Le jeune directeur général et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a sonné vendredi à 15h30, heure suisse, la cloche d’ouverture du marché à dominante technologique Nasdaq, où pour la première fois les actions du réseau internet aux 900 millions d’utilisateurs devaient être cotées environ 90 minutes plus tard.

Dans des images internet retransmises par le Nasdaq, Mark Zuckerberg a sonné au petit matin la cloche à distance, à l’extérieur du siège de sa société à Menlo Park (Californie), tout sourire et entouré de ses plus proches collaborateurs.

L’action du réseau social va faire ses débuts sur la plateforme boursière au prix de 38 dollars pièce, valorisant le groupe à un montant pouvant atteindre 104 milliards de dollars.

Pour cette introduction – la plus importante pour une valeur internet et la deuxième plus importante aux Etats-Unis tous secteurs confondus, derrière Visa –, analystes et financiers attendent de voir jusqu’où va monter le titre au cours de sa première journée de cotation.

L’entreprise, née il y a huit ans dans une chambre d’étudiant à Harvard, récolte 6,84 milliards de dollars pour son propre compte sur une opération totale de quelque 16,02 milliards de dollars. En 2008, Visa avait levé 17,9 milliards lors de son entrée sur le marché.

Le PDG fondateur, Mark Zuckerberg, ne vend que les actions qui lui permettront de solder sa facture fiscale, soit pour 1,15 milliard de dollars de titres, tout en conservant le reste de sa participation de 18,4%.

Relancer le chiffre d’affaires

De nombreux analystes ont mis en garde contre tout emballement pour le titre du réseau social aux 900 millions de membres, qui sera coté sous le sigle «FB». La croissance du chiffre d’affaires est en décélération alors que l’entreprise fait monter en puissance ses investissements et peine à générer des revenus depuis les appareils portables, de plus en plus utilisés pour consulter le site à la place d’ordinateurs classiques.

«Pour convaincre les investisseurs, Mark Zuckerberg doit trouver des revenus ailleurs que dans la publicité», a déclaré Erik Gordon. Cité par Bloomberg, ce professeur à la School of Business de Ross, dans le Michigan, a poursuivi: «Il n’a pas encore précisé comment il allait y parvenir, mais il va devoir le faire pour justifier ce prix.»

Les premiers amis les mieux servis

En cas de fort intérêt des investisseurs, jusqu’à 63,18 millions de titres supplémentaires pourraient être mis en vente. Mark Zuckerberg, qui a soufflé ses 28 bougies lundi, doit suivre l’événement de loin, au siège de Facebook, à Menlo Park (Californie, ouest), fidèle à son image de geek.

Les employés de Facebook ont été conviés à participer à un hackathon (marathon de codage informatique) dans la nuit, qui s’achèvera quand Mark Zuckerberg fera sonner à distance la cloche d’ouverture du Nasdaq. Dans l’opération, outre Mark Zuckerberg, nombre des premiers «amis» de Facebook, qui ont parié sur la société à ses débuts, ont engrangé quelques millions de dollars. C’est par exemple le cas du chanteur de U2, Bono, qui, grâce à son association avec le fonds Elevation Partner, possède environ 1,5% du réseau social. Ce fonds cède 4,62 millions de titres pour 175,6 millions de dollars.

Deuxième plus gros actionnaire du groupe, le capital-risqueur James Breyer, du fonds Accel Partners, qui cède un peu plus de 49 millions d’actions pour une recette de 1,86 milliard de dollars. Même des adversaires de Mark Zuckerberg, comme les jumeaux Tyler et Cameron Winklevoss et leur camarade Divya Narendra, qui l’accusaient d’avoir volé leur idée, sont aujourd’hui millionnaires grâce aux actions obtenues pour solder des poursuites. Des employés des premiers mois du groupe, rémunérés en actions, ont eux aussi touché le pactole à la faveur de cette introduction en bourse.

Le géant informatique Microsoft, souvent raillé pour avoir tardé à prendre le tournant d’Internet, fait cette fois figure de visionnaire pour avoir investi 240 millions de dollars dès 2007 pour acheter 1,6% de Facebook – une participation qui pèse aujourd’hui 1,25 milliard de dollars. Il en cède pour 249 millions de dollars, mais conserve 26,2 millions de titres, d’après les documents boursiers. Le fonds DST du magnat russe Youri Milner, qui avait acquis une participation en 2009, vend 45,7 millions d’actions, pour 1,7 milliard de dollars.

Zynga, LinkedIn, Netflix et Napster

D’autres stars de la net économie ont leur part du gâteau: le fondateur des jeux Zynga, Mark Pincus, et le cofondateur du réseau professionnel LinkedIn, Reid Hoffman, vendent environ un million de titres chacun, mais le patron du loueur de vidéos Netflix, Reed Hastings, et aussi Sean Parker, fondateur du défunt site d’échange de fichiers musicaux Napster et l’un des premiers mentors de Mark Zuckerberg, gardent les leurs.

Les trois cofondateurs de Facebook aux côtés de Zuckerberg, Eduardo Saverin, Chris Hughes et Dustin Moskovitz, sont aussi devenus immensément riches grâce au site. Au point qu’Eduardo Saverin, d’origine brésilienne et installé à Singapour, a renoncé à la citoyenneté américaine pour réduire sa facture fiscale selon certains. Cette décision fait scandale à Washington, où un projet de loi est annoncé pour colmater cette brèche fiscale.

Facebook compte plus de 900 millions d’utilisateurs actifs, dont plus de la moitié se connectent au moins une fois par jour. Si Facebook était un pays, ce serait le troisième du monde après la Chine et l’Inde. Le groupe, qui comptait 3539 employés à la fin de mars, prévoit d’en embaucher «des milliers» cette année.