Assurance auto

Markus Hongler: «Qui sera jugé responsable d’un accident impliquant une voiture sans conducteur?»

Le patron de La Mobilière expose sa vision de l’assurance auto de demain. Via Sicura va démocratiser les boîtes noires dans les véhicules, prédit-il

«Qui sera jugé responsable d’un accident impliquant une voiture sans conducteur?»

Innovation Le patron de La Mobilière expose sa vision de l’assurance auto de demain

Via Sicura va démocratiser les boîtes noires dans les véhicules, prédit Markus Hongler

Le pay as you drive, en français, «paie comme tu conduis», ouvre un nouvel univers de solutions d’assurances pour les automobilistes. En Suisse, plusieurs compagnies proposent déjà à leurs assurés d’installer une sorte de boîte noire dans leur véhicule et, ainsi, de faire baisser ses primes, s’ils sont de sages conducteurs. La Mobilière, numéro 3 de l’assurance auto, avec quelque 15% de parts de marché, n’en fait pas (encore) partie. Rencontré à Nyon fin janvier, son patron, Markus Hongler, justifie sa réserve.

Le Temps: Quels sont les effets de l’obligation de recourir contre un conducteur condamné pour faute grave, entrée en vigueur en 2015?

Markus Hongler: Ils sont assez limités, puisque La Mobilière recourait déjà contre les assurés qui avaient causé des sinistres sous l’empire de l’alcool ou de la drogue.

– Désormais, c’est obligatoire. Vos assurés peuvent-ils toujours conclure une assurance qui les protège contre ces recours?

– Oui. Mais ces solutions excluront toujours les fautes graves liées à l’alcool, aux drogues ou aux excès de vitesse. Dans ces cas, nous nous retournerons contre l’assuré.

– Combien coûte cette protection?

– En moyenne, une cinquantaine de francs.

– Offrir cette protection, cela ne revient-il pas à déresponsabiliser les conducteurs?

– Notre objectif n’est pas de les criminaliser! Il existe aussi d’autres fautes graves qui ne sont pas liées à la vitesse ni à la consommation d’alcool ou de drogue.

– A l’inverse, vous criminalisez l’alcool au volant.

– Si nous excluions ces cas avant même l’entrée en vigueur de Via Sicura, c’est parce que la culture a évolué en Suisse. Il y a vingt ans, boire et conduire n’était pas un acte très répréhensible. Aujourd’hui, c’est presque devenu un crime. Via Sicura répond à cette évolution des mentalités. Une assurance ne peut pas aller à son encontre. A nous de les accompagner de manière appropriée et humaine.

– A partir du second semestre 2015, Via Sicura imposera aussi aux conducteurs dont le permis a été retiré pour au moins douze mois d’équiper leur véhicule d’une boîte noire. Qu’en pensez-vous?

– Cette mesure ne concerne que les conducteurs qui doivent se soumettre à une période probatoire. C’est une évolution assez logique, étant donné les technologies à disposition. Cette règle aidera sans doute à démocratiser les systèmes de traçage des conducteurs.

– Où en est La Mobilière à ce sujet?

– Nous avons lancé un test il y a une année, avec 500 de nos employés. Nous ne proposons encore aucune solution de ce genre à nos assurés, car il s’agit d’une étape supplémentaire vers la personnalisation de l’assurance. Une tendance inverse à notre philosophie. En tant que coopérative, nous sommes davantage axés sur les notions de solidarité.

– Certains concurrents, comme Axa, ont déjà un temps d’avance.

– C’est pour cela que nous réalisons un test et que nous avons acquis la bonne technologie: pour être prêts, lorsque nous aurons trouvé la bonne manière de décliner cette innovation dans nos assurances. Pour l’instant, c’est la grande question: comment rester à jour tout en respectant des valeurs que nos clients recherchent?

– En attendant, ne craignez-vous pas d’en perdre, des clients?

– Le plus grand risque est de faire fuir les «bons risques», c’est-à-dire les conducteurs les plus sûrs, vers d’autres assureurs. Et de ne conserver que les moins bons risques. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Nous avons gagné 30 000 clients, l’an dernier, preuve que notre philosophie reste séduisante. Et puis, il n’y a pas que cette innovation…

– C’est-à-dire?

– Les voitures sans conducteur, par exemple. Cela va changer la donne. Qui sera responsable, en cas d’accident? Le passager? Le fabricant? Le hacker qui aurait piraté le système? Personne n’a encore de réponse. Ce que l’on sait, c’est qu’en cas de sinistre avec une voiture qui, pourtant, dispose de l’assistance dans les virages ou au parcage, c’est le conducteur qui est responsable.

– La bonne nouvelle, c’est que ces technologies réduisent le nombre d’accidents.

– L’effet psychologique de l’enregistrement de sa vitesse peut aider, espérons-le. Mais j’ai appris, avec l’expérience, à être prudent dans mes prévisions. Lorsque l’ABS s’est démocratisé, les accidents ont augmenté, parce que les gens se sont mis à rouler plus vite, à freiner plus tard. Donc je demande à voir.

– La généralisation prévisible de ces systèmes d’enregistrement soulève aussi la question de la protection des données récoltées.

– Cette question est d’ordre philosophique. Et générationnel. Personnellement, je suis plutôt opposé à ce que quelqu’un puisse stocker des données à mon sujet. Mais les plus jeunes, à commencer par mes enfants, qui n’ont pas la trentaine, y sont beaucoup moins sensibles.

– Donc la question du stockage des données va s’estomper avec les nouvelles générations de conducteurs?

– L’enjeu est aussi immédiat, parce que financier. Si un système de pay as you drive permet d’économiser 3000 francs par an, l’assuré sera plus ouvert que s’il ne lui fait gagner qu’une centaine de francs.

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