Mark Branson franchira le Rhin d’ici quelques semaines. De directeur de la Finma, l’autorité de régulation des marchés suisses, il prendra le même poste à la BaFin, son équivalent allemand. La nouvelle avait été ébruitée lundi matin par le journal économique allemand Handelsblatt, forçant le régulateur suisse à publier un communiqué dans la foulée. L’autorité allemande, elle, restait encore muette en milieu d’après-midi.

La date exacte n’est pas connue: le communiqué de la Finma évoque «mi-2021». Mark Branson remplacera Felix Hufeld, l’actuel président, qui quitte de sa propre initiative une institution largement critiquée pour avoir échoué à voir des signaux annonciateurs de la fraude Wirecard.

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Mark Branson officie pour la Finma depuis 2010. Il s’est d’abord occupé de la surveillance des banques, avant d’être nommé directeur suppléant en 2013, puis directeur l’année suivante, lors de la soudaine démission de Patrick Raaflaub. La nomination de cet ex d’UBS, qui avait dû s’excuser devant le Congrès américain pour les pratiques d’aides à l’évasion fiscale de la grande banque, avait d’abord suscité des doutes, même s’il n’avait jamais été mis en cause par aucune enquête. Doutes auxquels s’est ajoutée un autre forme de scepticisme, celle sur son origine: un citoyen britannique (naturalisé suisse ensuite), qui a dû apprendre l’allemand en même temps qu’il rejoignait la Finma.

Professionnel «rigoureux»

Mais le responsable a vite calmé les inquiétudes et apaisé les relations auparavant tendues avec le secteur bancaire, suscitant aujourd’hui un flot d’éloges. «J’ai un grand respect pour Mark Branson, souligne Shelby du Pasquier, avocat chez Lenz & Staehelin. La Finma a beaucoup gagné avec ce professionnel rigoureux, connaissant très bien le secteur bancaire, qui a pris des mesures par ailleurs pas toujours populaires, comme la tendance à nommer (name and shame) les acteurs ayant fait l’objet de sanctions ou de remontrances du régulateur.» Il a aussi beaucoup contribué à l’essor de l’enforcement, poursuit l’avocat, c’est-à-dire une mise en œuvre active du droit de la surveillance. Un fait marquant de son règne? Des mesures fortes contre la banque BSI, impliquée dans le scandale malaisien 1MDB, qui l’ont conduite à être rachetée puis dissoute dans EFG.

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«C’est une perte pour la Suisse», estime aussi l’avocat et professeur Carlo Lombardini, qui met en avant le grand professionnalisme et la connaissance fine du fonctionnement des banques de Mark Branson. Il souligne également la volonté de Mark Branson de comprendre si «une erreur s’était produite comme il s’en produit dans les entreprises ou si elle reflétait une culture d’entreprise problématique».

Regrets

«Directeur de la Finma est un poste extrêmement exigeant. Mark Branson a excellemment relevé les défis intrinsèques à cette fonction», a déclaré l’actuelle présidente Marlene Amstad, elle qui commence à peine son mandat et doit déjà affronter la tâche délicate de lui trouver un successeur. Le conseil d’administration dit également «regretter fortement cette décision», tout en voyant dans la décision allemande le signe que sa réputation de sérieux dépasse les frontières. Quant au principal concerné, il a évoqué une décision «bien loin d’être facile». Avant d’ajouter: «Je suis très fier de ce que nous avons pu réaliser ensemble, durant une période des plus exigeantes, avec une autorité à la structure aussi légère.»

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A 52 ans, ce changement de carrière est vu par beaucoup comme naturel après sept ans au même poste. Du côté allemand, selon la Handelsblatt, c’est son expérience internationale, le bol d’air frais, la crédibilité et la proximité avec les marchés financiers qui ont été les critères décisifs. Le défi est de taille: depuis le scandale Wirecard, le régulateur est en pleine tourmente. «A la BaFin, actuellement secouée et discréditée politiquement, Mark Branson aura l’occasion de montrer ce dont il est capable. Il faut rappeler qu’il y a sept ans, il a pris la tête d’une institution dont les structures étaient affaiblies par la direction précédente avec une ambiance détestable au sommet de la hiérarchie. Il a repris les choses en main et changé l’équipe de direction», souligne un connaisseur de la place financière. Malgré cette situation de départ compliquée et quelques incidents de parcours – comme le programme de régularisation des banques suisses aux Etats-Unis et l’inculpation de plusieurs d’entre elles –, il a bien géré la situation, poursuit l’expert.

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Le prochain directeur de la Finma n’est pas encore connu et aucun expert contacté ne s’est risqué à suggérer des noms pour une fonction parmi les plus ingrates du secteur. C’est Jan Blöchliger, actuel responsable de la division banques, qui reprendra la direction opérationnelle à partir du mois de mai «jusqu’à nouvel ordre». Le processus de nomination a déjà commencé, précise encore la Finma.