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Mark Zuckerberg, le cerveau de la bande passante

Le journaliste français Julien Le Bot publie un essai implacable sur le patron de Facebook, réseau social puissant mais plus que jamais dans la tourmente

Il a beau enfiler un costume soigné, son image reste écornée. Après une série de scandales, Mark Zuckerberg est sommé de s’expliquer face à des autorités toujours plus méfiantes. A chaque audition, le fondateur de Facebook se confond en excuses, le teint blafard et les cernes creusés. Ses réponses sont le plus souvent laconiques, au point qu’il devient difficile de déceler ses intentions réelles. Fait-on face à un patron lessivé et dépassé par sa créature? Fait-il preuve, au contraire, d’une détermination froide?

«Construire précisément la géographie des convictions de Mark Zuckerberg est presque une gageure. Si les formules toutes faites lancées par les relations publiques de Facebook pullulent dans les médias, il est beaucoup plus compliqué de savoir quelles sont les idées qui l’animent vraiment», admet Julien Le Bot dans un essai à paraître ce mercredi aux Editions Solin/Actes Sud. Le journaliste français propose une plongée Dans la tête de Mark Zuckerberg. S’il n’offre aucune révélation fracassante, l’ouvrage décortique le parcours et les discours du milliardaire pour mieux comprendre son but ultime: construire une «communauté globale», coûte que coûte.

Dangereuse naïveté

Mark Zuckerberg voulait transformer un simple trombinoscope en ligne en formidable levier d’émancipation pour l’humanité. Il rêvait d’agir pour le bien de tous. Finalement, il est accusé de tous les maux. Cet optimisme à toute épreuve cache une dangereuse naïveté, s’inquiète l’auteur. Pour connecter les gens, l’entrepreneur a misé sur un service gratuit reposant sur une redoutable régie publicitaire.

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«C’est une base de données personnelle babylonienne, privatisée, en perpétuelle expansion. Le bandit manchot a finalement peut-être pris son créateur en otage, sa voracité n’ayant plus de limite», s’alarme Julien Le Bot. Cette démesure a pris une tournure inquiétante au moment de la présidentielle américaine de 2016, avec l’exploitation de données personnelles à des fins politiques. Le réseau social apparaît depuis comme un danger pour les sociétés démocratiques.

Chef indéboulonnable

Mais, selon l’essayiste, la thèse de l’accident de parcours ne tient pas. Mark Zuckerberg n’est pas un entrepreneur enivré par un enthousiasme béat. En cas de crise, la stratégie est rodée: «Faire le dos rond, sortir les muscles, et miser sur les investissements et la technologie pour, une fois encore, se sortir de ce mauvais pas.» L’auteur décrit un chef indéboulonnable, un dirigeant déterminé à consolider son monopole. «Quand on en vient à parler affaires, là, il est brutal», confirme dans le livre le journaliste américain Casey Newton. Comme d’autres patrons de la Silicon Valley, son ambition est sans limite: il veut faire de Facebook la porte d’entrée d’internet. Un espace pour trouver ses amis, partager ses souvenirs, réaliser des paiements où que l’on se trouve sur la planète.

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Ce projet comporte une dimension politique, au point de nourrir la rumeur de sa candidature à la Maison-Blanche. Une perspective aujourd’hui considérée comme extravagante. Mark Zuckerberg s’impose toutefois comme un responsable d’un nouveau genre. Un souverain connecté, au service d’une communauté toujours plus large. «A quoi bon devenir président des Etats-Unis quand on est devenu, par la force des choses, un chef d’Etat d’une nouvelle espèce?» Un royaume qui n’est pas à l’abri d’une régulation contraignante.

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