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Après avoir quitté l'école à 16 ans, Mark Dixon a gravi les échelons à coups de petits boulots pour s'ériger en magnat des espaces de coworking.
© Fabian Biaso pour Le Temps

Immobilier

Mark Dixon, prince de la grillade, sacré empereur du coworking

Le milliardaire britannique a fait fortune en louant ses espaces de travail Regus. Son groupe IWG pèse plus de 4 milliards de francs et s’est établi à Zoug en 2016. Rencontre avec un homme qui veut convertir les bureaux au modèle hôtelier et abolir la pendularité

Il s’étonne des hordes de touristes chinois qui parcourent Interlaken. Mark Dixon n’est pas venu pour voir la Jungfrau, même s’il apprécie d’avoir du réseau «jusqu’au sommet des montagnes». L’ancien «Essex boy», 58 ans, comme le surnomme parfois la presse britannique, était de passage vendredi au Swiss Economic Forum, pour «l’interaction d’idées» parce qu’on «ne dirige pas une entreprise assis derrière son ordinateur».

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C’est pourtant justement en faisant asseoir les gens derrière leur ordinateur que le magnat aux 3125 espaces de coworking (Regus, Spaces ou No 18, parmi trois autres marques adaptées à des profils entrepreneuriaux) a fait fortune. Il ouvrira prochainement à Zurich un espace No 18, réservé à une clientèle très select de la Bahnhofstrasse. D’ici à trois ans, le groupe espère tripler ses sites helvétiques, à travers ses six marques, pour atteindre une centaine d’espaces. «Le travail, ça doit être comme avec les hôtels, il faut avoir le choix», explique Mark Dixon.

Son groupe IWG Plc, implanté à Zoug depuis 2016, pèse quelque 3,2 milliards de livres sterling (4,2 milliards de francs) sur le London Stock Exchange. Il en détient encore le quart des parts. Faites le calcul: Mark Dixon est la cinquantième fortune mondiale du Royaume-Uni, selon Forbes. Etonnant pour quelqu’un qui vendait encore, il y a vingt ans, des burgers et hot-dogs sur les routes du nord de Londres.

Quand l’ascenseur est une échelle

Mark Dixon n’a pas le profil de ces people qui font la une de la presse boulevard. Costume simple, léger embonpoint; il ne se départit pas une seule minute de son air débonnaire durant l’entretien. Même quand le photographe lui demande de grimper sur une échelle pour poser. Gravir les échelons? Le symbole a l’air de parler au Britannique qui aime tant raconter son histoire.

Fils d’un mécanicien de Ford, Mark Dixon a quitté l’école à 16 ans, vendu des sandwiches sur son vélo et parcouru le monde entier à la recherche de divers petits boulots. Après avoir liquidé son entreprise de friture pour 800 000 livres, il s’installe à Bruxelles en 1988, effrayé par la récession britannique. «J’avais lu que Washington D.C. s’en sortait toujours mieux pendant les crises parce que tout le monde est employé par le gouvernement. Et il y a beaucoup de gouvernements à Bruxelles!», plaisante-t-il.

Fonctionnaires européens désœuvrés

Observant le développement des institutions européennes, il constate que les cafés pullulent de fonctionnaires qui ne savent plus où poser leur Laptop. Mark Dixon décide alors d’investir dans son premier espace de coworking. «C’était il y a dix-neuf ans, il n’y avait pas d’internet. Je ne réalisais pas que je lançais quelque chose qu’on appellerait économie du partage», revendique l’homme aux 2,5 millions de clients.

Le coworking est en réalité la huitième entreprise de Mark Dixon, mais l’entrepreneur affirme avoir toujours su qu’il rencontrerait le succès. «Une carrière, c’est un peu comme chercher à paver un grand lac. On ne peut pas bouger avant d’avoir posé une pierre», image celui qui a traversé de grandes difficultés durant l’explosion de la bulle internet au tournant du millénaire. «On était juste trop exposé, on avait grandi trop vite», balaie-t-il. Les biographes ont beau aimer les récits téléologiques, la réalité est plus généralement en dents de scie.

Mi-mai, la surenchère de deux fonds canadiens de capital-investissement pour le rachat d’IWG fait monter son action de 25%. Le self-made-man n’a-t-il jamais songé à vendre pour couler des jours plus tranquilles? «Les offres sont encore en cours», évoque-t-il en jetant un coup d’œil à son porte-parole. «Mais ces gars m’ont conseillé de ne pas en toucher un mot.»

Burgers, café mais surtout wifi

L’avenir, Mark Dixon l’envisage pourtant comme une hyperbole. L’incertitude économique ne pourra, selon lui, qu’accentuer le désir de flexibilité des entreprises et le besoin de proximité des employés avec leur logement ou la crèche de leurs enfants. «Dans plusieurs années, on se demandera comment on a pu penduler. Le temps est notre bien le plus précieux. Le patron qui peut en rendre à ses employés sera le plus populaire des employeurs.»

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Même si la compétition s’est accrue avec l’avènement de son concurrent américain WeWork, l’ancien restaurateur ne se dit pas décontenancé et énumère les 36 000 McDonald’s et 22 000 Starbucks de notre planète Terre. «On a besoin de davantage d’endroits pour travailler que de lieux pour prendre le café ou manger des burgers. Il faudra plus d’un acteur pour faire face à la demande.» Qu’importe aussi si les fondateurs de Gotham – son principal concurrent en Suisse romande – se sont lancés dans le coworking après avoir été déçus par l’expérience Regus. «Je les ai rencontrés. Nous sommes toujours ravis de pouvoir inspirer des entrepreneurs.»

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