameron.

Coté contributions plus étayées, deux d’entre elles méritent un coup d’œil: Open Europe, l’observatoire britannique des questions communautaires commence par doucher les espoirs d’un compromis. Les délais annoncés sont pour eux trop longs: «La Commission a dit mardi que le prochain rapport sur le sujet serait fourni en décembre, celui qui dès lors s’attend à voir des progrès dans ce domaine durant les semaines et mois à venir se trompe lourdement». À noter aussi les propositions de l’observatoire Bruegel sur la future Union bancaire mises en ligne lundi 25 juin. L’institut évoque la création d’une autorité de surveillance européenne qui travaillerait en étroite collaboration avec d’autres superviseurs nationaux «suivant un principe de subsidiarité» et la mise en place d’une autorité de résolution européenne «qui pourrait utiliser les ressources du Mécanisme européen de stabilité (MES)». Important: le projet d’Union bancaire aura besoin au minimum, selon Bruegel, d’un soutien budgétaire européen, avec d’importantes autorités politiques, et d’une grande légitimité. Plus important encore: une Union bancaire ne pourrait être «considérée séparément d’une union budgétaire et d’une union politique». Bruegel note enfin le plus inquiétant: l’inadéquation entre le calendrier d’un tel projet et «les difficultés que connaissent actuellement les banques, surtout dans les pays en crise». (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Mercredi, 09h55: Le menu du sommet européen, version Van Rompuy

Rendu public mardi, le rapport sur l’avenir de l’Union économique et monétaire présenté par Herman Van Rompuy a pour vocation de nourrir le débat lors du sommet européen des 28 et 29 juin. Envoyée ce mercredi matin aux vingt-sept chefs d’Etat ou de gouvernement, la lettre d’invitation du président du Conseil européen cadre, elle, l’organisation des discussions et permet de mieux comprendre ce qui se passera à Bruxelles, à partir de 14h00 jeudi.

Premier point: les décisions prises sur le paquet «relance-croissance» devraient être connues avant 20h00 jeudi. Elles feront en effet l’objet du premier débat, et seront liées aux discussions sur les perspectives financières (le projet général de budget) de l’UE pour 2013-2020. L’on peut donc s’attendre à des chiffres, et l’on saura alors si le président français François Hollande, porteur de cette exigence de croissance, a obtenu gain de cause. Intéressant aussi: que fera le Royaume-Uni de David Cameron, favorable à un gel du budget communautaire, alors que les investissements dans des projets nécessitent au contraire son augmentation?

Second point: les discussions sur l’avenir de l’Union et celui de la zone euro se feront en deux temps. Le premier aura lieu jeudi soir et devra, selon les termes d’Herman Van Rompuy, accoucher si possible d’une «compréhension commune». En clair: les Vingt-Sept placent-ils, derrière les mots employés dans le rapport, les mêmes ambitions? A coup sûr, le débat se focalisera autour d’Angela Merkel et de la position allemande qui, pour l’heure, fait un préalable d’une plus grande union politique et budgétaire. Le président du Conseil européen précise par avance que son rapport n’est pas «final». Il s’agit donc de s’entendre sur le cap que l’on veut suivre. A vingt-sept ou moins…

Troisième point: un déjeuner des dirigeants de la zone euro aura lieu le vendredi midi. Soit une sorte de second sommet, qui portera évidemment sur l’Espagne, la Grèce, Chypre mais aussi sur la situation en Italie. A cette dernière réunion le soin de rassurer à court terme les marchés financiers. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mardi, 19h15: L’Union bancaire d’abord, l’Union budgétaire après

Le rapport présenté au sommet européen sur les réformes de la zone euro repousse les décisions les plus douloureuses pour les pays membres à la fin 2012. Angela Merkel avait prévenu: aussi crucial soit-il vu la flambée des taux obligataires italiens et espagnols, le sommet européen des 28 et 29 juin ne pourra pas «tout régler».

Le rapport soumis mardi aux Vingt-Sept par le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, lors d’un déjeuner avec les ministres des pays membres à Luxembourg, confirme ce pragmatisme, même si le président du Conseil italien Mario Monti s’est dit lui, mardi soir, «prêt à travailler tout le week-end» pour arracher des décisions.

