Football

A Marseille, le football sera américain

La propriétaire de l’Olympique de Marseille, Margarita Louis-Dreyfus, est désormais en négociations exclusives avec l’entrepreneur Frank McCourt

Marseille ne fait plus peur aux Américains. Dans les années 1970, la cité phocéenne était l’«ennemi numéro un» du FBI, du fait de son rôle central dans le trafic de drogue international géré par la French Connection. Changement radical d’ambiance lundi, dans les salons de l’hôtel de ville, sur le Vieux-Port. Aux côtés de l’inamovible sénateur-maire Jean-Claude Gaudin? La propriétaire de l’Olympique de Marseille (OM), Margarita Louis-Dreyfus, et celui à qui elle envisage de céder le club de foot le plus turbulent de la Ligue 1 française: l’entrepreneur Frank McCourt, ancien propriétaire du club de baseball des Los Angeles Dodgers.

Désormais en «négociations exclusives», les deux parties se sont donné jusqu’à la fin de l’année pour conclure cette cession qui pourrait voir revenir au Stade-Vélodrome l’entraîneur argentin Marcelo «El Loco» Bielsa, aux commandes en 2014-2015.

Une vente estimée à 120 millions d’euros

La question, désormais, va porter sur le montant de la transaction, et sur ses modalités, tant la gestion du club phocéen est indissociable de son enracinement local et des relations avec les puissants clubs de supporters. Le montant évoqué serait d’environ 120 millions d’euros (131 millions de francs), basé sur le portefeuille actuel de joueurs, et sur les actifs du club tel son Centre d’entraînement Robert-Louis-Dreyfus situé à La Commanderie, sur les hauteurs de Marseille. Pour mémoire, les investisseurs Qataris avaient, en 2011, racheté le Paris Saint-Germain pour 75 millions d’euros.

Surnommée la «tsarine» en raison de ses origines russes, Margarita Louis-Dreyfus, résidente suisse de 54 ans, est la veuve de l’homme d’affaires Robert Louis-Dreyfus, ex-propriétaire d’Adidas. Héritier du groupe familial de négoce, dont une partie importante de l’activité est opérée depuis Genève, ce dernier était devenu actionnaire majoritaire de l’OM en 1996. Il avait envisagé de revendre le club à partir de 2007 mais n’était pas parvenu à conclure avant sa disparition, des suites d’un cancer, en juillet 2009.

Son ex-épouse – aujourd’hui la compagne de l’ancien président de la Banque nationale suisse Philipp Hildebrand avec lequel elle vient d’avoir deux enfants – était régulièrement accusée de négliger le si turbulent club de foot marseillais. Les supporters lui reprochaient notamment de vouloir remettre en cause la vente d’une partie des billets des «virages» du Stade-Vélodrome, privilèges sonnants et trébuchants concédés, dans les années 1990, par l’entrepreneur Bernard Tapie, alors propriétaire du club. C’est sous son mandat que l’OM remporta, en 1993, l’unique titre de Ligue des champions jamais gagné par un club français.

La personnalité, les capacités financières et les objectifs de l’acquéreur Frank McCourt restent flous. Contesté pour sa gestion des Dodgers, revendus en 2012 pour plus de 2 milliards de dollars, l’entrepreneur américain évite néanmoins à Marseille la polémique qu’aurait à coup sûr déclenchée l’acquisition du club par un repreneur chinois (comme le FC Sochaux ou l’OGC Nice), russe (comme l’AS Monaco) ou moyen-oriental (comme le PSG). Deux autres Américains sont aux commandes de clubs de foot prestigieux aux Etats-Unis: Philip Anschutz avec les Los Angeles Galaxy et Dietrich Mateschitz avec les New York Red Bulls.

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