Sous la présidence de Donald Trump, les exportations de la Suisse vers les Etats-Unis n’ont cessé d’augmenter. En 2019, il s’agissait du deuxième marché à l’export avec 41,4 milliards de francs, juste derrière l’Allemagne. Entre janvier et août 2020, le marché américain a même pris la première place. Cette élection revêt donc une importance particulière pour les entreprises suisses, notamment les firmes pharmaceutiques. 

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Mais si l’incertitude du résultat de l’élection présidentielle américaine a entraîné une volatilité sur les marchés mercredi, elle ne devrait pas affecter les relations économiques entre la Suisse et les Etats-Unis selon Martin Naville. Interview du directeur de la Chambre de commerce Suisse-Etats-Unis.

Le Temps: Si l’attente de l’annonce d’un vainqueur devait s’éterniser comme en 2000, cela aurait-il un impact sur les relations commerciales entre la Suisse et les Etats-Unis?

Martin Naville: Non. Premièrement, que ce soit Donald Trump ou Joe Biden, cela n’aura pas beaucoup d’influence parce que les relations économiques sont vraiment basées sur les entreprises suisses qui ont fortement investi aux Etats-Unis. Ces investissements sont comparables à ceux de leurs homologues allemandes. Et elles reposent aussi sur les sociétés américaines installées en Suisse.

De ce point de vue, un délai jusqu’en décembre ne ferait aucune différence. Le succès des relations économiques entre la Suisse et les Etats-Unis dure depuis deux décennies. En 28 ans, nous avons eu 16 ans de présidence démocrate et 12 ans de présidence républicaine, il n’y a pas de raison que ces très bonnes relations soient entravées par l’un ou l’autre président.

Mais y a-t-il certains points de détail auxquels les entreprises suisses sont attentives?

Au-delà de la relation entre la Suisse et les Etats-Unis, il y a la question de savoir qui pourrait faire baisser les prix des médicaments qui concerne les firmes pharmaceutiques, dont les entreprises suisses. Ou encore l’augmentation des impôts pour les entreprises dans tous les domaines.

Les candidats ont tous déclaré qu’ils allaient baisser le prix des médicaments, mais le lobby américain du secteur est très fort et personne ne s’y attaque. Côté démocrate il y a peut-être un peu plus de velléités. Donald Trump l’a aussi promis, mais cela m’étonnerait que ce soit une de ses priorités.

Les deux candidats se distinguent donc peu sur les dossiers économiques d’un point de vue suisse?

Sur le sujet du conflit économique avec la Chine, je ne pense pas que l’un ou l’autre agisse différemment. De même pour ce qui est de l’assainissement de l’économie après la crise du covid. Donald Trump a peut-être un petit avantage sur ces questions, mais il y a tellement d’analyses contradictoires que c’est très compliqué de les différencier.

La seule distinction sur le plan politique, c’est que la Suisse dispose d’un appui à Washington qui est unique dans l’histoire des trente dernières années. Si Joe Biden l’emporte, nous ne savons pas qui s’occuperait de ces dossiers, donc là, pour les entreprises et la politique suisses, il y a quelques questions qui restent sans réponses.

L’accord de libre-échange entre la Suisse et les Etats-Unis est un peu le serpent de mer de ces relations. Donald Trump est présenté comme y étant plutôt favorable mais qu’en est-il de Joe Biden?

Il faut reprendre l’histoire de cet accord. La Suisse a refusé en 2006 un premier accord sur initiative américaine après six mois de travail exploratoire. Pendant toute l’administration Obama il n’y en a eu aucune mention. Avec l’arrivée de Donald Trump, et surtout de l’ambassadeur Edward McMullen à Berne, nous en avons discuté. Mais la Suisse n’était pas la priorité: ils ont renégocié l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain), l’accord avec la Corée du Sud, le Japon…

Au printemps 2020 ça ne s’est pas passé pour des raisons évidentes, mais si Trump est réélu et que l’équipe ne bouge pas trop il y a une bonne opportunité. En revanche du côté de Biden, il n’y a pas eu d’intérêt pendant les huit ans de sa vice-présidence. Et je pense que l’intérêt d’un cabinet démocrate pour un accord de libre-échange avec la Suisse serait limité. Ce n’est pas impossible, mais je ne vois pas qui serait là pour pousser ce dossier.

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