Une réunion téléphonique de l’Eurogroupe ce matin vers midi, et une rencontre entre le président français et la chancelière allemande ce soir, doivent compléter les préparatifs, après les demandes d’aide déposées lundi par l’Espagne et Chypre.

La constitution d’une «Union bancaire» et la proposition d’une intégration budgétaire accrue de la zone euro forment la colonne vertébrale de ce document de sept pages, corédigé avec le président de l’eurogroupe Jean Claude Juncker, celui de la Commission José Manuel Barroso et celui de la Banque centrale européenne Mario Draghi.

Résolument fédéraliste et intitulé «Vers une authentique Union économique et monétaire», celui-ci reste toutefois vague sur les échéances, alors que la défiance des marchés reste patente. «Un calendrier et une feuille route spécifique» devront être finalisés d’ici à décembre, après un rapport d’étape en octobre. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mardi, 18h00: Mario Monti prêt à faire des heures supplémentaires au sommet de Bruxelles

Mario Monti s’est dit mardi «prêt à travailler jusqu’à dimanche soir si nécessaire» avec ses collègues, lors du sommet européen qui se tiendra à Bruxelles entre jeudi et vendredi. Le chef du gouvernement italien a précisé que ce serait une façon de préparer un ensemble de solutions convaincantes avant l’ouverture des marchés financiers.

«L’Union européenne pourrait travailler au-delà des limites prévues pour le sommet», a-t-il déclaré dans un discours au Parlement. L’objectif, a rappelé Mario Monti, est de mettre sur la table un paquet pour la croissance et une vision pour l’avenir de l’intégration européenne.

L’idée est de «se présenter renforcés par ces mesures et munis de mécanismes satisfaisants pour affronter les tensions du marché car nous ne pouvons pas permettre que cette œuvre extraordinaire de construction européenne à laquelle l’Italie a toujours contribué puisse être détruite», a souligné Mario Monti.

Les ministres des Finances devraient encore s’entretenir par téléphone mercredi dans la journée pour examiner les demandes d’aide de l’Espagne et de Chypre, relate l’AFP. L’objet de cette réunion sera l’Espagne et Chypre, qui ont demandé lundi à la zone euro de l’aide pour leur secteur bancaire. L’Eurogroupe avait dit qu’il «allait rapidement examiner les demandes espagnole et chypriote et c’est ce qu’il fera», a indiqué une source européenne au fait des discussions. (Valère Gogniat)

■ Mardi, 17h25: Jusqu’à 10 milliards d’euros pour renflouer Chypre

Pour qui? Combien? Comment? Les autorités de Nicosie sont priées de revoir leur copie, vingt-quatre heures tout juste après avoir officiellement déposé une demande d’aide d’urgence à la zone euro pour renflouer les banques de l’île plombées par les obligations grecques. Le courrier adressé au président de l’Eurogroupe et premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Junker, ne comportait, rappelons-le, ni chiffres, ni modalités. Il ne disait pas non plus si l’assistance européenne doit se concentrer uniquement sur le secteur financier, sur le modèle du plan de secours débattu pour les banques espagnoles, ou viser plus large et intégrer, comme pour les autres pays sous perfusion communautaire (Portugal, Grèce, Irlande) un paquet de réformes structurelles.

Les quatre milliards d’euros évoqués ne font en tout cas pas l’unanimité. Le montant total d’une aide à Chypre pourrait atteindre 10 milliards, soit l’équivalent du produit intérieur brut (PIB) de l’île divisée depuis 1974. Le porte-parole de la Commission européenne a précisé mardi «qu’un mandat de l’Eurogroupe allait être adressé à la Commission et à la Banque centrale européenne dans les prochains jours» et qu’ensuite seulement «une Troïka serait envoyée à Nicosie pour discuter de l’assistance financière et des éléments d’un programme».

Selon le Financial Times, la banque populaire de Chypre, la plus en difficulté, doit trouver 1,8 milliard d’euros avant samedi afin d’être recapitalisée pour répondre aux exigences de l’UE. La Russie, avec qui Chypre est en pourparlers pour un prêt d’environ trois milliards, n’a pour l’heure pas donné de réponse formelle. Moscou a déjà prêté 2,5 milliards à ce petit pays de 800 000 habitants, qui s’apprête, à partir du 1er juillet, à assumer la présidence tournante de l’Union. (Gauthier Corbat, Bruxelles)

Mardi, 16h15: La Suisse à la marge du sommet européen

La première version des conclusions attendues à l’issue du sommet européen des 28 et 29 juin a commencé à circuler. «Le Temps» a pu en obtenir une copie. La Suisse, via les mesures recommandées sur l’électricité et l’évasion fiscale, est directement concernée.

