Régulation

Pour Mark Branson, la Finma ne doit pas influencer l’innovation

Le directeur de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, plaide en faveur d’une approche neutre lorsqu’il s’agit de réglementer les développements en matière de technologies financières. Quant à l’idée de répercuter les taux négatifs sur les clients des banques, l’Anglais estime qu’il vaut mieux éviter des «expériences dangereuses»

La réglementation en matière de technologies financières («fintech») et l’impact des taux négatifs sur le secteur financier ont été les deux grands sujets abordés vendredi par Mark Branson, le directeur de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) lors d’une conférence organisée par l’Europa Institut de l’Université de Zurich.

Selon le Britannique, la place financière suisse dépendra beaucoup plus de l’innovation à l’avenir que cela a été le cas par le passé. C’est pourquoi une organisation comme la Finma doit aussi accompagner l’innovation. Dans ce contexte, l’instance de surveillance a mis en place un bureau dédié à la fintech qui a déjà reçu 75 demandes à ce jour. Il est désormais possible pour les établissements ou sociétés fintech d’identifier leurs clients par vidéo.

Lire aussi: Berne abaissera les barrières à l’entrée pour les fintech

Pour certaines start-up, un environnement non réglementé

Et comme cela a été annoncé début novembre par le Conseil fédéral, les start-up actives dans les technologies financières qui testent un nouveau concept peuvent évoluer dans un environnement quasiment non réglementé, sur la base du principe du terrain de jeu («sandbox»). Celles qui ont déjà atteint une certaine taille peuvent opter pour la «licence fintech», moins contraignante qu’une licence bancaire complète.

Pour autant, la Finma n’a nulle intention d’influencer les choix technologiques des entreprises. «L’approche que nous avons mise en place en Suisse n’est pas liée à un modèle spécifique. Nous ne savons pas comment la technologie aura évolué dans cinq ans. On ne sait pas si le financement participatif ou les prêts de gré à gré auront encore du succès ou non dans cinq ans», a-t-il illustré.

Lire aussi: Pionnier de la «fintech», Lending Club souffre

En revanche, il estime qu’une autorité comme la Finma ne peut pas rester complètement à l’écart des développements technologiques en cours. Et de citer l’exemple de la plate-forme de prêts de gré à gré américaine Lending Club, dont la réputation a été fortement affectée. «Sans aucune régulation, il résulte souvent un chaos», estime-t-il.

Un danger pour la stabilité du système

L’environnement de taux très bas ou négatifs préoccupe aussi le directeur de la Finma. Historiquement, les dépôts obtenus par les banques servaient à financer d’autres activités. «Les dépôts constituent la meilleure source de refinancement», estime-t-il. Avec les taux négatifs, la situation s’est inversée. Désormais, les banques tentent de compenser les pertes subies avec les dépôts grâce à d’autres moyens, par exemple en renchérissant les coûts du crédit, des hypothèques ou en augmentant les frais pour les services bancaires.

Lire aussi: Le président de la BNS ne pense pas à une hausse des taux d’intérêt

Les banques pourraient-elles répercuter les taux négatifs à leurs clients? Selon Mark Branson, «il vaudrait mieux renoncer à des expériences dangereuses», du fait que beaucoup de clients seraient prêts à retirer leurs avoirs s’ils étaient soumis aux taux négatifs. Selon lui, la marge de manœuvre pour abaisser encore les taux d’intérêts négatifs est limitée pour la BNS, sans quoi cela exercera une pression supplémentaire sur les banques pour qu’elles répercutent ces taux à leurs clients. «Du point de vue de la stabilité du système financier, il vaut mieux que les taux négatifs ne soient pas répercutés à la clientèle de détail», recommande-t-il. «Plus les taux négatifs dureront, plus cela mettra en danger la stabilité du système financier», prévient-il.

Publicité