Comment se démarquer dans un marché du travail exsangue, où l'on se retrouve systématiquement en lice avec des dizaines, voire des centaines de candidats? En se différenciant de ses concurrents comme si l'on était un produit ou un service à lancer. Concrètement, le marketing personnel revient à appliquer à soi-même, point par point, les stratégies du marketing de produit. Cette méthode, dont la nouveauté est de réunir sous un même toit théorique toutes les étapes de la recherche d'emploi, fait de plus en plus d'émules dans les formations pour chômeurs, les cabinets de consulting ou même les entreprises qui se préoccupent de l'employabilité de leur personnel.

Faire une étude de marché

Choquant? Dominique *, ancienne cadre au chômage, émotionnellement cassée par un mobbing avéré, a suivi un tel cours et c'est l'un des éléments qui lui a permis de sortir la tête de l'eau: «J'ai acquis une méthode, une structure, des outils utilisables me permettant de me repositionner sur le marché», raconte-t-elle. «Je» étant à vendre, il faut commencer par se fixer des objectifs en répondant à des questions telles que: qu'est-ce que je veux faire, dans quelle région, dans quel type d'entreprise et pour quel salaire? Qui sont mes clients – le chef d'entreprise, le directeur des ressources humaines (lire tableau)? «En bref, il s'agit d'utiliser pour soi-même les mécanismes qui font le succès commercial de biens de grande consommation», résume David Veenhuys, cofondateur de DDC Information Design à Montreux, et animateur de séminaires pour étudiants et chercheurs d'emploi. Il est l'auteur d'un guide sur le sujet ** inspiré de sa propre expérience de spécialiste en marketing.

De manière plus générale, ce processus peut commencer par un équivalent d'étude de marché à l'aide de professionnels, comme le conseiller d'un Office régional de placement (ORP) ou un cabinet d'outplacement. «Il est difficile de se lancer sans connaître le paysage de l'emploi. D'autre part, il importe de rester souple dans son projet professionnel, explique Pascal Buyck, ancien professionnel du marketing et directeur de Personal Marketing Consulting, société spécialisée dans la réinsertion de personnel cadre et dirigeant. De nombreux chômeurs imaginent qu'ils vont occuper la même fonction dans la même zone géographique, alors que l'on aura peut-être besoin d'eux, mais ailleurs, dans un autre métier ou dans un autre pays.»

Un bon marketing tient compte avant tout des besoins de sa clientèle potentielle, en l'occurrence son futur employeur. C'est un état d'esprit qui doit se manifester dans chaque étape de la recherche. «La plupart des gens lancent des démarches centrées sur eux-mêmes, sur leur désir d'épanouissement personnel à travers de nouveaux défis. Alors que, de son côté, l'employeur s'intéresse à ce que le candidat peut faire pour lui», souligne David Veenhuys. Ainsi, faire un bilan de compétences, réfléchir à ses principaux points forts, recenser les réalisations dont on est le plus fier, définir ce que l'on peut amener comme valeur ajoutée à l'entreprise sont autant de démarches qui permettent de se différencier de ses concurrents. «En procédant à cet inventaire, je me suis soudain retrouvée avec des compétences à valoriser. J'ai acquis une image positive de moi-même et cela m'a redonné confiance en moi», ajoute Dominique, aujourd'hui consultante indépendante en Valais.

Le dossier de candidature et le curriculum vitae sont ainsi considérés comme des instruments de communication, et reflètent cette valeur ajoutée, ce désir de se mettre au service de l'employeur client. «En résumé, le candidat ne dit plus «moi», mais «nous». Il s'est intéressé à l'entreprise et à ses besoins particuliers, reprend David Veenhuys. «C'est la raison pour laquelle je conseille toujours de commencer un CV par son nom et tout de suite après ses compétences, et de ne signaler son adresse que tout à la fin. De même qu'une publicité ne commence pas par indiquer où l'on peut se procurer tel ou tel produit, mais quelles sont ses qualités.» La présentation du dossier a également une grande importance, il ne doit pas être commun, ni ennuyeux. Un candidat n'a pas à craindre d'y ajouter une touche d'originalité, dès lors qu'elle reste en cohérence avec le message que l'on veut faire passer. Inutile d'utiliser du papier rose pour un poste d'analyste financier dans une banque privée. David Veenhuys propose en revanche de visiter le site de l'entreprise pour saisir, à travers le graphisme utilisé, la sensibilité de la direction générale.

La perception que le client aura du candidat est déterminante, et dépend en grande partie de l'apparence et du comportement de ce dernier, par exemple à l'occasion de l'entretien d'embauche, renchérit Pascal Buyck. En théorie marketing, on se trouve à cette étape dans le branding, c'est-à-dire dans l'image de marque que l'on véhicule.» Une attitude polie, une apparence soignée, une poignée de main ferme sont autant d'atouts à mettre en avant. Des lieux communs? «Il existe encore de nombreux chercheurs d'emploi qui ne se rendent absolument pas compte de l'importance du savoir-vivre et du soin à apporter à leur aspect physique», poursuit le consultant. La règle d'or étant de ne pas se surestimer, ni se sous-estimer. Le défi revient à trouver un équilibre entre les deux tout en restant soi-même.

* Prénom d'emprunt.

** «Marketing Yourself. Comment appliquer les stratégies de marketing à la recherche d'emploi», DDC Information Design, Montreux, 2003.

Informations à l'adresse marketing-yourself@ddcsa.com