Point important de ce «draft»: une annexe spécifiquement dédiée à la relance de l’économie européenne, intitulée «Un projet pour la croissance et l’emploi» (Compact for growth and jobs), qui détaille les mesures en faveur de la croissance exigées en particulier par François Hollande.

La poursuite des réformes structurelles énoncées, pays par pays, dans les recommandations de la Commission européenne est explicitement mentionnée. Un paragraphe, à lire dans le contexte de la paralysie de l’Etat grec, porte sur la modernisation de l’administration publique, du système judiciaire. L’approfondissement du marché intérieur fait aussi partie du «paquet», qui se donne pour objectif la finalisation d’un «marché unique numérique» d’ici 2015, et celle du marché unique de l’énergie en 2014 (ce qui aura des conséquences pour la Suisse, dont les négociations avec l’UE en vue d’un accord sur l’électricité sont en panne).

Une augmentation de dix milliards d’euros du capital de la Banque européenne d’investissement, destinée à lui permettre d’augmenter de 60 milliards sa capacité d’emprunt, est actée. Idem pour les euro-obligations destinées à financer des projets, dont la phase pilote portant sur 4,5 milliards d’euros serait approuvée. La Commission européenne est par ailleurs priée de préparer un plan d’action contre l’évasion fiscale. «Un accord rapide doit intervenir sur le mandat donné (à la Commission) pour renégocier les accords sur la fiscalité de l’épargne avec les pays tiers» indique le document, sans toutefois citer la Confédération, ni mentionner les deux pays de l’UE qui bloquent toujours ce dossier: Le Luxembourg et l’Autriche. La question de l’évasion/fraude fiscale sera au cœur d’une communication de la Commission demain mercredi à Bruxelles. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mardi, 13h15: Barroso déterminé à «se battre pour une nouvelle Union politique». Jusqu’où?

Trois piliers: une union bancaire, une intégration budgétaire accrue, une Union politique rénovée. À deux jours de l’ouverture, jeudi après midi à Bruxelles, du sommet des Chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-sept, José Manuel Barroso se dit déterminé à se battre pour obtenir des avancées des pays membres sur la base du rapport qu’il va présenter avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy. Mais jusqu’où?

«La Commission européenne plaidera et soutiendra tous les aspects consolidant le projet politique communautaire» a-t-il confirmé aujourd’hui à Bruxelles devant quelques journalistes, puis lors d’une conférence organisée par l’European Policy Center, dénonçant les gouvernements «qui ne mettent pas leurs portefeuilles à l’unisson de leurs paroles» et ceux qui «ruinent les efforts européens en prononçant dans leurs capitales des discours inverses à ceux qu’ils tiennent à Bruxelles». L’un de ses combats prioritaires, a-il poursuivi, sera de défendre une augmentation du futur budget communautaire pour l’exercice 2013-2020 afin de financer des efforts sectoriels indispensables.

Autre proposition intéressante: celle d’une «voie rapide» (fast track) pour faire adopter plus rapidement, entre le Conseil (représentant les pays membres) et le parlement européen, les législations indispensables en matière de supervision, réglementation et régulation bancaire. À l’évidence, l’Union bancaire sera le premier sujet à l’agenda, dans la mesure où elle ne requiert pas de changement des Traités européens «indispensable en revanche pour l’émission d’euro-obligations». «Notre plus grand défi consiste à convaincre les peuples d’Europe à s’approprier les réformes» a-t-il conclu. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mardi, 13h: L’avis de Jacques Delors et de Notre Europe sur l’intégration budgétaire

Intéressant à lire alors que le document de travail préparé pour le sommet de vendredi vient d’être rendu public. L’ancien président de la Commission européenne, longtemps inspirateur du nouveau président français François Hollande sera-t-il entendu? Lire la réflexion sur le site de Notre Europe. (Richard Werly, Bruxelles) ■ Mardi, 12h15: Cap sur l’union bancaire Il est prêt. Dévoilé ce mardi matin par le Financial Times, le rapport sur l’intégration budgétaire au sein de la zone euro, préparé pour les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept attendus à Bruxelles les 28 et 29 juin, est désormais disponible. Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, son coordinateur, le dévoilera aujourd’hui autour d’un déjeuner avec les ministres des Affaires européennes des pays membres à Luxembourg, tandis que parallèlement, le président de la Commission José Manuel Barroso le défendra lors d’un briefing à Bruxelles, à l’invitation de l’European Policy Centre. Point d’orgue de ce document dont Le Temps vous propose la version intégrale (PDF), le renforcement de l’intégration de la zone euro via un contrôle accru des budgets nationaux par Bruxelles et la mise en place d’une union bancaire. Le calendrier, une nouvelle fois, est néanmoins assuré de poser problème. Les décisions sont renvoyées en fin d’année alors que le président du Conseil italien lui-même, Mario Monti, avait plaidé en fin de semaine pour des «décisions rapides», seules capables selon lui de ramener le calme sur les marchés. La feuille de route d’Herman Van Rompuy a été rédigée en collaboration avec les présidents de la Commission, de la Banque centrale européenne Mario Draghi et de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Plus de détails sur notre site internet au fil des réactions qui ne manqueront pas de tomber dans la journée. Les ministres des Finances allemand, français, espagnol et italien se retrouvent ce soir à Paris avant la venue mercredi soir d’Angela Merkel dans la capitale française. (Richard Werly, Bruxelles)

■ Mardi, 08h45: Les ministres des Finances vont «préparer activement» le sommet

Le ministre français de l’Economie Pierre Moscovici a déclaré mardi matin à la Radio France Info qu’il s’apprêtait à recevoir à Paris ses homologues allemand, italien et espagnol des Finances afin de «préparer activement» le sommet européen de Bruxelles, jeudi et vendredi prochain. (Le Temps Economie)

«Ce soir, je recevrai à Paris les ministres de l’Economie et des Finances, Wolfgang Schäuble de l’Allemagne, Mario Monti ou Vittorio Grilli (vice-ministre des Finances) de l’Italie, Luis de Guindos de l’Espagne, avec le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn. Nous sommes dans une phase de préparation active de ce sommet.» Pierre Moscovici

■ Mardi, 07h45: Moody’s dégrade 28 banques espagnoles

Annoncé dans la nuit de lundi à mardi, l’abaissement de la note de 28 banques espagnoles par l’agence de notation américaine Moody’s «fait suite à l’affaiblissement de la qualité du crédit du gouvernement espagnol, comme le reflète l’abaissement le 13 juin de la note», selon un communiqué.

Cette dégradation intervient peu après que l’Espagne ait officiellement demandé une aide – encore non chiffrée – à la zone euro pour soutenir son système financier.

L’agence de notation redoute que l’exposition des banques espagnoles à l’immobilier n’accroisse encore davantage leur besoin de recourir à des soutiens financiers extérieurs. Banco de Valencia est la plus affectée par cette dégradation (quatre crans). Banco Santander perd deux crans et Banco Popular perd quatre crans. Bankia a perdu deux crans et est mise sous «surveillance indéterminée».

Sur les 30 notes de banque et établissements de crédit sous revue lundi, 16 pourraient encore être abaissées à court ou moyen terme, précise l’agence de notation. En outre, près d’une vingtaine de banques espagnoles se trouvent aujourd’hui dans la catégorie des investissements spéculatifs. (Valère Gogniat)

■ Lundi 19h30: Le SOS de Chypre pour ses banques

C’est désormais officiel: Chypre est devenue ce soir le cinquième pays après la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne à solliciter l’aide financière de l’Union européenne. La demande des autorités de Nicosie a été adressée lundi après-midi à Bruxelles. Selon l’agence de notation Fitch, qui avait dans la matinée dégradé la note souveraine du pays de BBB- à BB + (catégorie spéculative, comme le Portugal), les besoins des autorités insulaires pour renflouer un secteur bancaire à l’importance disproportionnée en raison de l’afflux de capitaux étrangers (Russie, Balkans, Grèce, Proche-Orient) s’élèveraient à environ 4 milliards d’euros. Les autorités de Chypre – seule la partie Grecque de l’île, divisée depuis 1974 suite à l’invasion de l’armée turque au nord, est reconnue internationalement – ont par ailleurs maintenu leur demande d’aide à la Russie pour un montant proche de celui sollicité auprès de l’UE. Destination privilégiée des flux financiers internationaux en raison de sa situation géographique clef en Méditerranée et des exonérations fiscales avantageuses accordées aux entreprises, la République de Chypre a intégré l’Union européenne en mai 2004 et adopté l’euro le 1er janvier 2008 à la place de la livre chypriote. Ironie du calendrier, Chypre prendra la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne dès dimanche. Une exposition à Bruxelles, Mapping Cyprus, a d’ailleurs ouvert ses portes le 22 juin. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

Lundi 19h: «Nous ne sommes pas anti-UE»

Le carnet sur la zone euro rédigé de Bruxelles par nos correspondants fait réagir. Open Europe ne veut pas passer pour un centre «anti-UE», écrit Pieter Cleppe.

Le responsable du bureau de Bruxelles de cette fabrique à idées britannique réagit à notre billet de 17h. «On peut nous pardonner d’être critiques sur la zone euro, compte tenu de l’impact que la crise a et aura sur les citoyens ordinaires. Comme certains d’entre nous en sont eux-mêmes, nous ne pensons pas du tout que c’est drôle. […] Notre historique de prévision de l’évolution de la zone euro est intacte», rappelle-t-il.

Open Europe estime qu’il faudra jusqu’à 110 milliards d’euros pour sauver les banques espagnoles, contre les 62 milliards chiffrés la semaine passée par les audits internes commandés par Madrid. (Frédéric Lelièvre)

■ Lundi 17h30: L’appel à l’aide de l’Espagne, verbatim

Ci-dessous le texte de la lettre adressée lundi matin par le gouvernement espagnol au président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker (version anglaise):

«I have the honour to address you [Eurogroup Chairman Jean-Claude Juncker] on behalf of the Spanish government, to formally request financial assistance for the recapitalisation of Spanish financial entities which will require it.

This financial assistance falls within the framework of financial aid for the recapitalisation of financial institutions. The choice of the concrete instrument through which this aid will materialise, will take into account the different options that are currently available and others that might be decided in the future.

The Spanish government considers very positively the declaration made by Eurogroup ministers on 9 June, which expressed support for the determination of the Spanish authorities in restructuring [Spain’s] financial system and their intention to seek financial assistance for the recapitalisation of financial entities, of an amount sufficient to cover the capital needs plus an additional safety margin, up to a maximum of €100 billions. The [Spanish] Orderly Bank Restructuring Fund (FROB), which will act on behalf of the Spanish government, will be the institution which will receive the funds and transfer them on to the financial institutions. The Spanish authorities will offer all their support in the assessment of the eligibility criteria, the definition of the financial conditionality, the monitoring of the measures to be introduced and the definition of the financial aid deals, with the objective to finalise the Memorandum of Understanding before the 9 July so that it can be discussed at the next Eurogroup meeting. In this regard, the two Independent audits of the Spanish financial sector, as well as the FSAP analysis carried out by the IMF, should be used as a starting point» END. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Lundi, 17h00: Open Europe, l’observatoire du pessimisme

Les analystes du think tank britannique euro-pessimiste Open Europe vont à coup sûr s’en donner à cœur joie en cette semaine cruciale de sommet européen. Depuis la confirmation, ce lundi matin, de la demande officielle de l’Espagne d’une aide européenne pour secourir ses banques, le compte Twitter d’Open Europe multiplie les avertissements alarmistes, évaluant les besoins réels des établissements financiers ibériques à environ 110 milliards d’euros, soit plus que la ligne de crédit proposée par la zone euro le 9 juin, et presque le double des 62 milliards d’euros évoqués comme le chiffre maximum requis par les cabinets d’audit engagés par les autorités madrilènes.

Du côté de la Commission européenne, il faut dire que le flou espagnol complique la donne et laisse planer un problématique suspense. Les détails du plan ibérique ne devraient être connus que le 9 juillet, date de la prochaine réunion de l’Eurogroupe. Le commissaire en charge des Affaires économiques Olli Rehn n’attendra toutefois pas cette échéance les bras croisés et enverra dès cette semaine des experts européens à Madrid. «J’ai dit à mon équipe de se mettre au travail afin de fournir une évaluation claire du secteur et de ses besoins, ainsi qu’une proposition concernant les conditionnalités politiques qui devraient accompagner l’aide», a-t-il déclaré dans un communiqué. Les conditions européennes porteront essentiellement sur la régulation, supervision et réglementation du secteur bancaire. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Lundi, 16h33: le ministre grec des Finances renonce à sa fonction

Le nouveau ministre des Finances Vassilis Rapanos, nommé vendredi, a renoncé lundi à assumer cette fonction clé pour des raisons de santé, a-t-on appris de source gouvernementale.

Vassilis Rapanos, hospitalisé avant même d’avoir pu prêter serment, a envoyé une lettre lundi au Premier ministre Antonis Samaras ce sujet, a indiqué à l’AFP cette source. Choisi la semaine dernière par le gouvernement de coalition d’Antonis Samaras, à l’issue des élections du 17 juin, Vassilis Rapanos, 65 ans, a été hospitalisé d’urgence vendredi pour des douleurs à l’estomac. C’est au chef de l’Etat grec, Carolos Papoulias, 83 ans, que reviendra jeudi et vendredi la lourde charge de convaincre les dirigeants européens que son pays poursuivra les réformes engagées. Le premier ministre Antonis Samaras, vainqueur des élections législatives du 17 juin à la tête du grand parti conservateur de la Nouvelle Démocratie, ne pourra pas faire le déplacement au sommet européen, en raison d’une opération à l’œil. Une difficulté supplémentaire pour l’UE, qui a dû renoncer in extremis à envoyer sur place, comme prévu, les experts de la «troïka» (Commission du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne). Emmenés par l’Allemand Mathias Mors, ces derniers auraient dû arriver à Athènes ce lundi pour leur première visite depuis plus de deux mois. Guère prisé en Grèce où il est perçu comme un homme d’appareil du Pasok, le Parti socialiste discrédité, Carolos Papoulias sera sûrement interrogé sur la dernière rumeur grecque qui donne le vertige à Bruxelles. Jusqu’à 70 000 nouveaux fonctionnaires auraient, selon le magazine hellène To Vima, été embauchés en 2010-2011, malgré l’engagement pris de diminuer les effectifs de l’administration. Cette information figurerait dans un rapport communautaire dont le journal a eu connaissance. Le porte-parole de la Commission, interrogé à la mi-journée, a assuré que rien de tel ne figure dans les rapports écrits par la troïka chargée de superviser la mise en œuvre des réformes. To Vima cite aussi, comme source, un autre texte établi par le ministre des Finances par intérim, George Zannias, remplacé après les élections du 17 juin par le président de la Banque nationale de Grèce (premier établissement financier du pays) Vassilis Rapanos. (Richard Werly et Gauthier Corbat, Bruxelles)

■ Lundi, 15h08: Les marchés voient rouge

Les bourses européennes creusaient leurs pertes lundi en début d’après-midi, les marchés affichaient une grande nervosité à trois jours d’un sommet européen crucial les 28 et 29 juin, tandis que les taux espagnols et italiens se tendaient à nouveau.

Zurich reculait de 0,92% vers 15h10. Paris perdait 1,82%, Londres 0,68%, Francfort 1,63%, Madrid 2,86%, Milan 2,86%. Athènes chutait de 4,35% en tout début d’après-midi.

Le sommet européen jeudi et vendredi doit se pencher sur les difficultés les plus urgentes rencontrées dans la zone euro notamment par l’Espagne et la Grèce.

Les marchés attendent des solutions qui permettraient à la zone euro de retrouver le chemin de la prospérité et donneraient du même coup un souffle d’air frais à l’économie mondiale dans son ensemble.

«Il y a encore beaucoup d’interrogations sur la zone euro, souligne Yves Marçais, vendeur d’actions de Global Equities. Les réformes institutionnelles et les perspectives de moyen terme ne suffisent pas. Il faudra que les dirigeants européens arrivent avec des solutions concrètes et efficaces.»

Les marchés avaient par ailleurs peu réagi à la demande officielle d’aide faite par l’Espagne pour ses banques auprès de la zone euro. Les détails du plan ne devraient être prêts que le 9 juillet, date de la prochaine réunion de l’Eurogroupe. (AFP)

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